À la tête de l’Académie internationale des métiers de l’aviation civile (Aimac), Aïda Seck Ndiaye incarne une génération de dirigeants pour qui infrastructures et capital humain avancent de concert. Ingénieure financière devenue bâtisseuse de compétences, elle s’attache à faire du Sénégal un hub aérien régional en misant sur la transmission, la rigueur et une forme assumée de passion patriotique.
Elle possède cette autorité naturelle de ceux qui n’ont pas besoin de hausser le ton pour être écoutés. Aïda Seck Ndiaye est une force tranquille, une femme de chiffres propulsée dans un monde de nuages, qui porte sur ses épaules une part non négligeable de la souveraineté technologique du Sénégal.
Directrice générale de l’Académie internationale des métiers de l’aviation civile (Aimac), elle n’est pas là pour gérer des acquis, mais pour bâtir un empire de compétences. Sa présence à la tête de cette filiale stratégique de l’Aibd S.a n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’une trajectoire tracée à l’équerre, entre rigueur académique et passion héréditaire.
Pour cette dirigeante, qui cultive une élégance discrète et un verbe d’une précision chirurgicale, assumer ces fonctions est bien plus qu’une étape de carrière.
Démocratiser un secteur mythique
C’est un engagement viscéral. Elle parle de sa mission comme d’un sacerdoce, un mot fort qu’elle assume sans ciller. « C’est le mot “honneur” qui caractérise vraiment la façon dont j’appréhende cette mission », confie-t-elle.
En effet, elle y voit des destins nationaux à forger : « Le renforcement des compétences du capital humain est un jalon particulièrement important pour être au rendez-vous de cette ambition de faire du Sénégal une plateforme de référence. »
Pourtant, son parcours initial semblait s’écrire loin des hangars de maintenance. Ingénieure financière de formation, elle a poli son expertise sur les bancs prestigieux de l’université Paris Panthéon-Sorbonne, puis en école de commerce.
Mais en grattant le vernis de la banquière d’affaires qu’elle fut, on découvre que le ciel est une affaire de famille, une mythologie intime. Fille de pilote, sœur de deux commandants de bord, Aïda Ndiaye a grandi bercée par les récits de vols et les cartes de navigation. « L’Adn a peut-être parlé aussi », s’amuse-t-elle, précisant que cette passion familiale est devenue son environnement professionnel.
Dès 2003, alors que beaucoup de diplômés de la diaspora hésitent, sa décision est prise : elle rentre au pays. « Le choix était clair : se former, mais retourner servir son pays », martèle-t-elle.
Sa première grande victoire professionnelle fut de participer à la structuration du mécanisme de financement du nouvel aéroport international. Elle a vu ce projet colossal naître sur le papier, elle a recherché les milliards nécessaires à sa réalisation, et aujourd’hui, elle forme ceux qui le font vivre.
C’est une boucle bouclée, avec la satisfaction de celle qui a participé activement à la marche du Sénégal vers la modernité : « Voir que cela a abouti, in fine, à un aéroport accueillant trois millions de passagers, c’est une fierté d’avoir contribué à cette avancée. »
À la tête de l’Aimac, son ambition est de briser les plafonds de verre. L’aviation est souvent perçue comme un secteur fermé, un club privé réservé à une élite. Aïda Ndiaye veut décloisonner ce bastion. « L’objectif ultime de notre mission, c’est de démocratiser l’accès à ce secteur, parfois perçu comme mythique », explique-t-elle.
Sous son impulsion, l’académie a diversifié son offre avec une grande agilité. On y trouve désormais des programmes de formation professionnelle pour les hôtesses et les stewards, le personnel navigant de cabine, mais aussi des cursus de type licence-master-doctorat pour accompagner la gestion managériale des infrastructures.
L’enjeu est colossal, car le Sénégal est en train de rénover l’intégralité de son réseau d’aéroports domestiques. De Saint-Louis à Ziguinchor, chaque nouvelle piste nécessite des techniciens, des gestionnaires et des experts en sécurité répondant aux standards internationaux les plus exigeants. « La codification dépasse même le niveau national : ce sont des préoccupations internationales », rappelle la directrice.
Pour elle, la souveraineté du pays passe par la capacité à former ses propres experts, en s’appuyant notamment sur l’héritage des anciens de la défunte compagnie Air Afrique, ce « carrefour de beaucoup d’expertise » qu’elle refuse de voir s’éteindre.
Lorsqu’on l’interroge sur l’avenir, elle ne dessine pas des nuages, mais des infrastructures concrètes. Elle projette la création d’un campus intégré et ultramoderne près du périmètre aéroportuaire.
Ce projet prévoit des équipements de simulation de dernière génération, des « full flight simulators », des piscines pour l’entraînement au sauvetage en mer et des logements pour accueillir des étudiants venus de toute l’Afrique. « Notre ambition aussi, c’est d’accueillir toute la sous-région », affirme-t-elle avec détermination.
Elle veut faire de Dakar le carrefour incontesté de l’excellence aéronautique du continent.
Derrière la technicienne se cache une mère de famille émue de voir ses premières promotions déjà insérées dans le monde du travail. Son moteur reste ce patriotisme qu’elle n’ose nommer par pudeur, mais qui transparaît dans chacune de ses prises de parole.
« Quand on vient le matin et qu’on voit les jeunes en uniforme, motivés, cela n’a pas de prix », confie-t-elle.
Un défi qu’elle pilote avec la précision d’un ingénieur et la passion d’une héritière du ciel.
Par Pathé NIANG

