Deuxième région productrice de bananes au Sénégal, Sédhiou doit une partie de son développement économique à cette culture qui, depuis les années 1980, a changé le visage de plusieurs localités rurales. Mais, à Badiary, dans la commune de Bambali, l’aubaine d’hier est devenue, aujourd’hui, un défi quotidien pour les quelque 130 producteurs regroupés au sein du Gie « Horomo Ni Bugnaa ».
SÉDHIOU– En cette matinée du mercredi 26 novembre, dans le périmètre bananier de Badiary, dans la commune de Bambali, l’animation bat son plein autour de la vieille bascule en fer installée dans le hall de stockage. Hommes, femmes et jeunes se relaient pour peser leurs régimes dans une atmosphère à la fois studieuse et conviviale.
« Aujourd’hui, on n’a pas beaucoup récolté », observe Diamba Sidibé, responsable commercial du périmètre, vêtu d’un t-shirt vert assorti d’un gilet fluorescent. « Chaque mercredi, on se retrouve ici pour faire le point, prendre des décisions et organiser les livraisons. C’est un peu notre conseil des ministres », plaisante-t-il.
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Le périmètre, étendu sur 20 hectares, a été mis en place en 1982 grâce à un financement de la Banque mondiale, tout comme ceux de Malifara et de Bambali. Depuis, la banane a permis à des familles entières de sortir de la pauvreté et d’envoyer leurs enfants étudier jusqu’à l’étranger.
Fatou Diatta, présidente de l’Association des femmes du Groupement d’intérêt économique (Gie), fait partie des rares témoins de la création du périmètre. « Avant l’implantation, c’était la faim. On ne gagnait presque rien », se souvient-elle en alternant mandingue, français et wolof. « Mais, quand les premières plantations sont arrivées, tout a changé. Les maisons en paille ont été remplacées par des toitures en tôle. C’était le début de l’émergence du village. »
Mais, depuis le début de la campagne de commercialisation, en août, les ventes s’effondrent. « Nous envoyions 20 à 30 tonnes par semaine à Dakar. Aujourd’hui, on peine à en écouler une seule tonne », déplore Mme Sidibé. En cause : une concurrence féroce sur le marché et la présence de gros producteurs mieux équipés.
Bourama Daffé, secrétaire général du Gie, renchérit : « Nous avons pourtant de bonnes variétés : Poyo, Grande Naine, Robusta… Mais sans moyens, difficile de rivaliser ».
« Avant, il y avait la faim » : les femmes racontent l’impact social
Faute de mieux, les producteurs vendent désormais aux petits détaillants à 250 FCfa le kilogramme, bien en dessous des prix habituels. Sur le périmètre, rien n’a véritablement changé depuis 1982. La plantation fonctionne toujours avec une unique motopompe à gazole, usée et peu performante.
« Ce dispositif nous ruine. Rien que l’année dernière, nous avons consommé 15 000 litres de gazole ! », s’inquiète Diamba Sidibé. Sans électricité dans le village, impossible de conserver les récoltes ou d’envisager un système d’irrigation plus moderne.
Les producteurs rêvent d’installer des câbles way pour transporter les régimes jusqu’au hall de pesée et d’un local de conservation, mais le tout reste à l’état de projet, faute d’électricité. À cela s’ajoutent les attaques d’oiseaux, de rongeurs et plusieurs maladies qui menacent la production.
Un matériel vieillissant et des charges qui explosent
Selon Younoussa Camara, responsable de la Fédération des producteurs de bananes de Sédhiou, 450 hectares sont propices à la culture de la banane dans la région, mais seuls 160 hectares, répartis sur 10 périmètres, sont réellement exploités, soit 35,5 % du potentiel.
Les raisons sont multiples. Il y a l’abandon de plusieurs périmètres dans le département de Goudomp (Baconding, Birkama 1 et 2, Saliote, Djibanar) en raison de la crise en Casamance, des retards dans les financements du Programme national de développement de la filière banane où seuls les producteurs de Tambacounda ont reçu une enveloppe en 2015.
La production régionale, qui atteignait 5350 tonnes en 2020 (soit 1,33 milliard de FCfa de retombées), a chuté à 3313 tonnes en 2024, pour une valeur de 825,245 millions de FCfa. Les défis relevés par M. Camara sont nombreux. Il s’agit du vieillissement du matériel végétal, des systèmes d’irrigation inefficaces, de la consommation massive de carburant (230 000 litres/an), de l’absence d’infrastructures de conditionnement et de transport frigorifique.
Par Jonas Souloubany BASSÉNE (Correspondant)

