Contraints de parcourir des centaines de kilomètres pour composer à Thiès, les candidats déficients visuels continuent de dénoncer un système qu’ils jugent discriminatoire. Pour Demba Mbaye, président du Gouvernement scolaire national inclusif du Sénégal, la centralisation du baccalauréat, l’absence de moyens de transport adaptés et le manque d’équipements pédagogiques compromettent l’égalité des chances et pèsent lourdement sur les résultats scolaires.
Chaque année, le même scénario se répète. Des dizaines d’élèves déficients visuels quittent leur région pour rejoindre Thiès, unique centre où ils sont autorisés à passer les épreuves du baccalauréat.
Une situation que dénonce avec vigueur Demba Mbaye, président du Gouvernement scolaire national inclusif du Sénégal, qui fédère la quasi-totalité des élèves déficients visuels du pays. Au cours d’un entretien avec « Le Soleil », le responsable associatif, soutient que cette centralisation constitue une injustice difficile à justifier.
« Les élèves passent le Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) et le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem) dans leur localité respective. Pourquoi le baccalauréat ferait-il exception ? », s’interroge-t-il.
Selon lui, malgré de multiples démarches auprès de l’Office du baccalauréat, la réponse demeure inchangée : le maintien d’un centre unique serait motivé par des « raisons de sécurité ».
Cet argument ne convainc toutefois pas Demba Mbaye. Il estime que l’État dispose des ressources humaines nécessaires pour organiser les épreuves dans les différentes régions.
« Les enseignants chargés de transcrire les sujets en braille sont eux-mêmes des agents de l’État. S’il existe un problème de confiance, pourquoi ne pas former des équipes capables d’assurer cette mission partout sur le territoire ? », fait-il valoir.
Outre cette centralisation, le président du Gouvernement scolaire national inclusif évoque les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les candidats avant même le début des examens.
Les déplacements vers Thiès sont entièrement à leur charge, sans aucune aide financière de l’État. Une contrainte particulièrement lourde pour des familles déjà confrontées aux coûts liés au handicap.
À cela s’ajoutent les risques quotidiens liés au transport scolaire. Faute de véhicules adaptés, la plupart des élèves utilisent des motos-taxis pour rejoindre leur établissement.
« Chaque année, plusieurs élèves sont victimes d’accidents. Il est urgent que l’État mette en place des moyens de transport sécurisés dans les différentes régions », plaide-t-il.
Le responsable déplore également les conditions dans lesquelles se déroulent les épreuves. Les candidats déficients visuels ne commencent pas leurs examens à la même heure que les autres élèves. En cause, la transcription des sujets en braille, effectuée seulement après leur arrivée à Thiès, ce qui retarde systématiquement le début des compositions.
Les revendications portent aussi sur l’accès aux outils pédagogiques. En dehors de l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles (Inefja), les élèves des autres régions disposent de très peu de matériel spécialisé.
Tablettes braille, poinçons, ordinateurs adaptés ou logiciels d’assistance font défaut, selon Demba Mbaye. Cette carence oblige de nombreux nouveaux bacheliers à consacrer leur première année d’université à l’apprentissage des bases de l’informatique, retardant ainsi leur parcours académique.
Malgré plusieurs courriers adressés au ministère de l’Éducation nationale, au ministère des Transports et même au Président de la République, le président du Gouvernement scolaire national inclusif affirme n’avoir obtenu « aucune suite ».
Les résultats du baccalauréat 2026 illustrent, selon lui, les conséquences de ces difficultés. Sur 36 candidats déficients visuels, 5 ont été admis dès le premier tour, 9 après le second tour, tandis que 22 ont été ajournés.
« La majorité des candidats recalés venaient des régions. La fatigue liée au déplacement a forcément eu un impact », soutient-il.
Demba Mbaye souligne néanmoins les performances remarquables de certains élèves, notamment ceux inscrits en série scientifique. Il cite le cas d’une élève ayant obtenu une moyenne de 16,44 en classe de Première S, malgré l’absence d’accompagnement spécifique.
« Un élève non-voyant qui réalise des figures scientifiques fournit un effort extraordinaire », insiste-t-il.
En appelant à la décentralisation du baccalauréat, à la mise en place de transports adaptés et à l’équipement des salles de préparation en matériel informatique et braille, le président du Gouvernement scolaire national inclusif rappelle que « l’éducation est un droit fondamental garanti par la Constitution ».
Pathe NIANG

