Spécialiste de l’histoire de l’enseignement et maître de conférences à la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (Fastef), le Dr Mamadou Yéro Baldé jette un regard critique sur le métier d’enseignant. Dans un entretien avec « Le Soleil », il évoque la nécessité de rendre plus attractif ce métier en redonnant à l’enseignant son image de bâtisseur d’hommes et de femmes.
Dans un contexte marqué par la démotivation, les départs précoces et les difficultés de recrutement, le Dr Mamadou Yéro Baldé apporte un éclairage scientifique sur la vocation enseignante. Entre transformation des motivations, réduction des durées de formation et besoin d’un climat d’apprentissage apaisé, il appelle à « redonner à la profession son image de bâtisseur d’hommes et de femmes ».
Pour le Dr Baldé, les motivations qui poussaient autrefois les jeunes vers l’enseignement ont profondément évolué. Il rappelle que dès 1955, Clarence Fielstra avait identifié parmi les motivations majeures « la contribution au développement », « l’amour des enfants » ou encore la transmission des valeurs citoyennes. À l’époque, dit-il, dans un entretien avec « Le Soleil », « la passion et le patriotisme étaient les motivations les plus partagées ». Enseigner, c’était avant tout « exister pour les autres ».
Cette dynamique est aujourd’hui affaiblie. Le chercheur observe, lors des entretiens d’admission à la Fastef, que les motivations évoquées sont désormais majoritairement liées « à l’insertion professionnelle » et à la quête de stabilité. Selon lui, la vocation s’efface désormais derrière une « politique de la survie ». À cela s’ajoute une formation initiale affaiblie. « La formation initiale est à l’enseignant ce que l’éducation familiale est à l’enfant », rappelle le maître de conférences. Or, les durées de formation ont connu une réduction drastique. Les instituteurs, formés pendant trois ans dans les écoles normales régionales, ne passent aujourd’hui que quelques mois dans les centres. À la Fastef, le Certificat d’aptitude au secondaire a été réduit de deux ans à un an. « Former un enseignant, dit-il, c’est lui fournir des compétences multiples qu’il ne peut maîtriser totalement en quelques mois ».
Il appelle à une refonte profonde des référentiels de formation. S’appuyant sur Gérard Figari, il décrit le référentiel comme un « ensemble articulé d’aptitudes et de compétences ». Pour lui, il est indispensable de « développer et réadapter » ces référentiels afin de répondre aux réalités socio-économiques actuelles. « Cela implique également des investissements importants », dit-il. « Il faut des modes dynamiques de financement, des infrastructures adéquates et une véritable politique de soutien à la formation ».
Concernant les compétences transversales et technologiques, le Dr Baldé reconnaît des avancées. « Le département de technopédagogie de la Fastef prend en charge ces aspects mais cela ne suffit pas car, il revient aux enseignants d’aller au-delà du cours en se formant davantage, grâce notamment aux indemnités de recherche, l’accès à internet, devenu un outil d’autoformation incontournable.
Pour lui, le climat d’apprentissage constitue aussi un autre enjeu majeur. « La qualité des relations entre enseignants et élèves est un levier central de l’engagement scolaire », explique-t-il. « Un environnement conflictuel, un manque de matériel ou d’infrastructures provoquent une démotivation et une baisse de performance », a-t-il indiqué. Selon lui, un enseignant qui peine à dérouler ses cours finit par se détacher des résultats des apprenants et perdre son enthousiasme. Il estime que le problème de salaire ne se pose presque pas, même si, dit-il, des alignements sont nécessaires. À ses yeux, la revalorisation du métier commence d’abord par l’enseignant lui-même. « Il doit se former davantage, renforcer sa moralité et incarner ce commis de l’État choisi pour son sens du devoir ». Et l’Etat, a un rôle déterminant à ce sujet.
Daouda DIOUF


