À l’école primaire de Bantakountuyel, dans la périphérie de Kolda, l’Ong Counterpart International offre, chaque jour, des repas sains aux enfants de la maternelle. Mais, le manque d’eau potable rend précaire ce modèle vertueux.
KOLDA – À une centaine de mètres des salles, les cris joyeux des tout-petits percent l’air chaud du village. Installée à l’intérieur de l’école primaire du village de Bantakountuyel, à une dizaine de kilomètres de Kolda, sur la route de Ziguinchor, la maternelle bourdonne d’une vie débordante, contrastant avec le calme studieux des élèves plus âgés dispersés dans les cinq classes. Ici, sous la houlette d’Amélia Bassène Mendy, la directrice, un combat quotidien s’engage : offrir aux enfants une alimentation saine, riche en nutriments, dans un environnement où l’hygiène et la qualité priment sur tout. Grâce au programme de repas gratuits de l’Ong Counterpart International, une centaine de bambins des sections petite, moyenne et grande se restaurent chaque jour.
« Chaque semaine, nous préparons une variété de mets à base de céréales locales comme le riz et le maïs agrémentés de légumes frais, dont de la pomme de terre, du chou, des carottes, du gombo, de l’oseille », explique Mme Mendy, les yeux pétillants de fierté. Pas d’additifs chimiques ni de bouillons industriels : tout est sain, cuit avec soin pour préserver les vitamines et les protéines. « Nous leur proposons des plats qui rappellent ceux de la maison, mais avec une hygiène irréprochable et une qualité supérieure. Les mômes adorent ! », lance-t-elle.
Pour ancrer ces bonnes habitudes, la directrice mise sur l’éducation ludique. Elle utilise des jeux adaptés pour sensibiliser les enfants sur l’importance d’une alimentation équilibrée. « Ils apprennent en s’amusant : on leur montre les légumes, on les fait toucher, et après ils mangent avec appétit ce qu’ils ont découvert », confie-t-elle.
Un potager scolaire renforçait jadis cette démarche, fournissant des produits bio directement sur place.
Puits inutilisable
Mais, il a été ravagé par les animaux errants du village et est, aujourd’hui, abandonné. « L’entretien incombait aux encadreurs, déjà surchargés », explique Mme Mendy avec une pointe de regret. Actuellement, les approvisionnements reposent sur les jardiniers locaux qui vendent leurs récoltes bio à l’école.
De son côté, Counterpart International assure un contrôle quasi permanent, selon son chargé de programme, Youssou Guèye. À l’en croire, un facilitateur passe dans les différents établissements pour vérifier la qualité des repas ainsi que l’état des stocks, tout en remplissant les registres.
Cependant, l’accès à l’eau potable reste le talon d’Achille dans cette école. L’ancien puits, visible au fond de la cour, est inutilisable. Son eau trouble menace la santé. C’est donc le robinet public voisin qui sert à tout : lavage, cuisine, etc., sous une surveillance stricte. « Chaque goutte compte et nous veillons à la propreté absolue », insiste la directrice.
Cœur battant de cette chaîne hygiénique, Mouya Baldé, la quarantaine, cumule les casquettes de femme de ménage et de cuisinière depuis un peu plus d’un an. À 8 h précises, après ses corvées domestiques, elle arrive, tablier noué. « D’abord, je nettoie les salles de classe et la cour. Puis, les ustensiles avec de l’eau de javel et du détergent, sans exception. Ensuite, épluchage, lavage des légumes et cuisson… Toutes les étapes sont respectées pour une alimentation saine », raconte-t-elle, les mains calleuses témoignant d’un labeur incessant.
Une propreté maniaque qui fait barrage aux risques sanitaires dans ce coin rural où plusieurs mesures d’hygiène sont encore négligées.
Ces efforts, pourtant exemplaires, peinent à masquer les failles structurelles. L’abri de la moyenne section, soutenu par des piliers en bois, expose les enfants aux intempéries. « Les repas sains sont impuissants face à cette urgence : il faut réhabiliter », alerte Amélia. Pis, la négligence parentale complique le tableau. Beaucoup ne s’intéressent pas au fonctionnement de l’établissement ni aux conditions d’apprentissage de leurs enfants, diluant ainsi l’impact scolaire.
À Bantakountuyel, l’alimentation saine n’est pas qu’un menu : c’est un bouclier pour l’avenir des enfants. Grâce à l’Ong, à la rigueur de Mouya et à l’énergie d’Amélia, cette école tient bon, mais sans eau potable, le potager et les infrastructures, ce modèle vertueux risque de s’effriter.
Tidiane SOW

