La région de Ziguinchor fait face à une crise aiguë de l’état civil, avec plus de 55.000 demandes en attente. En cause, les séquelles persistantes du conflit armé en Casamance qui entravent l’accès aux documents d’identité pour des milliers de citoyens, notamment les jeunes et les élèves.
Dans la capitale régionale du Sud, la problématique de l’accès aux pièces d’état-civil continue d’être une réalité préoccupante au point de mobiliser hier, les acteurs de la justice. La situation est alarmante. Selon le président de l’Amicale des agents de la justice, Alioune Sy, le phénomène a été exacerbé par le conflit armé en Casamance. «Au niveau des trois départements (Ziguinchor, Bignona, Oussouye), nous avons dépassé les 55.000 demandes liées à l’état civil. Ce chiffre alarmant est directement lié aux conséquences du conflit», a déclaré M. Sy, soulignant que cette problématique nécessite une réponse institutionnelle urgente.
Le patron de l’Amicale des agents de la justice s’exprimait hier, à Ziguinchor, à l’occasion de la «journée du justiciable» qui avait pour thème : «L’état civil et la nationalité». Selon lui, les données collectées auprès des cours et tribunaux révèlent l’ampleur du fléau. «Le ministère de la Justice dispose aujourd’hui de statistiques précises qui mettent en lumière la complexité de l’enregistrement à l’état civil dans la région. Cela représente une opportunité pour traiter le problème en profondeur», a affirmé Alioune Sy. Le président de l’Amicale est également revenu sur l’impact des déplacements de populations dus aux troubles armés.
Les retours progressifs, un élément déclencheur
«Durant des années, les habitants de la Casamance ont été contraints à l’exil. Aujourd’hui, avec les retours progressifs, de nombreuses personnes nées hors des circonscriptions administratives veulent régulariser leur situation », a-t-il ajouté. Pour y parvenir, l’Amicale entend renforcer sa présence sur le terrain, avec le soutien de ses partenaires. «Nous serons aux côtés des populations pour les accompagner dans leurs démarches. Il est urgent de leur permettre d’exercer pleinement leur citoyenneté», a promis Alioune Sy, appelant également les autorités locales et les officiers d’état-civil à faire preuve de vigilance et de rigueur.
Le président du Conseil régional de la jeunesse de Ziguinchor, Mamadou Talibé Diallo, a pour sa part insisté sur les conséquences dramatiques de cette crise pour les jeunes. «Beaucoup de jeunes Casamançais ne peuvent ni travailler ni voyager, faute de pièces d’état civil. Certains risquent même de perdre leurs diplômes», a-t-il déploré.
La «journée du justiciable» a réuni plusieurs organisations, dont la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) et la Fondation Sitoé qui ont uni leurs forces à l’Amicale des Agents de la justice pour sensibiliser les populations sur les enjeux de l’état civil. Un rendez-vous salué tour à tour par les participants qui espèrent que cette rencontre puisse déboucher sur des actions concrètes pour sortir des milliers de citoyens de l’ombre administrative.
Gaustin DIATTA (Correspondant)

