Le directeur des Bourses est convaincu que le goulot d’étranglement avec les étudiants sur la question des bourses est purement technique. Jean Amedé Diatta estime que c’est sur la manière de payer qu’il y a un écart de perception particulièrement concernant les inscrits en Master 2. Dans cet entretien avec « Le Soleil », il pense que l’espoir est permis pour parvenir à un consensus dans les brefs délais.
Monsieur le directeur, où en êtes-vous avec le traitement des dossiers des bourses ?
Les discussions avancent bien et chaque partie a décidé de faire des concessions. Nous pensons que d’ici à 24 heures, les choses vont évoluer positivement et qu’on va sortir de la crise.
Fondamentalement, nous pensons qu’il y a un écart de perception sur la question. Ce que nous pensons être bien pour les étudiants, eux ils ne semblent pas le comprendre effectivement. Ce que nous remettons en cause, les étudiants le perçoivent comme leur droit.
Par exemple, si l’on prend le cas des Master 1 de l’Ucad, ce sont des étudiants qui se sont inscrits après le délai de paiement qui est fixé d’octobre en septembre. Ils nous demandent de l’étendre dans une nouvelle année, 2025-2026 avec des risques budgétaires. Non seulement ils ont déjà reçu les premiers mois de cette année (115.000 FCfa à savoir octobre et novembre), ils nous demandent de les payer intégralement d’octobre 2024 à octobre 2025 alors qu’ils viennent de s’inscrire en octobre 2025 et ont démarré les cours en novembre. Ils disent qu’ils ont droit au paiement rétroactif qui remonte à 2024. On n’a pas de souci avec ça, mais le problème est technique. Payer quelqu’un pour une année antérieure et continuer avec lui pour la nouvelle année, cela revient à dire que tu as payé deux fois. Alors que le boursier est budgétisé qu’une seule fois l’année et la direction des Bourses ne peut pas se permettre cette faute de gestion. C’est-à-dire le certificat de scolarité qui mentionne la date d’inscription montre que c’est à partir de l’inscription qu’on démarre les paiements en réalité. Mais ils disent qu’ils en ont droits. Mais ils doivent savoir que le problème est technique. Les exercices budgétaires nous disent que dans une même exécution, traiter une année antérieure dans un budget en cours est une faute de gestion. C’est pourquoi la direction des Bourses dit qu’elle ne peut pas faire ça. Elle propose de leur payer à partir du moment d’inscription et continuer à le faire durant leurs deux ans d’études jusqu’en Master 2. Ce qui fait 24 mois de paiement, donc ils ne perdent rien. Mais dans la tête des étudiants, ils ont l’impression d’avoir perdu la bourse de 2024 alors que la proposition de la direction des Bourses vise non seulement à régler le problème des Master 1, mais aussi celui des Masters avec l’année de dérogation où l’étudiant continuera à percevoir sa bourse.
Certains étudiants parlent même de retard. Est-ce qu’il ne se pose pas un problème de communication en amont ?
Nous pensons que c’est plutôt un écart de perception et les discussions se poursuivent. Pour l’étudiant il pense qu’il y a retard. S’il se souvient, la dernière fois qu’il a été payé, c’est quand il était en Licence 3 en octobre 2024. Mais nous, dans notre perception des choses, l’étudiant est inscrit en octobre, c’est à partir de cette date qu’il est considéré étudiant et l’on a payé à partir de cette échéance et il n’y a pas de retard. Nous payons un étudiant qui a le statut. Vous êtes inscrit le 25 octobre, c’est à partir de cette date que vous êtes devenu étudiant pour la direction des Bourses.
Face à cette situation, n’est-il pas nécessaire d’harmoniser davantage les procédures avec les universités par exemple en procédant à une digitalisation intégrale du système ?
Si. L’État du Sénégal nous a donné cette année, un budget de 200 millions de FCfa pour le projet de digitalisation de la base de données des bourses. Le projet consiste à créer une base de données qui intègre et synchronise celles des universités de telle sorte que lorsque quelqu’un s’inscrit par exemple à Dakar, la direction des bourses est automatiquement au courant. Aussi, même si un étudiant ne nous dit pas ses résultats, on peut le savoir. S’il a voyagé ou abandonné les études aussi, nous serons au courant et cela va nous permettre de régler beaucoup de problèmes. Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a déjà donné des instructions sur cette question pour que les scolarités nous fassent le point sur les états et voir comment nous pouvons gérer la situation des uns et des autres au cas par cas. Nous pensons aussi qu’il va falloir créer un cadre de concertation permanent avec les étudiants et les former aussi au dialogue social.
Propos recueillis par Seydou Prosper SADIO

