Journaliste de formation, communicante et cheffe de projets, Maria Augusta Boissy Diop a choisi de mettre son expérience au service des tout-petits. À travers sa structure, « La Petite Académie », elle a créé des outils ludo-éducatifs inspirés du quotidien et de l’univers culturel sénégalais.
De « Baba et la poubelle magique » à « Ma boutique de jus », en passant par « Dakar City Tour », « Le cycle de Ndox », ses créations invitent les enfants de 3 à 12 ans à apprendre en observant, en expérimentant et en s’amusant. Maria Augusta Boissy Diop fait partie de ces gens qui n’hésitent pas à transformer leur curiosité en vocation. Journaliste de formation, communicante, cheffe de projets, Mme Diop a progressivement déplacé, après dix ans d’expérience, son centre de gravité professionnel. Aujourd’hui conceptrice d’outils ludo-éducatifs, elle a fondé une structure dénommée « La Petite Académie » avec l’ambition de permettre aux tout-petits d’apprendre dans leur univers. « J’avais envie de faire aimer l’apprentissage par des choses qui peuvent paraître complexes en sujets digestes. C’est ainsi qu’est né « La Petite Académie », explique-t-elle, au cours d’un entretien avec « Le Soleil ».
À travers cette structure, elle conçoit des univers destinés aux enfants de 3 à 12 ans. Des cahiers d’activités aux livrets pédagogiques, les créations de Maria Augusta Boissy abordent des sujets parfois complexes à partir de situations familières. Parmi les plus connues figurent « Baba et la poubelle magique », le cahier d’activités « Le cycle de Ndox », le livret « Dakar City Tour », « Ma boutique de jus » ou encore « Colorie les métiers qui t’entourent ». « Mon Studio Bd », un autre projet de la créatrice, a également connu plusieurs versions avant d’être momentanément retiré du marché afin d’être repensé. « J’avais envie de faire aimer l’apprentissage par des choses qui peuvent paraître complexes en sujets digestes », résume Mme Diop. Sa conception de l’apprentissage est que l’enfant ne doit pas être obligé de sortir de son univers pour comprendre le monde, « pour entrer dans la connaissance ». La « Petite Académie » entend donc replacer l’enfant au centre de ce qu’il découvre, en faisant de son environnement une porte d’entrée vers le savoir.
Les créations de Maria Augusta Boissy Diop naissent rarement d’une leçon scolaire au sens classique du terme. Elles partent plutôt d’une scène, d’un souvenir, d’une rue ou d’une question posée par un enfant. Bref, de l’environnement immédiat dans lequel baigne l’enfant. « Je pars d’une scène du quotidien comme un souvenir, une rue, une situation ou une question d’enfant. J’y cherche le savoir caché, puis la manière de le rendre vivant », raconte-t-elle.
Pour la conceptrice d’outils ludo-éducatifs, créer pour les enfants impose une exigence particulière. « Il ne suffit pas de produire un objet joli ou amusant. Chaque mot, chaque illustration et chaque consigne doivent avoir une raison d’être. Les règles doivent être courtes, les consignes visibles et chaque élément visuel doit avoir une fonction. Une jolie page qui désoriente l’enfant a manqué sa mission », estime-t-elle. Le bon outil ludo-éducatif commence par éveiller l’émerveillement, avant de laisser place à l’expérimentation. L’enfant, dit-elle, doit pouvoir essayer, se tromper, recommencer et surtout réutiliser ce qu’il a découvert dans sa vie quotidienne.
Apprendre l’entrepreneuriat par le jeu
Pour adapter ses outils aux différents âges, la conceptrice joue sur le vocabulaire, le niveau d’autonomie et la complexité du raisonnement. Mais elle tient surtout à préserver une chose : la confiance de l’enfant dans ses propres capacités. C’est pourquoi plusieurs de ses activités ne proposent pas nécessairement une bonne ou une mauvaise réponse. L’objectif étant moins de sanctionner que de stimuler la réflexion, l’imagination et la capacité à faire des choix.
Tout n’a pourtant pas fonctionné du premier coup. « Mon studio Bd » lui a notamment appris que trop vouloir proposer peut parfois empêcher l’enfant de créer. « Les premières versions étaient trop chargées et laissaient trop peu de place à l’imagination de l’enfant. Je l’ai repris plusieurs fois », reconnaît-elle. Parmi toutes ses créations, « Ma boutique de jus » occupe une place particulière. Le cahier permet à l’enfant d’imaginer sa propre boutique, de créer des recettes inspirées du « bissap », du « bouye » ou du gingembre et de réfléchir à ses futurs clients. La conceptrice y voit surtout une manière de montrer à celui-ci qu’une idée peut prendre forme entre ses mains. « À travers cette activité, l’enfant devient, sans même s’en rendre compte, entrepreneur et gestionnaire de projet à petite échelle. Il apprend à structurer une idée, à faire des choix et à leur donner une forme concrète ». Une façon de réunir trois dimensions qui lui ressemblent : créer, apprendre et entreprendre.
Ses premiers lecteurs sont aussi ses propres enfants. Mais aussi ses juges les plus sincères. Ils occupent une place singulière dans cette aventure. Et leur regard a parfois conduit la créatrice vers des idées qu’elle n’avait pas anticipées. C’est d’ailleurs une réaction de leur part qui a contribué à faire naître « Dakar City Tour », raconte la journaliste de formation, actuellement en service au ministère de la Communication.
« Un jour, alors que je testais une activité avec eux, mes enfants ont reconnu un lieu représenté dans l’un de leurs cahiers. Curieux, ils y sont rendus pour comparer ce qu’ils voyaient dans le cahier avec la réalité. Constatant que les deux univers se ressemblaient, ils m’ont suggéré d’en faire un cahier d’activités. C’est ainsi qu’est né ‘’Dakar City Tour’’ », se rappelle-t-elle avec un brin de fierté. Cette anecdote résume bien la quintessence de sa démarche : partir du réel pour créer du contenu, puis permettre à l’enfant de retourner vers ce réel avec un regard nouveau. Ce qu’elle souhaite transmettre dépasse finalement les apprentissages contenus dans ses cahiers. « Je veux leur transmettre la curiosité et la liberté d’être pleinement eux-mêmes dans le monde du savoir ».
Maria Augusta Boissy rêve d’une école et, plus largement, d’une manière d’apprendre qui rapprocherait davantage la leçon de l’immersion. « L’enfant n’est pas un récipient vide : il observe, questionne et expérimente déjà le monde ». Pour elle, apprendre ne devrait donc pas se résumer à retenir et réciter, mais à comprendre et assimiler.
Par Maguette Guèye DIEDHIOU

