Selon des acteurs du secteur, la valorisation du métier d’enseignant ne dépend pas uniquement de l’institution scolaire. Cette question doit concerner tous les segments de la société.
Face à la crise de vocation notée dans le métier d’enseignant, El Hadj Malick Youm, secrétaire général national du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire du Sénégal (Saemss), et Cheikh Mbow, directeur exécutif de la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydeps), notent l’urgence d’une revalorisation globale. Celle-ci, disent-ils, doit dépasser le seul volet financier. « Il faut d’abord revaloriser le statut de l’enseignant », plaide Amidou Diédhiou. Il suggère que la Journée mondiale de l’enseignant, célébrée chaque 5 octobre, soit mise à profit pour distinguer des enseignants méritants et envoyer un signal fort à la communauté. Cheikh Mbow insiste sur le rôle de la société et des collectivités territoriales.
Pour lui, la valorisation du métier ne dépend pas uniquement de l’institution scolaire. « Une société qui respecte ses enseignants, qui les considère comme des acteurs clés du progrès collectif, contribue à entretenir les vocations. À l’inverse, quand le discours social dénigre l’école et rend les enseignants seuls responsables des difficultés, l’image du métier se dégrade », note M. Mbow. Il estime aussi que les collectivités territoriales ont la responsabilité d’améliorer le cadre matériel d’exercice de la fonction, notamment les écoles. « Un cadre de travail agréable et bien équipé améliore la qualité de vie des enseignants et renforce l’attractivité du métier », souligne Cheikh Mbow, qui plaide pour une meilleure intégration des enseignants dans la dynamique territoriale. Sur le plan des politiques publiques, le patron de la Cosydep appelle à des stratégies globales et articulées pour améliorer les conditions de travail et de vie professionnelle.
Accorder une attention particulière à la formation continue
Il insiste sur la formation initiale et continue, le dialogue social permanent et une gouvernance participative. « Un bon soutien institutionnel et moral, un climat de travail sain et convivial, du respect et des perspectives de carrière permettent de compenser la démotivation », résume Cheikh Mbow. El Hadj Malick Youm cite l’exemple de la Chine, où l’enseignant est érigé en priorité nationale. Il évoque aussi le modèle marocain avec la Fondation Mohammed VI pour l’éducation qui accompagne les enseignants dans l’accès au logement, aux véhicules et à divers services sociaux. Spécialiste de l’enseignement et maître de conférences à la Fastef, le Dr Mamadou Yéro Baldé reconnait que la vocation s’effrite de plus en plus. Pour lui, les motivations qui poussaient autrefois les jeunes vers l’enseignement ont profondément évolué. « Enseigner, c’était avant tout exister pour les autres », rappelle M. Baldé. Selon lui, cette dynamique est, aujourd’hui, affaiblie. Le chercheur estime que la vocation s’efface désormais derrière une « politique de la survie ».
« Devenir enseignant signifie avant tout accéder à un emploi permanent, sans risque de le perdre », a-t-il souligné. À cela s’ajoute le problème de la formation initiale. Elle « est à l’enseignant ce que l’éducation familiale est à l’enfant », rappelle le maître de conférences. Or, les durées de formation ont connu une réduction drastique. Les instituteurs, formés pendant trois ans dans les écoles normales régionales, ne passent, aujourd’hui, que quelques mois dans les centres. « À la Fastef, le Certificat d’aptitude au secondaire a été réduit de deux ans à un an », a déploré M. Baldé. Former un enseignant, explique-t-il, c’est lui fournir des compétences multiples qu’il ne peut maîtriser totalement en quelques mois. Le climat d’apprentissage constitue un autre enjeu majeur. « La qualité des relations entre enseignants et élèves est un levier central de l’engagement scolaire », soutient-il. Un enseignant qui peine à dérouler ses cours finit, selon lui, par se détacher des résultats des apprenants et perdre son enthousiasme. Pour nos interlocuteurs, la crise de vocation révèle moins un désamour soudain pour l’école qu’un faisceau de frustrations accumulées.
Daouda DIOUF

