Ogo, petite commune nichée à cinq kilomètres de Ourossogui, dans la région de Matam, l’éducation se conjugue désormais avec l’écologie. Sous l’impulsion de l’Association pour la Promotion et la Vulgarisation du Moringa dans le Sahel (APVM/SAHEL), dirigée par M. Abdourahmane Sy, directeur de l’École Élémentaire 2 d’Ogo, une initiative audacieuse prend forme pour transformer les écoles en espaces où apprentissage et développement durable coexistent harmonieusement.
Ce mardi 21 janvier, la remise de kits d’hygiène menstruelle à des dizaines de jeunes filles a marqué une étape importante dans ce projet. Ce geste, simple en apparence, s’avère être une véritable révolution pour ces élèves, leurs familles et toute la communauté.
Dans le cadre du programme Sensibilisation sur les Effets du Changement Climatique dans les Écoles Pilotes (SECEP), cinq établissements – le Lycée d’Ogo, ainsi que les écoles élémentaires Ogo 1, 2, 3, et le CTP Ogo – se sont engagés dans une démarche novatrice pour répondre aux défis climatiques et améliorer les conditions de vie des élèves. À Ogo, les écoles ne sont plus de simples lieux d’enseignement : elles sont devenues des laboratoires du changement.
L’impact de cette initiative est particulièrement significatif pour les jeunes filles. Les kits distribués, composés de serviettes réutilisables fabriquées localement à Matam, apportent une réponse concrète à un problème souvent ignoré. En effet, les menstruations constituent un frein majeur à l’éducation des filles, beaucoup d’entre elles manquant l’école faute de solutions adaptées. « Ces kits représentent bien plus qu’un simple produit. Ils redonnent à nos filles leur dignité et leur permettent de poursuivre leur scolarité sans interruption », explique M. Sy, ému par l’enthousiasme suscité par cette action.
Grâce au soutien des organisations Global Greengrants Fund et CRADES, cette distribution est un premier pas vers une gestion plus inclusive et respectueuse des besoins des élèves. Les familles les plus modestes, quant à elles, voient leur quotidien allégé, les kits permettant de réduire les dépenses liées à l’hygiène féminine.
Au-delà de l’hygiène, le SECEP s’attaque aussi à des problématiques écologiques majeures. Des incinérateurs ont été installés dans les écoles pour une gestion responsable des déchets, et des arbres fruitiers et ombragés ont été plantés dans les cours. Ces arbres, sources de fraîcheur et de nutrition, incarnent l’engagement des écoles à lutter contre les effets du changement climatique tout en offrant un environnement agréable aux élèves.
L’initiative, qui touche déjà des dizaines de jeunes, entend élargir son impact. En mai prochain, des journées de sensibilisation communautaire seront organisées pour promouvoir l’adaptation aux vagues de chaleur et les pratiques écologiques durables. Ces sessions visent à mobiliser toute la communauté autour des enjeux climatiques et sociaux.
Lors de la cérémonie de remise des kits, la mobilisation des autorités locales et des acteurs éducatifs a témoigné du soutien unanime envers le projet. Le chef de village, le proviseur du lycée et les directeurs des écoles ont exprimé leur fierté et leur gratitude envers l’APVM/SAHEL pour cette initiative porteuse d’espoir. « Ce projet montre à nos enfants que, malgré les défis, un avenir meilleur est possible, et qu’ils en sont les acteurs principaux », a déclaré le chef de village.
À Ogo, au-delà des arbres plantés et des kits distribués, c’est une vision qui germe : celle d’une éducation ancrée dans le respect de l’environnement et la dignité humaine. Les sourires des jeunes filles, désormais mieux équipées pour affronter leur quotidien, racontent l’histoire d’un changement profond. Ici, à Ogo, on sème des graines d’avenir, et les fruits de cette transformation promettent d’être durables et précieux.
Mariama Guissé, enseignante à l’École Élémentaire Ogo 2, témoigne : « Les périodes de menstruations sont un véritable calvaire pour nos jeunes filles. Elles peuvent avoir des règles douloureuses, ce qui entraîne des retards dans leurs études. Elles peuvent rester 5 à 6 jours sans venir à l’école chaque mois, ce qui constitue un frein considérable dans leur progression scolaire. » Le milieu élémentaire, souvent complexe à gérer, voit les filles entre CM1 et CM2 éprouver de la gêne vis-à-vis de leurs camarades. Cette distribution de kits peut être un soulagement pour elles, leur permettant de poursuivre leur parcours éducatif dans la sérénité et la dignité.
Papa Abdoulaye SY, envoyé spécial à Matam