À Ogo, un village niché au cœur du Fouta, deux femmes exceptionnelles, Néné Galé Ndiaye et Mariama Guissé, incarnent l’espoir et le changement. Leur vie, marquée par des défis et des victoires, est un exemple de dévouement à l’éducation et d’amour pour leur communauté.
Néné Galé Ndiaye : le retour à la source
Néné Galé Ndiaye voit le jour un 8 juin 1979 à Ogo. Dès l’enfance, elle se passionne pour l’enseignement, transformant ses jeux en véritables leçons pour ses frères et sœurs. « J’aimais tellement jouer à la maîtresse, c’était comme une évidence », confie-t-elle en souriant.
Son parcours débute à l’école primaire Ogo 1, où elle fait ses premiers pas dans l’apprentissage. Soutenue par son père, commerçant, et sa grand-mère, elle poursuit ses études au CEM Isaac Foster à Dakar. Cette période n’est pas de tout repos : la perte de sa mère en 1994, alors qu’elle n’est qu’en sixième, l’oblige à jongler entre les études et les responsabilités familiales. « J’étais la benjamine, mais il fallait prendre soin de mes sœurs. Ce n’était pas facile, mais mon père croyait en moi, et ça m’a poussée à continuer. »
Après son baccalauréat obtenu au lycée Lamine Guèye en 2000, elle commence des études de droit à l’université. Mais l’appel de l’enseignement la rattrape. Avec l’aide de son cousin, elle passe un concours de volontariat et entame sa formation à l’École de formation des instituteurs (EFI) de Saint-Louis. En 2001, elle retourne à Ogo pour enseigner dans l’école de son enfance.
Depuis, son engagement n’a jamais faibli. Directrice de l’école Ogo 1 depuis 2014, elle est fière de voir les filles rester sur les bancs de l’école et échapper aux mariages précoces. « Aujourd’hui, les filles vont loin. Ce qui était un rêve hier est devenu une réalité », déclare-t-elle avec émotion.
Mariama Guissé : le combat pour l’éducation
Mariama Guissé, elle aussi, porte en elle l’histoire d’une lutte silencieuse mais courageuse. Après des études primaires à Ogo 1, elle continue son parcours au collège de Ourossogui, où elle décroche son BFEM. Mais faute de moyens, elle doit arrêter ses études en seconde. « Ce fut une décision douloureuse, mais je devais aider mes parents. »
Mariama trouve néanmoins sa voie dans l’enseignement, encouragée par des inspecteurs bienveillants, comme M. Niang et M. Diallo. Elle commence comme aide-enseignante dans une case des tout-petits à Ogo avant d’intégrer officiellement l’éducation en 2009. Depuis, elle consacre sa vie à transmettre à ses élèves les valeurs de discipline et de rigueur.
« Je ne veux jamais qu’un élève revive ce que j’ai traversé en abandonnant les études. Je leur répète sans cesse de persévérer, quoi qu’il arrive », confie-t-elle, la voix empreinte de détermination.
Des trajectoires entrecroisées
Si les chemins de Néné Galé Ndiaye et Mariama Guissé diffèrent, leur mission est la même : faire de l’éducation une priorité. Leur travail acharné a permis de transformer la vie de nombreux enfants d’Ogo, en particulier des filles.
Aujourd’hui, l’école Ogo 1 accueille 547 élèves, dont 360 filles. « Les filles se distinguent par leurs résultats, malgré les tâches ménagères du week-end », souligne Néné Galé Ndiaye, avec une pointe de fierté.
Ensemble, ces deux enseignantes luttent pour que chaque fille ait une chance de réussir, refusant de laisser les traditions conservatrices freiner les ambitions des jeunes générations.
Pour ces deux femmes, leur réussite ne se mesure pas seulement en années de service ou en promotions. « Quand je vois mes anciens élèves devenir enseignants ou fonctionnaires, je me dis que j’ai accompli ma mission », confie Néné Galé Ndiaye, les yeux brillants de fierté.
Mariama, de son côté, encourage les parents à soutenir l’éducation de leurs enfants. « Chaque fille qui reste à l’école est une victoire pour nous toutes. Nous devons croire en elles. »
Elles remercient chaleureusement leurs collaborateurs, les inspecteurs qui les soutiennent, et la population d’Ogo pour leur engagement. Un hommage particulier est rendu à l’UNICEF, dont les kits hygiéniques facilitent la scolarité des filles.
Dans un coin du Fouta, ces deux femmes continuent de façonner des générations, avec patience, amour et dévouement.
Néné Galé Ndiaye et Mariama Guissé sont des bâtisseuses d’avenir. À Ogo, grâce à elles, les rêves prennent vie, un élève après l’autre.
Papa Abdoulaye SY, envoyé spécial à Matam