Pour aider les producteurs agricoles, notamment les maraîchers, à mieux conserver leurs récoltes pendant des mois, Ecobuilders est en train de mener une petite révolution dans la construction de hangars écologiques. Dans la commune de Potou, c’est grâce à des matériaux recyclés comme les pneus et d’autres bouteilles en plastique qu’un hangar écologique est en train de sortir de terre entre les périmètres maraîchers.
POTOU – Pour aller à Potou, dans le sens Thiès–Saint-Louis sur la route nationale, il faut prendre la route goudronnée à gauche, à hauteur de la ville de Louga. Elle est de bonne qualité jusqu’à cette localité située à 34 kilomètres de Louga et réputée pour sa grande production horticole. Cette importante production agricole fait toutefois face à un problème de conservation, notamment en période de basse production, entraînant des pénuries de légumes.
Pour trouver une solution à ce problème lancinant, la startup spécialisée dans la construction écologique, Ecobuilders est en train d’expérimenter une idée de conservation dans le village de Daw 1. Ce hameau, situé à sept kilomètres du village de Potou, offre un paysage champêtre.
Pour s’y rendre, il faut passer par des pistes sablonneuses ceinturant les périmètres maraîchers verdoyants où sont cultivées plusieurs variétés de légumes, comme la pomme de terre, l’oignon, le chou et la carotte.
À quelques dizaines de mètres du champ de Mamy Diop, des jeunes habillés de gilets fluorescents s’affairent autour d’un grand cratère. Le grand trou sert de fondation à ce qui sera bientôt un hangar écologique. Sur les parois, des pneus usagés sont installés. Des bouteilles remplies de sable servent de joints aux pneus qui forment les murs. Cette première structure, qui va se retrouver sous terre, sert de fondation à ce hangar écologique.
L’ingénieur en génie civil chargé des travaux, Ibrahima Diagne, explique qu’après la fondation, un mur de pneus de deux mètres sera érigé pour servir de clôture au hangar écologique. La surface intérieure des pneus est également recouverte de plastique. De la latérite est ensuite enduite sur les deux côtés des pneus. Une structure en bois couverte de paille servira de toit au hangar. Cela permet d’avoir une certaine fraîcheur à l’intérieur.
Le jeune ingénieur Ibrahima Diagne fait noter que tous les matériaux sont écologiques et recyclés pour la construction du hangar, à l’exception du dallage, qui peut être fait de ciment et de carreaux. À l’intérieur du hangar, le propriétaire peut aussi installer des étagères ou des claies pour mieux entreposer la production.
Le ministre sénégalais du Commerce, Serigne Guèye Diop, a récemment invité les acteurs à s’investir dans le processus de conservation des produits agricoles. Chaque année, souligne-t-il, les pertes post-récolte sont estimées entre 10 et 20 % de la production agricole en raison d’un manque d’infrastructures de stockage.
Utiliser moins de produits impactant l’environnement
L’ingénieur, sorti de l’École supérieure polytechnique (Esp) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), précise que pour la construction d’un hangar écologique de 13 mètres de longueur et 4,5 mètres de largeur, il faut 600 pneus. Ibrahima Diagne souligne que les hangars écologiques ont les mêmes missions que les chambres froides servant au stockage des légumes et des fruits.
« Après la construction, le hangar peut permettre de garder les légumes pendant quatre à six mois. Pour la construction d’un hangar semblable, il nous faut seulement trois sacs de ciment. Notre objectif, c’est d’utiliser moins de produits impactant l’environnement », confie Ibrahima Diagne.
Comparant son ouvrage aux hangars dits modernes utilisant beaucoup de ciment, de zinc et de matériaux fabriqués à partir de produits chimiques, l’ingénieur d’Ecobuilders fait noter qu’il faut seulement un financement de 3 à 4 millions de Fcfa pour construire un hangar écologique, alors qu’il faudra débourser entre 20 et 30 millions de Fcfa pour les autres hangars classiques.
« Nous sommes trois à cinq personnes. Nous livrons un hangar écologique en un mois. Un hangar semblable peut stocker jusqu’à 30 tonnes de produits. Les hangars écologiques sont des alternatives aux problèmes de stockage notés dans la zone des Niayes et partout au Sénégal, où les producteurs enregistrent beaucoup de pertes post-récolte », insiste Ibrahima Diagne.
Le hangar écologique peut aussi être équipé de matériels technologiques avec l’installation de capteurs renseignant sur la qualité du stockage (humidité, etc.), afin que le propriétaire puisse avoir en temps réel toutes les informations. Il est également prévu une installation solaire pour un accès à l’énergie dans cette brousse éloignée. Tout cela fait que, si le hangar est bien entretenu, il peut tenir pendant 20 ans, assure l’ingénieur.
Une véritable solution face aux problèmes de stockage qui entravent l’agriculture sénégalaise.
Pour la vulgarisation de ce savoir-faire, la structure emploie des jeunes de la localité de Daw 1 et Daw 2, des hameaux peuls de la zone. Bamba Dia, étudiant en première année de physique-chimie (Pc) à l’Ucad, fait partie des quatre jeunes de la localité qui travaillent dans le projet de construction de ce hangar écologique pour le périmètre maraîcher de Mamy Diop.
Il a salué ce projet qui leur apporte une plus-value dans le domaine de la conservation de la production maraîchère.
« Ce projet nous donne beaucoup d’expérience par rapport à ce que nous faisions ici pour la conservation des légumes. Dans la localité, notre principale activité, c’est l’agriculture et, faute de magasins de stockage, beaucoup de légumes pourrissent », confie le jeune Bamba Dia, tout en déposant des bouteilles de sable entre les pneus.
L’étudiant apprécie aussi l’utilisation de matériaux recyclés, faciles d’accès. L’apprenti scientifique espère qu’avec cette technologie, les habitants ne vont plus brader leur production ou la perdre faute d’outils de conservation. Même avis chez son camarade Babacar Touré, du même village.
Par Oumar KANDE (envoyé spécial)


