À Yoff, le littoral porte encore les stigmates des fortes pluies du dimanche 4 octobre, encombré notamment d’algues et de sachets plastiques. À ces détritus s’ajoutent des centaines de seringues retrouvées sur le sable.
« Soyez vigilants avec les enfants et ne les laissez pas jouer ici : des centaines de seringues y ont été ramassées ». Sur la plage de Yoff, Malibère Gning, délégué du quartier de Dagoudane, regarde le sable avec méfiance. Depuis les fortes pluies du dimanche 4 octobre, quelque chose a changé dans le décor. Le mardi 6 octobre, une journée de salubrité a été initiée par des bénévoles. Entre les algues déposées par les vagues, les sachets plastiques et les détritus, des seringues apparaissent par endroits. Petites, parfois à moitié enfouies dans le sable, elles se confondent facilement avec les autres déchets. Le danger est précisément là. Dans cette partie du littoral, où les enfants viennent habituellement courir, jouer et se baigner, une seringue abandonnée peut devenir un piège invisible.
« C’est dangereux parce que ce sont des objets déjà utilisés par des malades », prévient Diakka Thiaw, pêcheur depuis 25 ans. Il suffit d’un pied nu, d’une main qui fouille dans le sable ou d’un enfant attiré par un objet brillant pour provoquer une piqûre. « Nous pensons que ces objets viennent de l’hôpital Philippe-Maguilen-Senghor qui a été dévasté par les pluies. Et nous ne savons pas qui a utilisé ces seringues. On peut y attraper beaucoup de maladies », s’inquiète Khoulé Mbaye, pêcheur à la retraite. L’eau a déplacé une partie des déchets accumulés dans les rues et les zones urbaines. Sur le rivage, les algues forment des amas auxquels se mêlent bouteilles, sachets, emballages et autres déchets. La mer semble en avoir rejeté une partie, mais la présence des seringues pose une question inquiétante : comment ces déchets médicaux se sont-ils retrouvés sur le littoral ?
Des déchets charriés jusqu’au littoral
Pour les personnes rencontrées sur place, l’origine importe moins que le risque. « On voit beaucoup de déchets après les pluies, mais les seringues, c’est inquiétant », témoigne Baye Sène, riverain. Il montre du doigt une zone où des ordures sont amassées. « Un enfant peut marcher dessus sans les voir », ajoute-t-il. À cause de l’état du littoral, la promenade ordinaire devient une marche prudente. Les déchets ne sont plus seulement une nuisance visuelle ; ils représentent une menace physique. Soukèye Guèye, vendeuse de poisson, dit avoir demandé à ses enfants de ne plus jouer à certains endroits de la plage. « On ne sait pas d’où viennent ces seringues ni ce qu’elles ont contenu. On préfère prévenir que guérir », avertit-elle. Le problème dépasse la simple question de la propreté. Une seringue usagée est un déchet potentiellement dangereux. Lorsqu’elle provient d’un usage médical, elle peut avoir été en contact avec du sang ou d’autres liquides biologiques. Une manipulation accidentelle expose à un risque de blessure et nécessite, en cas de piqûre, une prise en charge médicale rapide.
« Nous demandons à l’État et à la mairie d’organiser un grand nettoyage du littoral parce que cette question ne doit pas être prise à la légère. Cela peut devenir un problème de santé publique », plaide Moussa Fall, riverain. Dans ce paysage, une autre réalité apparaît : celle de la circulation des déchets. Ce qui est abandonné loin du rivage peut rejoindre les caniveaux, les réseaux d’évacuation des eaux ou les cours d’eau avant d’être transporté vers la mer. « Les fortes pluies peuvent ainsi agir comme un accélérateur, déplaçant en quelques heures des déchets qui se sont accumulés pendant plusieurs jours, voire davantage », explique Malibère Gningue, ex-agent à la Sonaged. « Quand il pleut beaucoup, on retrouve tout sur la plage », constate Samba Ndoye, l’un des agents chargés du nettoyage. Selon lui, les équipes sont confrontées à des déchets de nature différente. Ainsi, plastiques, bouteilles, morceaux de bois, vêtements, emballages et autres ordures se retrouvent mélangés. « Il faut faire attention quand on ramasse parce qu’on ne sait pas toujours ce qu’il y a à l’intérieur des tas », souffle-t-il. Pour le moment, c’est la psychose dans une commune où la fréquentation de la mer fait partie du quotidien.
Babacar Gueye DIOP


