Esprit éclectique et méthodique, doté d’un profil de « couteau suisse », Omar Diop, dit Blingky, âgé de 60 ans, est au cœur de plusieurs initiatives communautaires à Rufisque, notamment l’amélioration du cadre de vie et l’autonomisation des femmes.
RUFISQUE – Avec un petit périmètre aménagé à l’entrée de son domicile, Omar Diop développe le microjardinage à travers sa pépinière « Eco-Case Docky écologique ». Passionné et doté de la main verte, il s’occupe soigneusement de la croissance d’une grande variété de plants en veillant au dosage du compost, à l’arrosage régulier et au filtrage des rayons solaires.
Son engagement, combiné à celui des résidents, a permis de sortir le quartier de Diokoul Ndiourène, sis à Rufisque Ouest, de l’anonymat grâce notamment à sa deuxième place au concours « Setal Sunu Gox » en 2025.
Aujourd’hui, cette pépinière sert de grenier pour assurer le renouvellement et l’embellissement du quartier. « Pratiquement, la totalité des plants qui décorent cette allée provient de la pépinière ‘‘Eco-Case Docky écologique’ », se réjouit-il.
Au-delà de l’environnement immédiat, le mouvement « Diokoul Vert » fait des émules et s’introduit dans les établissements scolaires de Rufisque à travers son concept « Une école, une pépinière ».
« C’est une demande sociale que les élèves, nos enfants, puissent apprendre dans un cadre harmonieux ainsi que dans des conditions appropriées et conviviales », estime Omar Diop.
Cet acteur communautaire demeure convaincu que le développement durable doit toucher tous les secteurs, notamment l’éducation et la santé. Pour lui, l’objectif est double : sensibiliser à une meilleure préservation du cadre de vie et inculquer les bases de la citoyenneté écoresponsable.
Idrissa Thiaw, responsable de la Zone écologique communautaire (Zec) de Thiawlène, regrette qu’Omar Diop, personnalité pourtant généreuse, soit encore trop peu connu à Rufisque.
« Il est doté de connaissances et d’un savoir-faire indéniable dans les métiers verts. La plupart de ses activités se déroulent d’ailleurs dans les régions », témoigne-t-il, tout en soulignant sa contribution à l’heure où l’on parle de transition et de résilience alimentaire.
« Une fois, je l’ai accompagné à Ndiaganiao (Mbour), dans certains villages. Il apprenait aux femmes comment faire la culture sur table et sur sol et comment utiliser l’eau de façon rationnelle ».
De son côté, lors d’une inspection de l’installation du projet d’autonomisation des femmes de Diokoul, Fatoumata Bintou Sané, de Recycl’or, s’est montrée impressionnée par le travail d’Omar Diop.
« En plus des plants que nous lui avions octroyés, à savoir des poivrons et des laitues, il a ajouté ses propres plants grâce à sa détermination et à son engagement pour la réussite de cette initiative », se réjouit-elle.
Un engagement communautaire forgé par des expériences capitalisées
Jeune loup à l’esprit aiguisé et aventurier, Omar Diop, citoyen actif pour le développement local, se définit par sa polyvalence. Son engagement, son courage et son sens du défi ne datent pas d’hier.
Ayant grandi avec un père évoluant dans l’administration et une mère active au sein d’associations féminines, il nourrissait de grandes ambitions dès son plus jeune âge.
« Je me suis dit que je devais réussir. Qu’est-ce que je dois faire pour réussir ? C’est ce qui a suscité en moi la pratique de nombreux métiers », déclare-t-il avec un large sourire.
Les métiers verts, quant à eux, relèvent presque d’une seconde nature, héritée de ses parents qui disposaient de plusieurs champs.
Président du mouvement « Jappo Taxxawu Askan Wi », conseiller municipal à Rufisque Ouest et coordonnateur de l’Intercommunalité du département de Rufisque, l’acteur communautaire et économique peut se targuer d’un Cv riche et varié.
De la couture – qu’il a exercée durant une bonne quinzaine d’années à travers la taillerie artisanale, industrielle et la confection – au microjardinage en passant par le carrelage, la maçonnerie, l’entrepreneuriat en génie civil, le Btp ou encore le métier de pompiste, il n’a cessé d’apprendre.
« J’ai fait de la couture durant de longues années », se remémore-t-il.
Selon lui, changer de voie ne signifiait pas qu’il n’y trouvait pas son compte : « Les métiers marchaient bien. Lorsque j’ai laissé le métier de tailleur, j’avais déjà deux épouses et des enfants à la maison. À l’époque, je me disais simplement que je devais aller de l’avant ».
Mamadou Moustapha Ndoye, délégué du quartier de Diokoul Ndiourène, salue cette vivacité d’esprit.
« C’est une personne pleine d’initiative. Omar Diop use à bon escient de ses facultés intellectuelles », lance-t-il, louant sa bravoure et l’impact de ses actions.
El Hadji Mamadou Sène, dit Lèye Sène, de Rufisque Est, abonde dans le même sens : « J’ai connu Omar Diop à travers ses initiatives constantes pour se rapprocher des communautés ».
La reconnaissance d’un engagement tous azimuts
Outre le deuxième prix du concours « Setal Sunu Gox » décerné à Diokoul Ndiourène – qui l’a mis sous le feu des projecteurs – le travail d’Omar a été salué à maintes reprises.
L’Ong Raffétal lui a remis une attestation de reconnaissance le 23 juillet dernier, lors de la cérémonie de labellisation de Diokoul Ndiourène en tant que « quartier vert ».
Il a également été distingué par l’association « Dieumeul Askan Wi » pour « sa détermination à initier un changement total dans son quartier » et a reçu un diplôme d’honneur de la Pamecas en 2022 pour services rendus.
Preuve de la portée de son modèle, des associations communautaires, telles que « Taxawu ak doolel Sébikotane » (Tds), se déplacent régulièrement à Diokoul Ndiourène pour des missions de benchmarking et de partage d’expériences.
Mohamed DIÈNE (Correspondant)

