À l’abri du tumulte urbain et du béton qui grignote chaque parcelle de Dakar, le Jardin botanique de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar se déploie comme un havre discret de vie végétale. Ici, la science, la pédagogie et l’écologie cohabitent, offrant à la fois salle de classe, laboratoire et refuge pour des espèces végétales parfois disparues de la capitale, voire du Sénégal.
Le Jardin botanique de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar est encore enveloppé de sa torpeur matinale. Il est 10 heures. L’air est frais, presque feutré. Seuls le gazouillis des oiseaux et le bruissement des feuilles sous la brise légère viennent troubler le silence ponctué par les pas feutrés de quelques étudiants. Aucun klaxon, aucun brouhaha. Dans ce lieu, la nature impose son rythme.
Parmi les étudiants venus mettre en pratique les enseignements reçus en classe, Dior Ndiaye s’active. Tenue de travail soigneusement nouée, elle est inscrite en Licence professionnelle en Sciences et Technologies des semences au Département de Biologie végétale. Entre deux parcelles, elle observe, manipule, expérimente.
« Ici, le champ-école est notre laboratoire. Chaque expérience nous permet de mettre en pratique ce que nous avons appris en théorie. C’est fondamental pour notre formation et cela nous motive énormément », confie-t-elle.
Pour Dior, le Jardin botanique dépasse largement le cadre d’un simple espace vert. « C’est un lieu d’études et de recherches, mais aussi de sensibilisation écologique. Des élèves de collèges et lycées viennent découvrir les plantes et la biologie végétale. Mais, beaucoup ignorent ce trésor qui se trouve sous leurs yeux. Il faudrait plus de vulgarisation pour montrer l’importance de ce jardin », souligne l’étudiante.
À l’ombre des grands arbres, le Dr Jules Diouf avance d’un pas tranquille. Enseignant-chercheur et botaniste de formation, il connaît chaque recoin du jardin pour y avoir mené une grande partie de ses recherches.
Créé en 1961 par le Professeur Jacques Miège, alors chef du Département de Biologie végétale, le jardin n’était, au départ, qu’un simple champ d’expérimentation.
Les espaces verts
« Il servait à fournir une structure d’essai pour les chercheurs. Avec le temps, il est devenu un véritable jardin botanique», explique M. Diouf.
Aujourd’hui, le jardin s’articule autour de trois missions principales : la conservation, la recherche scientifique et l’éducation environnementale. La conservation s’effectue ex-situ (en dehors du milieu naturel), avec des plantes venues de divers horizons et soigneusement mises en valeur.
« Dans une ville comme Dakar, où les espaces verts se font rares et où beaucoup d’écoles n’ont pas de sorties écologiques, notre rôle est aussi de sensibiliser les visiteurs à adopter un comportement responsable envers l’environnement », ajoute le botaniste.
Le jardin est organisé en secteurs thématiques. Dès l’entrée, un grand bassin attire le regard. Des poissons glissent dans l’eau teintée par de fines microalgues, tandis que des espèces, devenues rares à Dakar, comme le karité ou le palmier à huile, rappellent la richesse végétale souvent oubliée de la ville.
À droite, le secteur des plantes médicinales regroupe des espèces utilisées depuis des générations. À gauche, le verger conservatoire abrite le corossolier, l’ananas, le sapotier, le Saba senegalensis ou « madd » et le tamarinier, certaines plantes disparues ailleurs, mais trouvant ici un refuge sûr.
Sur trois hectares, le jardin compte 245 espèces végétales, selon le dernier recensement. Un secteur spécial illustre la diversité floristique du Sénégal en regroupant les plantes selon leurs zones écogéographiques. Véritable laboratoire à ciel ouvert, il reste un outil pédagogique irremplaçable.
Cependant, les défis sont constants. « L’entretien, la collecte de semences et la multiplication des espèces reposent surtout sur nos efforts internes, limités par les ressources financières », explique le Dr Jules Diouf.
Dans une capitale qui se construit plus vite qu’il ne respire, le jardin botanique de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Ucad demeure un îlot de savoir et de verdure. Mémoire végétale, outil scientifique et espace de transmission, il rappelle que, même au cœur de Dakar, la nature persiste et qu’il est crucial de la préserver pour les générations à venir.
Par Djibril Joseph KAMA (Stagiaire)

