Des eaux usées, mélangées à des rejets de fosses septiques, stagnent à la rue 41, angle 22 de la Médina.
À la Médina, la rue 41 angle 22 est le théâtre d’un quotidien insoutenable pour ses habitants. Rues boueuses et odeurs pestilentielles sont devenues la norme. Face à l’inaction des autorités, les riverains de ce quartier populaire exigent une intervention rapide, jonglant entre dénonciations et démarches auprès des services d’assainissement.
En ce samedi 23 aôut 2025, la rue 41, angle 22, dans le quartier de Gouye Salane à la Médina, est plongée dans une atmosphère de résignation. En cette matinée ensoleillé d’août 2025, le soleil tape fort et la circulation est anormalement calme. Un silence lourd pèse, rompu par les bruits des activités quotidiennes qui se mêlent à l’odeur âcre des eaux usées. Dans les rues du quartier, un spectacle désolant s’impose. Des eaux usées, mélangées à des rejets de fosses septiques, stagnent et dégagent une odeur nauséabonde. Pour se déplacer, il faut slalomer entre les flaques, sous le regard impuissant des habitants. Fatigués de vivre dans l’insalubrité, ils ont fait de cette odeur pestilentielle un élément chronique de leur quotidien.
Partout, la même scène se répète : des enfants jouent à proximité des flaques d’eau insalubre, des commerçants s’installent le long de trottoirs encombrés et des habitants semblent résignés à vivre dans ce désordre. Ce quotidien illustre la difficulté, pour de nombreux citadins, d’accéder à un environnement sain. Dans les rues étroites, l’air est lourd et saturé d’odeurs fétides. Les caniveaux, remplis de détritus et de sacs plastiques, ne peuvent plus assurer leur fonction. Dès la moindre pluie, l’eau sale déborde, s’infiltre dans les maisons et stagne pendant des jours. À force d’y être confrontés, les habitants ont fini par considérer cette nuisance comme « un mal avec lequel il faut vivre ».
L’insalubrité à ciel ouvert
Pour Oustaz, un vendeur de café à la barbe soignée, la situation est devenue intenable. Installé près du collège Jean De La Fontaine, il confie, tout en continuant de servir ses clients : « L’eau stagne devant mon chariot, mais je n’ai pas le choix, je dois travailler. » Quelques mètres plus loin, à la rue 41, le décor est encore plus désolant. Une entrée de rue inondée et boueuse accueille les passants, et de nombreux véhicules stationnés de chaque côté rendent l’accès difficile. Au cœur de ce quartier boueux, dans un atelier exigu, Assane Faye s’acharne sur une planche de bois. Concentré, le menuisier la ponce avec une habileté forgée par des années d’expérience.
La sueur perle sur son front et son corps, tandis que l’air ambiant, lourd, est saturé par l’odeur répugnante des eaux usées stagnantes. À travers sa porte entrouverte, Assane observe les ruelles inondées. Il continue son travail de menuisier, mais le menuisier ne cache pas son amertume. Il dénonce l’inaction des autorités, malgré leurs appels répétés. « Nous avons accordé des interviews, saisi les responsables à maintes reprises, mais rien n’a changé », lance-t-il, le regard lassé. Pour lui, la souffrance ne se limite pas à la saison des pluies. « Même en saison sèche, l’eau stagne et l’odeur persiste. » Face au manque d’aide, les jeunes du quartier s’organisent chaque dimanche pour ramasser les ordures et nettoyer les caniveaux.
Ils Un effort louable, mais insuffisant. « Ce travail revient à l’État », soupire Assane, conscient des risques sanitaires que représente un tel environnement. Les moustiques prolifèrent et les maladies hydriques menacent à chaque saison des pluies. Pourtant, les enfants continuent de jouer autour des flaques, au grand désarroi de leurs parents. Chaque année, des opérations de curage et d’assainissement sont annoncées, mais sur le terrain, les résultats se font attendre. Les habitants, amers, dénoncent le manque d’entretien et d’investissement dans les infrastructures. « On nous oublie dès la fin de l’hivernage », se plaint l’un d’eux. Alors que certains se résignent, d’autres, comme Dieynaba Yade, la déléguée du quartier, tentent d’agir. Vêtue d’un grand boubou, elle explique, entourée de sa famille, ses efforts pour joindre l’Office Nationale de l’Assainissement du Sénégal (Onas). « Depuis hier, j’appelle à l’Onas, mais je n’arrive à joindre personne », se lamente-t-elle, épuisée mais tenace. Finalement, elle parvient à parler à un agent qui lui confirme que son quartier figure en deuxième position sur la liste des interventions du jour. Soulagée, elle note le numéro de déclaration, espérant que cette fois, une équipe viendra rendre le sourire aux habitants. Pourtant, malgré ces efforts, le constat reste le même pour tous : l’insalubrité s’installe et rien ne change vraiment. En attendant une véritable réponse de l’État, le quartier continue de vivre au rythme des flaques.
Djibril Joseph KAMA