La saison des pluies est une période éprouvante pour les Dakarois. À chaque coin de rue, la pluie laisse derrière elle d’imposantes flaques d’eau et de nombreux secteurs d’activité en pâtissent. Les motocyclistes ne sont pas épargnés. Entre les averses battantes et les inondations, les « Jakartamen » de la capitale doivent redoubler d’efforts pour joindre les deux bouts.
Ils sont juste à côté de l’entrée principale de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, sur l’avenue du même nom. Ils ont tous un point commun : ce sont des conducteurs de motos-taxis. Assis à l’ombre d’un arbre pour fuir les dards torrides de ce début d’après-midi du 23 septembre 2026, ce groupe de jeunes hommes guette tout potentiel client. La saison des pluies ne semble pas être une bonne période pour eux, les conditions de travail n’étant pas réunies. Pour Assane Dieng, qui se distingue comme étant le benjamin du groupe, il n’est pas question de conduire sous les averses. En débardeur, hésitant au début, il finit par lâcher : « Je ne compte pas rouler quand il pleut, je ne le ferai jamais. Je préfère attendre que la pluie s’estompe ».
Il en est de même pour Mohamed Ngom, assis à même le sol, un mouchoir sur la tête pour se protéger de la chaleur. Étudiant en Master 2 au département de portugais de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Ucad, il fait ce job pendant les vacances. Les arguments qu’il donne sont plutôt techniques.
« Quand il pleut, il vaut mieux éviter de conduire, car l’eau peut endommager le moteur. De plus, la pluie réduit fortement la visibilité, ce qui constitue le principal danger », explique-t-il, mimant la scène de la main. « Si ta vision devient floue en cours de route, tu peux à tout moment entrer en collision avec un bus ou tomber dans un trou. C’est trop dangereux », assène le « Jakartaman ».
Pour Mohamed et Assane, la consigne est claire : attendre l’éclaircie. « C’est plus prudent », concluent-ils. Ainsi, pour ces conducteurs, enfourcher la moto dans cette masse d’eau relève de la mission impossible. Tel n’est pas le cas de leur collègue Thiéffi Fall. Teint noir, physiquement élancé, il ne voit aucun inconvénient à braver les intempéries.
« Je roule sous la pluie sans problème. Je suis obligé de le faire ; si un client arrive, je ne vais pas le refuser juste parce qu’il pleut », déclare-t-il, sourire aux lèvres. Si certains de ses confrères prévoient des imperméables pour leurs passagers et pour eux-mêmes, ce n’est pas son cas.
« Je n’ai pas d’imperméable et je ne pense pas en acheter », tranche-t-il. Du côté des clients, l’engouement pour les motos « Jakarta » ne faiblit pas, surtout à l’heure de rentrer. Beaucoup ne voient aucun inconvénient à monter sur deux roues, avec ou sans imperméable.
La haute saison des mécanos
L’essentiel pour eux est d’arriver à destination le plus vite possible. Ablaye Sy a l’air pressé. Ce jeune homme de taille moyenne est un habitué des motos-taxis. Déjà installé derrière son conducteur, il confie : « Je suis un adepte des motos Jakarta parce que c’est plus rapide. Cependant, lorsqu’il pleut, je préfère prendre un taxi pour me rendre dans un endroit important comme le bureau, histoire de rester présentable ».
Mais il s’empresse de préciser que « s’il s’agit juste de rentrer à la maison, aucun problème, je prends la moto ». Pape Ndiaye, un autre client, ne prend jamais de moto « Jakarta » quand il pleut ou quand il a fini de pleuvoir ; il y va de sa propre sécurité : « Quand il a fini de pleuvoir, les voies sont glissantes et beaucoup de motocyclistes sont victimes d’accidents durant cette période. Je ne compte donc pas prendre un tel risque juste après ou pendant qu’il pleut », soutient-il, casque sur la tête, prêt à monter derrière le motocycliste.
Henry, assis avec deux autres de ses compagnons à l’ombre, rappelle qu’il ne prend le « Thiak-Thiak » qu’en cas d’urgence. « Si je suis vraiment pressé, je peux prendre la moto ; cependant, je préfère attendre que la pluie s’estompe par mesure de prudence », confie-t-il. Son ami Oumar embouche la même trompette, tandis que Mor Diaw, assis au milieu des deux, jure n’avoir jamais pris de « Thiak-Thiak » : « Je ne suis jamais monté sur une moto et je ne compte pas le faire. Je n’ai pas confiance aux motocyclistes, ils conduisent comme ils veulent et c’est dangereux, surtout lorsqu’il pleut ».
L’eau de pluie reste le pire ennemi des deux-roues. Lorsqu’elle s’infiltre dans le système électrique, elle provoque fréquemment des courts-circuits et noie les moteurs. Installé dans son garage du Point E, Souleymane Diallo répare des motos depuis maintenant quatre ans.
Il témoigne : « Pendant l’hivernage, le travail double. L’eau entre dans les carburateurs, mouille les bougies ou crée des masses électriques. On passe nos journées à dépanner des Jakartamen tombés en panne au milieu des flaques. C’est dur pour eux, mais pour nous, les mécaniciens, c’est la haute saison ! »
Irène MENDY (Stagiaire)

