Réuni le 24 septembre à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 12e Forum international sur le leadership afro-caribéen (IFAL 2026) a décerné au Chef de l’État le Prix du leadership africain inspirant. Mme Aminata Touré, Haute Représentante du Président de la République, a reçu la distinction en son nom.
À l’heure où le forum honorait le Président de la République, celui-ci se trouvait à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies. Devant les délégations du monde entier, il plaidait pour un multilatéralisme rénové, pour le droit plutôt que la force, pour des ponts plutôt que des murs. La coïncidence des deux rendez-vous l’a conduit à se faire représenter à la cérémonie. Elle a pourtant sa cohérence. Ce que le Président défendait devant les Nations Unies, les dirigeants de l’Afrique, des Caraïbes et de la diaspora réunis à quelques rues de là venaient précisément le reconnaître.
Un forum dédié au rapprochement de deux rives
Organisé à New York, qui abrite à la fois le siège des Nations Unies et l’une des communautés afrodescendantes les plus influentes au monde, l’IFAL s’est imposé comme la principale plateforme consacrée aux liens diplomatiques, économiques et culturels entre l’Afrique et les Caraïbes. L’édition 2026 a rassemblé chefs d’État, ministres, dirigeants d’entreprise, institutions multilatérales, universitaires et figures de la diaspora. Ses travaux ont porté sur la coopération politique et institutionnelle, le commerce et l’investissement Sud-Sud, la résilience climatique et l’économie bleue, le numérique et les industries créatives au service de la jeunesse.
Une mémoire tournée vers l’action
Le Président de la République reçoit cette distinction comme le rappel d’une responsabilité partagée plutôt que comme un hommage personnel. Elle salue un engagement que le Sénégal porte avec constance sur la scène internationale. En septembre 2025, le Chef de l’État co-organisait avec son homologue ghanéen, John Dramani Mahama, un événement de haut niveau à l’African Burial Ground National Monument de New York, où reposent des milliers d’Africains, pour la plupart réduits en esclavage, inhumés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le Sénégal a ensuite coparrainé la résolution reconnaissant la traite des Africains comme le crime le plus grave contre l’humanité.
Pour le Président, la reconnaissance ne s’arrête pas aux symboles. La justice réparatrice passe par la préservation des archives, l’enseignement de cette histoire, la valorisation des lieux de mémoire et la restitution du patrimoine culturel. Elle passe aussi par des partenariats concrets au bénéfice des communautés afrodescendantes.
Une tradition sénégalaise d’enracinement et d’ouverture
Cette démarche s’inscrit dans une histoire intellectuelle que le Sénégal a largement contribué à écrire. Avec Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas ont donné corps à la Négritude, affirmation de l’identité des peuples noirs et de leur apport à l’universel. Césaire a relié l’expérience caribéenne à l’Afrique. Depuis sa Jamaïque natale, Marcus Garvey a fait aimer un continent qu’il n’a jamais foulé.
Le lien entre le Sénégal et les Amériques a aussi des visages moins connus. Anta Madjiguène Ndiaye, fille d’un souverain du Djolof, fut capturée à treize ans et déportée vers La Havane. Devenue Anna Kingsley, elle conquit sa liberté et bâtit une vie d’entrepreneure en Floride. Son parcours dit à la fois la violence de la traite et la force de ceux qui l’ont traversée.
Donner aux liens afro-caribéens une traduction économique
Le Chef de l’État tient la proximité historique entre les deux régions pour un levier encore sous-exploité. Selon le Centre du commerce international, les échanges afro-caribéens pourraient passer de 700 millions à 2,1 milliards de dollars d’ici 2029 si le corridor entre la Zone de libre-échange continentale africaine et la CARICOM était pleinement mis en valeur. L’agriculture et la sécurité alimentaire, l’économie bleue, l’énergie, le numérique, la recherche et les industries culturelles offrent autant de terrains où les expériences des deux rives se complètent. De meilleures liaisons aériennes et maritimes, une mobilité facilitée pour les acteurs économiques et des partenariats directs entre entreprises, universités et institutions culturelles en sont les conditions.
Cette convergence vaut aussi dans les enceintes multilatérales, sur le financement du développement, la justice climatique ou la réforme de la gouvernance mondiale. Le premier Forum de haut niveau entre l’Union africaine et la Communauté des États latino-américains et caribéens, tenu à Bogota en mars 2026, en a marqué une étape.
Du passé partagé au projet commun
Le Président de la République souhaite désormais inscrire ces engagements dans une feuille de route commune, avec des priorités, des échéances et un suivi régulier des résultats. Le Sénégal entend y prendre toute sa part, fidèle à une diplomatie qui fait de la mémoire une force d’avenir et de ses liens avec la diaspora un atout pour son développement.
Avec O. BA


