À Louly Bentegné, dans la commune de Sandiara, les paysans ont investi les champs pour les premiers semis. Entre espoir de bonnes récoltes et solidarité communautaire, tout un village se mobilise pour réussir une étape décisive de l’hivernage.
MBOUR – Pour les agriculteurs, la pluie est toujours synonyme d’espoir. Les premières précipitations, enregistrées ces derniers jours dans le département de Mbour, marquent le début d’une campagne agricole qui s’annonce prometteuse. Comme dans plusieurs localités du pays, les semis ont désormais commencé. À Louly Bentegné, village de la commune de Sandiara, les habitants, majoritairement agriculteurs et éleveurs, vivent au rythme de cette nouvelle campagne. Après plusieurs semaines consacrées à la préparation des terres, place désormais à l’étape la plus décisive : les semis. Dès les premières heures de la journée, une véritable ruée vers les champs s’observe. Dans cette bourgade, chacun apporte sa contribution. Hommes, femmes, jeunes et enfants participent, chacun selon ses capacités, aux travaux champêtres. Dans les vastes étendues cultivables, chevaux et ânes, attelés aux semoirs, sillonnent les parcelles dans un ballet incessant pour mettre sous terre les graines d’arachide, de maïs, de sorgho, de niébé et autres spéculations. Pour Ablaye Sène, cette période est déterminante dans la vie d’un agriculteur. « Lorsque la première pluie tombe et que le sol est suffisamment humide, le paysan retrouve le sourire. Cela signifie que la campagne peut démarrer avec beaucoup d’espoir », témoigne-t-il. À Louly Bentegné, les habitants restent profondément attachés à l’agriculture familiale. Aux côtés des attelages, certains paysans vérifient le remplissage des semoirs, tandis que d’autres ajustent les harnais ou ouvrent les sacs de semences. Les échanges sont ponctués de conseils, de rires et d’encouragements. Ici, les semis ne sont pas qu’une étape agricole : ils constituent un moment de cohésion sociale où tout le village se mobilise autour d’un objectif commun.
À 78 ans, Deukeu Faye ne travaille plus la terre comme autrefois, mais elle continue d’apporter sa contribution. Chaque matin, elle prépare le petit-déjeuner, transporte l’eau et apporte les repas à ses enfants occupés dans les champs. « Je ne suis plus aussi active qu’avant, mais je tiens à soutenir mes enfants. Je leur apporte de quoi manger pendant qu’ils s’occupent des champs », explique-t-elle. Pour cette doyenne, les premiers jours de la campagne sont souvent déterminants pour la suite de la saison. « J’ai passé près de 60 ans à pratiquer l’agriculture. C’est ce qui nous fait vivre. Lorsque les semences sont de bonne qualité et que le sol est bien préparé, on peut espérer de bons rendements », affirme-t-elle. À quelques centaines de mètres de là, Guedj Diop s’affaire également dans son champ. Pêcheur de profession, il est revenu de Joal pour participer aux travaux agricoles. Comme de nombreux habitants du village, il partage son temps entre la pêche et l’agriculture. À chaque hivernage, il retrouve ses terres afin de prendre part aux semis.
Une solidarité indispensable
À Louly Bentegné, la période des semis est aussi celle de la solidarité. Pour réussir les travaux dans les délais imposés par les pluies, l’entraide est une nécessité. Familles, voisins et jeunes du village se retrouvent dans les champs pour se prêter main-forte. D’après Guedj Diop, cette organisation est une tradition solidement ancrée. « Au-delà du soutien mutuel, cette solidarité permet d’accélérer les semis, de réduire la pénibilité des travaux et d’améliorer les chances d’obtenir de bonnes récoltes. C’est une tradition dans notre village », confie-t-il. Même constat pour Pape Faye. Selon lui, durant cette période, toute la communauté est mobilisée ; ce qui rend les travaux moins éprouvants. « Lorsque chacun apporte sa contribution, le travail avance plus vite et devient moins difficile », souligne-t-il. Outre les hommes, les femmes jouent également un rôle essentiel dans cette organisation collective. « Elles préparent les repas, apportent de l’eau aux travailleurs et veillent au bon déroulement de la journée. Les enfants, eux, conduisent les chevaux qui tirent les semoirs. Chacun a un rôle à jouer », explique Dibor Sène.
À Louly Bentegné, cette mobilisation témoigne de la place centrale qu’occupe encore l’agriculture familiale. Malgré les aléas climatiques et les difficultés auxquelles le monde rural est confronté, les premières pluies font renaître l’espoir. Pour ces producteurs, une campagne bien entamée constitue déjà un premier pas vers de bonnes récoltes et la sécurité alimentaire des familles. Toutefois, les habitants exhortent les autorités à assurer la mise à disposition des engrais dans les délais. Selon eux, la disponibilité précoce des intrants agricoles est indispensable, car permettant aux producteurs de mener à bien les semis et d’espérer de bons rendements.
Ibrahima MBAYE (Correspondant)

