En clôturant, ce vendredi à Kédougou, la deuxième journée marquant la fin des 18 mois de concertations nationales sur l’Acte IV de la décentralisation, le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Balla Moussa Fofana, a rappelé l’ambition portée par cette réforme : hisser la décentralisation sénégalaise au rang de référence en Afrique.
Au terme de ces deux jours de travaux, le ministre a indiqué que ces concertations approfondies ont permis d’identifier les points essentiels et spécifiques de la réforme, susceptibles de positionner la décentralisation sénégalaise à un niveau comparable, voire supérieur, à celui de certaines nations africaines.
Dans le même sillage, le directeur des Collectivités territoriales, Arona Bâ, a souligné que le Sénégal accuse un certain retard institutionnel par rapport aux standards régionaux. Une situation qui rend nécessaire, selon lui, une clarification des droits, obligations et garanties juridiques afin de sécuriser l’exercice des mandats territoriaux.
« L’objectif central n’est pas de soustraire les élus à leurs responsabilités, mais de professionnaliser la gouvernance locale tout en renforçant la transparence et l’efficacité de l’action publique. En structurant ce cadre légal, le projet ambitionne de restaurer la crédibilité des institutions et de soutenir une décentralisation performante et protectrice face aux nouveaux défis de la gestion territoriale », a-t-il expliqué, intervenant sur le statut de l’élu.
La démarche inclusive menée avec les faîtières, l’administration et l’ensemble des acteurs territoriaux a ainsi permis d’identifier 15 points de réforme essentiels.
« Parmi les priorités figurent l’instauration d’une fiscalité propre aux municipalités, la création d’une fonction publique locale, ainsi qu’une meilleure organisation des services municipaux. Une municipalité n’a de sens que lorsqu’elle est capable d’impacter le quotidien du Sénégalais, car elle représente l’État auprès du citoyen », a déclaré Balla Moussa Fofana, soulignant l’importance de la viabilité technique et sociale des collectivités.
La réforme accorde également une place centrale à la gouvernance de proximité, notamment à l’échelle des quartiers.
« Il ne peut y avoir de changement si cela ne se passe pas au niveau des quartiers », a-t-il insisté, citant en exemple le budget participatif et l’implication directe des citoyens comme leviers essentiels du développement local.
Adapter la réforme aux réalités de chaque pôle territorial
Intervenant sur les mécanismes de financement innovants pour le développement territorial, Papa Mamadou Cissé, ingénieur en développement local, et El Hadji Fall du PACASEN, ont mis l’accent sur l’urgence de dépasser les transferts étatiques traditionnels face aux défis de l’urbanisation galopante et du changement climatique. Ils ont plaidé pour une transition stratégique vers des financements innovants tels que les partenariats public-privé, les obligations vertes et la finance climatique, afin de doter les territoires d’infrastructures structurantes et résilientes.
Selon le ministre, la décentralisation ne peut être uniforme sur l’ensemble du territoire national.
« Les enjeux ne se posent pas de la même manière au Sénégal oriental, en Casamance, à Saint-Louis ou à Matam », a-t-il expliqué, justifiant ainsi la prise en compte des spécificités de chaque pôle territorial pour réduire les inégalités et renforcer la cohésion nationale.
L’étape de Kédougou revêt, à cet égard, une dimension hautement stratégique.
« Kédougou n’est pas un point éloigné, c’est une porte qui nous ouvre vers l’Afrique », a déclaré le ministre, mettant en avant la position transfrontalière de la région ainsi que son potentiel agricole, minier et touristique.
Balla Moussa Fofana a également tenu à rassurer les populations locales :
« La République doit rassembler, rassurer et réunir. Chaque citoyen compte, chaque quartier contribue », a-t-il affirmé. Il a insisté sur la nécessité de professionnaliser le statut de l’élu local et de renforcer l’ingénierie financière pour mobiliser des financements innovants, au-delà des simples transferts de l’État.
En définitive, l’Acte IV de la décentralisation vise à instaurer un modèle de développement ascendant, où la nation se transforme à partir du citoyen, du quartier, de la localité et du territoire. Une vision ambitieuse qui entend faire du Sénégal un pays moteur du développement territorial en Afrique.
Amadou DIOP
Correspondant à Kédougou


