Ancien membre des forces de sécurité marocaines, Abdelhak Bassou est, aujourd’hui, chercheur principal au Policy Center for the New South (Pcns). Il estime que la junte malienne, le Front de libération de l’Azawad (Fla) et les groupes djihadistes doivent trouver des points de convergence pour sauver la situation
Chercheur principal au Policy Center for the New South (Pncs), think tank marocain basé à Rabat, Abdelhak Bassou affirme, dans cet entretien avec « Le Soleil », que les parties prenantes de la crise malienne doivent trouver des convergences pour dépasser cette situation. Coordonnateur du rapport annuel collectif sur la géopolitique africaine publié par le Pcns, M. Bassou a aussi mené une longue carrière au sein des services de sécurité nationaux marocains où il a occupé diverses fonctions, notamment celle de directeur central du Renseignement général de 2006 à 2009.
« Que les militaires au pouvoir, le Front de libération de l’Azawad (Fla) et les groupes armés trouvent un point d’intersection qui verse dans le sauvetage du pays. Les militaires doivent reconnaître qu’ils ont mal gouverné le pays, le Fla doit se suffire d’une large autonomie qui sauvegarde l’unité territoriale du pays et le Jnim doit prendre le même chemin que celui emprunté par la Syrie. En effet, l’actuel président syrien était l’ancien chef d’une organisation qui, à ses débuts, se proclamait de la mouvance islamiste d’Al-Qaïda, mais s’est, par la suite, reconverti en chef d’État normal d’un pays qui s’est intégré dans la communauté internationale », a expliqué l’expert.
D’après lui, les Russes de l’Africa corps n’ont pas le Mali comme souci majeur parce que s’ils étaient là pour combattre le terrorisme, ils seraient venus en nombre, avec un matériel adéquat et une stratégie claire. « Amener 2000 ou 2500 combattants, dont une partie est constituée d’anciens miliciens de Wagner, et prétendre vouloir libérer un pays du terrorisme, relève du gag. Les coopérations pour sécuriser le Mali doivent notamment se faire avec certains pays de la Cedeao. D’une part, le Sénégal et, d’autre part, la Mauritanie et le Maroc », a-t-il analysé.
À la question de savoir si la junte malienne pourra se relever de ce coup, Abdelhak Bassou a répondu par une série d’interrogations : « Dans quel état peut-elle se relever ? » ; « Comment peut-elle se relever ? » ; « Est-ce avec une force suffisante qui puisse récupérer Kidal ? » Pour lui, ce serait très étonnant.
Le chercheur d’ajouter : « Est-ce avec assez de potentiel pour re-gouverner un Mali sans son Nord ? Peut-être, si les composantes de l’autorité malienne arrivent à se reprendre, panser les blessures et colmater les brèches de gouvernance et les vulnérabilités de sécurité. Là aussi, cela parait possible, mais en considération du silence observé jusqu’à présent, une reprise même relative du pouvoir semble très difficile. La situation est volatile, complexe et incertaine ; aucune hypothèse ne peut être écartée, même si tous les indicateurs semblent défavorables pour le régime en place ».
Oumar NDIAYE

