Le conflit déclenché le 28 février 2026 par les États-Unis d’Amérique et Israël contre l’Iran a des répercussions majeures à l’échelle mondiale, affectant l’ensemble des secteurs économiques, y compris celui de la pêche.
La flambée des prix du gasoil maritime constitue l’impact le plus immédiat et le plus significatif sur la pêche industrielle.
En effet, le prix du litre de gasoil maritime est passé de 380 FCFA environ avant le conflit à 899 FCFA actuellement, soit une hausse de 136,6 %. Le carburant représente le poste le plus important des charges d’exploitation des sociétés d’armements de pêche, entre 40 % et 60 %. La montée en flèche du prix a entraîné une érosion drastique de la rentabilité des opérations de pêche.
A titre illustratif, en 2022, la consommation moyenne mensuelle de 50 navires membres du GAIPES opérant dans les segments de la pêche démersale côtière (poissons, crustacés, céphalopodes), de la pêche démersale profonde (poissons, crustacés) et de la pêche hauturière (thons) était estimée à 4 millions de litres de gasoil.
Avec une hausse de 519 FCFA sur le litre, les charges supplémentaires en carburant pour ces navires dépassent désormais 2 milliards de FCFA par mois.
Rapportée à l’ensemble de la flotte nationale qui compte actuellement 126 navires autorisés à pêcher, cette augmentation engendre des coûts additionnels supérieurs à 5 milliards de FCFA par mois.

En outre, l’accroissement continue du prix du gasoil s’est accompagné de pénuries du liquide, entraînant entre autres :
des immobilisations de navires à quai et l’arrêt partiel ou total des activités de pêche ;
un risque élevé de chômage pour les personnels navigants (en majorité des jeunes) ainsi que les nombreux travailleurs à terre, en particulier les femmes employées dans les chaines de traitement et de valorisation des produits halieutiques.
D’autres effets indirects pourraient également voir le jour, notamment :
une augmentation du prix du poisson ;
un déficit d’approvisionnement du marché national en poisson entrainant une raréfaction du poisson pour les ménages ;
la chute des exportations de produits halieutiques et des pertes économiques (devises) pour l’État ;
etc.
Cette situation critique survient à un moment où le secteur est déjà fragilisé, depuis plus d’une décennie, par une succession de crises multiformes d’origine à la fois endogènes et exogène :
augmentation brutale des redevances sur les licences de pêche (jusqu’à +655 %) ;
avertissement par l’Union européenne (attribution d’un carton jaune) ;
hausse des tarifs de certification des produits halieutiques ;
difficultés de prélèvement de l’appât vivant pour les thoniers canneurs ;
nouvelle flambée du prix du gasoil maritime liée aux tensions au Moyen-Orient.
Ces chocs répétés ont considérablement réduit la capacité de résilience des entreprises du secteur. Aujourd’hui, au-delà des difficultés conjoncturelles, c’est la viabilité même de l’industrie halieutique qui est en jeu.
Dans ce contexte, le maintien en activité de nombreux opérateurs relève moins d’une dynamique économique viable que d’un effort de survie. Deux questions essentielles se posent dès lors : combien de temps encore cette situation va-t-elle durer ? Quelles réponses apporter pour amortir le choc actuel et inscrire de secteur sur une trajectoire durable ?
La pêche industrielle se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Sans mesures fortes, coordonnées et rapides, le risque est réel de voir s’effondrer un pan stratégique important de notre économie.
Sous ce rapport, nous saluons à sa juste valeur les démarches et initiatives des pouvoirs publics, en l’occurrence de Madame le Ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, sous l’impulsion des plus Hautes Autorités du pays, pour des réformes appropriées. A ce titre, nous réaffirmons notre disponibilité totale et entière à travailler ensemble, dans une dynamique de responsabilité partagée et de co-construction pour aboutir à des mesures concrètes devant permettre à l’industrie halieutique de traverser ce nouvel obstacle et préserver ainsi les équilibres économiques et sociaux du secteur.
Alassane DIENG
– Secrétaire Général GAIPES (Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal)
– Gérant COSECPRO (Coopérative sénégalaise des exploitants de crevettes profondes)
– Secrétaire Général AFIEX (Association africaine des importateurs et exportateurs de produits halieutiques)


