Le chef de l’État a présidé, ce mercredi 22 juillet 2026, la cérémonie de remise du rapport annuel 2025 du Médiateur de la République, un exercice institutionnel prévu par la loi n° 99-04 du 29 janvier 1999, mais dont la portée, a-t-il souligné, va bien au-delà du formalisme juridique.
D’entrée, le Président a inscrit la rencontre dans un registre qui dépasse la simple obligation légale. Selon lui, cette cérémonie « dit, mieux que tout discours, le degré de consolidation de l’État de droit et de la démocratie, dans notre pays ». Il y voit également la marque d’un choix de société en faveur du dialogue institutionnel, affirmant que la rencontre « consacre, indubitablement, notre foi dans les modes alternatifs de règlement des différends et litiges ».
Revenant sur la nature de l’institution elle-même, le chef de l’État a tenu à la replacer dans une filiation historique et culturelle très large. Il a ainsi décrit le Médiateur de la République comme « un intercesseur, héritier des Diwan Al Mazalim des sociétés musulmanes, des Défenseurs de la cité de la Rome antique, du défenseur des droits, ou de l’Ombudsman des pays nordiques », avant de préciser que sa légitimité « plonge également ses racines dans les solides traditions africaines de règlement des conflits, par la délibération et le dialogue ».
Foncier, pensions, enfants à besoins spéciaux…
Sur le fond du document remis, le Président a salué « la prise en charge effective des doléances et réclamations des usagers des services publics », estimant que le rapport « révèle le déploiement soutenu de vos intercessions sur des aspects essentiels de la vie de nos concitoyens ».
Il a détaillé les principaux points de friction recensés par le Médiateur, précisant que le texte « met en exergue des plaidoyers forts pour la résolution des litiges fonciers, des difficultés liées à la liquidation et au paiement des pensions, des réclamations relatives à des situations administratives et des problématiques touchant aux populations vulnérables, notamment les enfants à besoins spéciaux ».
26 recommandations, dont une réforme du Conseil constitutionnel
Le chef de l’État s’est arrêté longuement sur le volet des propositions de réforme portées par l’institution durant l’année écoulée, rappelant que « les vingt-six recommandations formulées au cours de l’année écoulée en portent éloquemment témoignage ».
Parmi elles, il a mis en avant celles adressées au ministre de l’Intérieur « lors de la journée du dialogue national », ainsi qu’une proposition institutionnelle d’ampleur : le redimensionnement des missions du Conseil constitutionnel et l’ouverture, aux citoyens, « d’une voie d’action en contrôle de constitutionnalité des lois ».
Sur le terrain carcéral, le Président a également validé les orientations du Médiateur concernant « l’amélioration des conditions de détention, par la suppression des modes intrusifs de fouille et les procédés de palpation ainsi que par la décongestion des établissements pénitentiaires », les jugeant « en phase avec les récentes options du gouvernement ».
Des engagements pour les zones rurales
Au-delà du satisfecit, le chef de l’État a pris des engagements concrets. Il a affirmé que « l’État du Sénégal a pris l’exacte mesure des préoccupations recensées dans votre rapport et exprimées par les populations rencontrées durant vos tournées régionales », ajoutant que « des instructions seront données pour leur prise en charge effective ».
Il a insisté particulièrement sur l’accès aux services de base en milieu rural, indiquant que les demandes « émanant des zones de terroir méritent une attention particulière » et s’engageant personnellement sur ce point : « Je veillerai à ce que l’administration territoriale mobilise les moyens disponibles à cette fin. »
Il a par ailleurs cité plusieurs chantiers déjà engagés par le gouvernement en écho aux tournées de terrain du Médiateur, mentionnant notamment « l’éducation et la formation des jeunes », « l’accès au foncier rural pour les femmes », ainsi que le financement des PME et PMI.
Le Président a également encouragé l’institution à poursuivre son ouverture à l’international, saluant les accords de coopération « déjà conclus, notamment avec vos homologues du Maroc, du Cap-Vert, des Îles Canaries et de l’Angola », qui « consolident sa visibilité internationale ainsi que sa crédibilité ».
Bassirou Diomaye Faye a annoncé la tenue à Dakar, du 21 au 23 octobre 2026, d’une conférence internationale organisée par l’Association des Ombudsmans et Médiateurs de la Francophonie (AOMF) consacrée à la protection des lanceurs d’alerte, qualifiant l’évènement de « bienvenue et important ». Il a précisé avoir « donné des instructions, respectivement, au ministre de la Justice, Garde des Sceaux et à celui de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, afin qu’ils vous accompagnent pour la réussite de cet évènement d’envergure ».
Un des passages les plus marquants du discours concerne l’avenir institutionnel du Médiateur. Le chef de l’État a indiqué avoir « pris bonne note » du plaidoyer de l’institution « en faveur d’une modernisation du cadre juridique de l’Institution, dans la perspective de son évolution vers un Défenseur des droits doté de compétences élargies ».
Sans s’engager sur un calendrier, il a reconnu l’ampleur de la question, affirmant que « cette réflexion, qui touche à l’architecture même de notre État de droit, mérite un examen approfondi », avant d’annoncer qu’il « instruira le Gouvernement de lui accorder toute l’attention requise ».
« La confiance du citoyen en son État »
En clôture de son intervention, le Président a résumé l’enjeu de fond que représente, selon lui, l’action quotidienne du Médiateur : « Au-delà des textes, c’est la confiance du citoyen en son État que votre mission contribue, chaque jour, à raffermir. »
O.B.N


