Qu’est-ce qui se passe dans les Communautés économiques régionales (Cer) africaines pour qu’aucune d’elles ne fonctionne convenablement et ne se projette durablement dans l’avenir ?
Que ce soit l’Union du Maghreb arabe (Uma), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceaac), la Communauté de l’Afrique de l’Est (Eac), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), elles sont toutes sujettes à des crises existentielles, structurelles et même conjoncturelles avec des demandes de retrait ou des blocages dans le fonctionnement.
L’épisode de la Confédération des États du Sahel avec le départ du Burkina, Mali et Niger de la Cedeao est en train de créer une césure dans la saga de ces Communautés économiques régionales avec des airs de tragicomédie qui sont en train de se jouer aux cinq coins de l’Afrique. Même en Afrique de l’Est, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) a connu aussi les mêmes péripéties ces dernières années. Le Soudan, sur fond de crise politique et sécuritaire, avait suspendu sa participation dans cette instance régionale avant de revenir à de meilleurs sentiments.
C’est dire que ces crises épileptiques au sein des Communautés économiques régionales africaines risquent de leur donner une paralysie partielle. Au départ, les Cer ont été créées dans le souci d’aller à une unité des pays africains par étapes comme voulu par les pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Il y avait d’abord les tenants de la théorie des cercles concentriques ou du gradualisme dont le président sénégalais Léopold Sédar Senghor faisait partie et qui promouvaient l’intégration africaine par étapes. Celle-ci était une approche prudente par opposition à la thèse d’une unité africaine immédiatement réalisée que proposaient les tenants du panafricanisme radical comme Kwame Nkrumah, premier président du Ghana, et chantre de l’unité africaine.
Le gradualisme a fini par triompher avec l’instauration des blocs régionaux, tels que la Cedeao ou la Ceeac. Aujourd’hui, force est d’admettre que ces instances sont loin du compte. Leurs résultats sont encore limités aussi bien en renforcement des échanges commerciaux qu’en gestion des conflits dans leur espace ou de promotion de vraies valeurs démocratiques ou politiques conformes aux idéaux du démantèlement des barrières politiques et économiques.
Certes, sur le front de la libre circulation des personnes, des biens et services, la Cedeao peut se flatter d’avoir facilité le mouvement des citoyens communautaires ouest-africains, mais en Afrique centrale ou australe, les Africains ont toutes les peines du monde pour se mouvoir dans l’espace panafricain.
L’une des Communautés économiques régionales les plus dynamiques et qui cochait à presque toutes les cases de la théorie du chercheur hongrois Béla Balassa, la Cedeao, semble prendre un autre chemin que la route de l’intégration qui était toute tracée à sa création.
Avec ses 15 % de commerce intra régional (au-dessus de beaucoup d’autres organisations régionales), une libre circulation des personnes et des biens, un attrait économique certain, la Cedeao était une des structures d’intégration africaines les plus citées en exemple. Ce n’est pas pour rien qu’en 2017, un pays comme le Maroc, même en étant membre d’une autre communauté économique régionale, l’Uma, avait déposé une demande d’adhésion à la Cedeao.
Ces cassures dans l’évolution des Communautés économiques régionales démontrent, une fois de plus, le retour de l’État-Nation qui n’est pas près de s’effacer pour laisser la place à un leadership continental ou régional. C’est dire aujourd’hui que les réveils de la désunion risquent de remplacer les rêves d’intégration… oumar.ndiaye@lesoleil.sn