Alors que nous entamons cette nouvelle année, nous sommes portés par un souffle de renouveau et d’espérance. C’est le moment de mesurer le chemin parcouru, de reconnaître les bénédictions reçues et de nous engager, avec une énergie renouvelée, à faire avancer nos communautés en 2026.
Une vérité, simple et douloureuse, demeure : trop de femmes ne survivent toujours pas à leur grossesse et trop d’enfants n’atteignent jamais leur cinquième anniversaire. Ces tragédies devraient réveiller nos consciences dès le début de cette année et nous pousser à agir avec détermination.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 260 000 femmes meurent chaque année des suites de complications liées à la grossesse et à l’accouchement, des causes que nous savons déjà prévenir. Ces chiffres méritent notre attention.
Lorsque de telles tragédies sont évoquées, le tollé est souvent de courte durée : un article dans la presse, un moment d’indignation, une promesse d’action …. Puis, le silence revient.
Le monde continue de tourner, tandis que le chagrin persiste et que le système ne change pas.
Près de cinq millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans. Et derrière ces statistiques se cache une vérité dérangeante : au XXIe siècle, la survie dépend encore beaucoup trop du lieu où une femme se trouve. Un enfant né en Afrique subsaharienne court dix-huit fois plus de risques de mourir avant l’âge de cinq ans qu’un enfant né dans un pays à revenu élevé. Ces inégalités ne reflètent pas la volonté de Dieu. Elles reflètent les choix que nous faisons — concernant les ressources, les priorités, les systèmes et, en fin de compte, les vies que nous choisissons de valoriser.
Mais derrière chaque statistique, il y a une histoire : Une mère dont la famille ne célébrera plus la présence avant la fin de cette l’année. Un enfant dont le premier anniversaire ne viendra jamais.
Des femmes et des enfants qui méritaient des systèmes plus sûrs que ceux que nous leur avons offerts.
La foi doit être vécue, pas seulement proclamée
La foi joue un rôle important dans nos au Sénégali. Mais la foi véritable n’est pas censée rester tranquillement dans nos cœurs ; elle nous appelle à agir. C’est une chose de prier pour des accouchements sans danger, c’en est une autre de veiller à ce que chaque mère ait accès à des soins de qualité pendant sa grossesse, à une alimentation adéquate, à des vaccins, à des accoucheuses qualifiées qui savent quoi faire en cas de complications.
C’est dans cet esprit que le Cadre des Religieux pour la Santé et le Développement (CRSD) a développé des outils concrets de plaidoyer religieux : un argumentaire islamique sur l’espacement des naissances, un argumentaire sur la santé des adolescents et des jeunes, ainsi qu’un recueil de sermons sur la planification familiale. Ces supports, utilisés à travers des campagnes multimédias et des rencontres communautaires, permettent de traduire la foi en action et de toucher directement les préoccupations des familles.
Responsabilité : ce que nous finançons révèle ce qui a de la valeur pour nous
Même dans un contexte marqué par la diminution de l’aide mondiale au développement, le ralentissement des avancées en matière de santé maternelle, nos valeurs doivent rester lisibles dans nos choix et nos budgets doivent le refléter.
Pas de manière occasionnelle. Pas seulement en période électorale, mais de manière cohérente et audacieuse, année après année.
Chaque franc investi dans la santé maternelle, néonatale et infantile renforce nos systèmes de santé, renforce la résilience et alimente le type de croissance économique qui profite à des communautés entières.
Il faut reconnaître que le Sénégal a fait des progrès remarquables et est reconnu comme un modèle en matière d’amélioration de la santé maternelle, néonatale, infantile et adolescente, grâce à un leadership national fort, à la coopération régionale et à des innovations communautaires. Nous avons augmenté le nombre d’accouchements assistés par du personnel qualifié et ont bénéficié de l’expertise des acteurs communautaires dont les Badienou Gox, cela a contribué à une baissé de manière significatif du taux de la mortalité maternelle et infantile. Nous devons donc maintenir notre élan et nous tenir responsables des résultats.
Le CRSD, par exemple, a touché plus de 4 500 personnes dans 129 localités à travers les 14 régions du pays, en mobilisant leaders religieux et acteurs communautaires. Ces efforts ont contribué à une baisse significative de la mortalité maternelle et infantile.
Le mandat moral : sauver des vies est l’affaire de tous.
Sauver la vie des mères ne relève pas uniquement des médecins ou des sages-femmes. C’est une responsabilité collective : aux dirigeants nationaux et aux gouvernements régionaux, aux chefs religieux et aux anciens, aux pères et aux mères.
Que cette nouvelle année nous pousse à passer du sentiment à l’action, de la prière à l’engagement. Et puissions-nous choisir, ensemble, de protéger le don de la vie.
Par Cheikh Saliou Mbacké, président de l’ONG CRSD – Cadre des religieux pour la santé et le développement.


