À l’unité d’hémodialyse du Centre hospitalier régional de Ziguinchor (Chrz), plus de 500 cas d’insuffisance rénale sont diagnostiqués chaque année. La lutte contre cette pathologie se mène dans des conditions alarmantes. Bâtiments délabrés, manque criant de lits et de machines, personnel sous pression, etc. L’atmosphère est peu reluisante. Patients et soignants se battent chaque jour pour préserver des vies, souvent au prix de lourds sacrifices.
ZIGUINCHOR- Dans le silence ponctué par le bourdonnement des machines, huit lits seulement accueillent chaque jour, seize patients en hémodialyse au Centre hospitalier régional de Ziguinchor. Une rotation permanente, dictée par la rareté des équipements, tandis qu’une trentaine de malades restent en attente, suspendus à l’espoir d’une place disponible. Ici, la survie se négocie à l’heure près. Le paradoxe est cruel. Cette unité de néphrologie, inaugurée en grande pompe, par l’ancien président de la République, Macky Sall, en présence du ministre de la Santé d’alors, le Pr Awa Marie Coll Seck, est aujourd’hui confrontée à une réalité bien moins reluisante. Les bâtiments présentent de sérieux problèmes d’étanchéité et menacent ruine. Les murs suintent, les plafonds fatigués et, en période d’hivernage, l’eau s’infiltre jusque dans la salle de soins, rendant les séances de dialyse extrêmement complexes.
Malgré ces conditions, une dizaine d’agents paramédicaux et deux médecins tentent de faire face à une pression constante. Les patients atteints d’insuffisance rénale concernent toutes les tranches d’âge : enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, hommes et femmes confondus. La maladie, elle, progresse inexorablement. Dans la région de Ziguinchor, plus de 500 nouveaux cas d’insuffisance rénale sont recensées chaque année. Chef de l’unité d’hémodialyse, le Dr Mamadou Ba dresse un constat sans détour. « Il est impératif de construire un véritable service de néphrologie conforme aux normes sanitaires. Les locaux actuels sont dépourvus de commodités essentielles. Dans ces conditions, il est impossible d’assurer des soins de qualité à la population », déplore-t-il dans un entretien. Le néphrologue insiste également sur la gravité d’une pathologie encore trop souvent minimisée. Une « pathologie minimisée qui fait des ravages » « La maladie rénale est très répandue mais largement sous-estimée. Pourtant, le rein assure une fonction vitale d’épuration. Lorsque près de 95 % de sa capacité ne fonctionne plus, la dialyse devient incontournable », explique le spécialiste. Poursuivant, Dr Mamadou Ba fait savoir qu’ils ne disposent « que de huit machines pour une trentaine de patients réguliers, pris en charge par une équipe d’une dizaine d’agents ». Même constat de son confrère, le Dr Cheikh A. T. Koulibaly. Néphrologue au Centre hospitalier régional de Ziguinchor, le médecin pointe la vétusté des infrastructures.
« Les locaux datent de 2015 et leur capacité est aujourd’hui largement dépassée. Pendant que d’autres régions ont bénéficié de nouveaux centres d’hémodialyse, Ziguinchor est restée en marge. Cela complique énormément la prise en charge des patients », regrette-t-il, tout en appelant les populations à davantage de prévention face à une maladie « qui continue de faire des ravages ». Dans cette unité aussi vitale, le personnel paramédical effectue le travail avec les moyens dont ils disposent. Technicien supérieur en néphrologie, Thierno Mansour Pouye décrit une organisation poussée à ses limites. « Théoriquement, l’unité peut accueillir 32 personnes. Mais, avec les rotations, nous parvenons parfois à dialyser jusqu’à 45 patients dans le mois. Notre mission est de soulager les malades et nous mobilisons tous les moyens disponibles pour y parvenir », confie-t-il, avant de souligner la difficulté majeure : « Le principal obstacle reste l’exiguïté de l’unité ». À Ziguinchor, l’insuffisance rénale n’est plus une pathologie marginale. Elle est présentée comme un enjeu majeur de santé publique. Entre la progression constante des cas et des infrastructures à bout de souffle, la situation appelle des réponses urgentes et durables. Car derrière chaque machine de dialyse, ce sont des vies qui se jouent, jour après jour, dans l’attente d’un renforcement réel des capacités sanitaires.
Par Gaustin DIATTA (Correspondant)


