Au Sénégal, il faut débourser jusqu’à 2,5 millions de FCfa pour bénéficier des traitements de l’assistance médicale à la procréation, selon le Professeur Philippe Moreira, gynécologue-obstétricien à l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye.
Au cours d’un atelier de deux jours ouvert hier, jeudi 15 octobre, à Dakar, la Direction de la Santé de la mère et de l’enfant et l’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd) ont rappelé la nécessité de mieux informer les populations et d’améliorer la prise en charge contre l’infertilité.
Une tentative de fécondation in vitro (Fiv) avec micro-injection peut coûter jusqu’à 2,5 millions de FCfa. L’information a été donnée, hier, jeudi 15 octobre, à Dakar, par le Professeur Philippe Moreira, gynécologue-obstétricien à l’hôpital Dalal Jamm. Les seuls médicaments peuvent représenter près de 800 000 FCfa. Des montants qui rendent ces traitements difficilement accessibles à de nombreux couples, d’autant que, d’après le spécialiste, les assurances et les Institutions de prévoyance maladie (Ipm) ne les prennent pas en charge. Ces données ont été présentées hier, lors d’un atelier de partage sur la politique nationale de santé en matière de planification familiale, avec un accent sur l’infertilité et ses conséquences sociales. Organisée par l’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd), en collaboration avec la Direction de la Santé de la mère et de l’enfant (Dsme), la rencontre vise à renforcer les connaissances des professionnels des médias sur cette problématique.
Le Pr Moreira a informé que 12 % à 15 % des consultations reçues en gynécologie concernent l’infertilité et rappelle qu’elle n’est pas uniquement une affaire des femmes. Il recommande ainsi une consultation après 12 mois de rapports sexuels réguliers sans contraception. Les traitements varient selon les causes et peuvent comprendre des médicaments, une intervention chirurgicale, l’insémination artificielle ou la Fiv. À Dalal Jamm, l’insémination est proposée autour de 50 000 FCfa hors médicaments dont le coût peut atteindre 100 000 à 150 000 FCfa. Le spécialiste plaide alors pour un meilleur équipement des structures publiques, la formation du personnel, un accompagnement psychologique et une prise en charge financière plus large.
Le directeur de la Santé de la mère et de l’Enfant, le Dr Amadou Doucouré, a rappelé que la planification familiale ne se limite pas à la prévention des grossesses non désirées. « Elle englobe aussi la prévention de l’infertilité et la lutte contre les infections sexuellement transmissibles », a-t-il mentionné. Il s’est également désolé des répercussions psychologiques, sociales et économiques de l’infertilité ainsi que de la stigmatisation dont les femmes sont souvent victimes. Pour le président de l’Ajspd, Eugène Kaly, les journalistes ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation. Pour ce faire, l’Association prévoit de déployer, en 2027, une série d’activités dans plusieurs régions du pays. M. Kaly appelle les professionnels des médias à éviter les titres sensationnels et à privilégier une information responsable. Le coordonnateur de la cellule de communication du ministère de la Santé, le Dr Amadou Sow, a, lui, insisté sur la nécessité de diffuser une information fiable face à la désinformation.
Un centre de Procréation médicalement assistée annoncé
Lors de l’atelier de deux jours organisé par l’Association des journalistes en santé, population et développement, le directeur de la Santé de la mère et de l’enfant, le Dr Amadou Doucouré, a annoncé la mise en place du premier centre de Procréation médicalement assistée (Pma) au Sénégal, avec des structures secondaires dans les régions. Des professionnels de santé ont déjà bénéficié de formations dans ce domaine. « À l’hôpital Dalal Jamm, certaines prestations, notamment les analyses spermatiques et l’insémination, sont déjà disponibles », a-t-il salué.
Toutefois, le Dr Doucouré renseigne que « le développement de l’offre publique reste conditionné par le renforcement des équipements et des infrastructures, notamment pour la fécondation in vitro avec micro-injection ».
Babacar Guèye DIOP

