Au cœur du département d’Oussouye, dans une localité longtemps meurtrie par le conflit armé en Casamance, chrétiens, musulmans et adeptes de la religion traditionnelle ont uni leurs prières, ce 1er janvier 2026, pour invoquer la paix. À Youtou, la messe solennelle présidée par l’évêque du diocèse de Ziguinchor, Mgr Jean-Baptiste Valter Manga s’est imposée comme un puissant symbole d’espérance, de réconciliation et de vivre-ensemble.
OUSSOUYE- Le jour se lève doucement sur Ziguinchor, en ce premier matin de l’année 2026. Une fraîcheur bienveillante enveloppe la ville encore engourdie lorsque, peu avant 8 heures, notre véhicule prend la route vers Youtou, une destination éloignée, enclavée, mais chargée d’histoire et de symboles. Le trajet est long, parfois éprouvant, à travers des villages bayotte bordant la route nationale numéro 6, avant de s’enfoncer dans les terres du département d’Oussouye. À 10 h 02 minutes, Youtou apparaît enfin.
Cette localité, profondément marquée par les décennies de conflit en Casamance, porte encore les stigmates d’une paix fragile. La piste sinueuse qui y mène, traversant une portion du parc national de Basse-Casamance depuis le village d’Émaye, est quadrillée par les forces de défense et de sécurité. Un rappel silencieux de la précarité de l’accalmie retrouvée. Pourtant, Youtou se réveille dans le calme et dévoile à ses hôtes toute son hospitalité.À 10 h 20 minutes, dans un espace aménagé pour l’occasion, la foule accueille l’évêque du diocèse de Ziguinchor, Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga, entouré de plusieurs prêtres. Les voix claires et entraînantes de la jeune chorale de la paroisse Notre-Dame du Très Saint Rosaire s’élèvent, donnant le ton d’une célébration eucharistique à la fois solennelle et chargée de sens. Chrétiens catholiques, musulmans et adeptes de la religion traditionnelle se tiennent côte à côte, unis dans une même ferveur, dans une atmosphère de communion et de convivialité.
« La paix se construira par le pardon »
En ce premier jour de l’An, qui correspond à la célébration de la Bienheureuse Vierge Marie et à la Journée mondiale de la paix instaurée par l’Église catholique depuis 1968, le message se veut universel. Dans son homélie, Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga rappelle que la paix est une responsabilité partagée. « Au premier jour de l’année, l’Église nous invite à célébrer Marie, celle qui a donné naissance à Jésus, le Prince de la paix. Cette lumière doit continuer de briller en nous », affirme-t-il, avant de souligner que « chaque être humain, créé à l’image de Dieu, mérite respect et considération, quelles que soient les circonstances ». Ainsi, le prélat insiste sur l’engagement personnel dans la construction de la paix. « Nous devons nous ouvrir à la paix et persévérer dans cette quête, même si l’appel semble parfois fatigant », déclare-t-il, rappelant que « le Saint-Père nous exhorte à ne jamais renoncer ». Pour lui, « la paix ne se construira jamais par les armes, mais par le pardon ».
Mgr Manga invite ainsi les populations à tourner la page des années de violence. « Nous avons été une génération marquée par la guerre. Il est temps de faire naître une génération de la paix, en Casamance, au Sénégal, en Afrique et dans le monde », insiste-t-il. L’évêque de Ziguinchor conclut son message par un appel clair à l’engagement collectif. « Lorsque Jésus est apparu à ses disciples après la résurrection, il leur a dit : “La paix soit avec vous”. À notre tour, nous devons devenir des artisans infatigables de cette paix », prêche le Pasteur ordonné évêque il y a plus d’un an de cela.
Des voix multiples pour un même idéal
Au terme de la célébration eucharistique, plusieurs interventions viennent prolonger l’appel à la paix lancé depuis l’autel. L’abbé Achille Djihounouck, curé doyen d’Oussouye, rappelle la dimension spirituelle de cette quête. « La paix est avant tout un don de Dieu, parce qu’elle vient de Lui », explique-t-il, estimant qu’« elle est aussi une vertu qui exige un combat permanent, notamment sur le plan spirituel ». Le curé de la paroisse de Diembéring ajoute que « la paix de Dieu dépasse toute intelligence humaine » et invite les fidèles à se reconnaître comme « des pèlerins et des pèlerines engagés sur le chemin de la paix ».
De son côté, Pr Nouha Cissé, acteur engagé pour la paix et représentant du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (Grpc), alerte sur les menaces contemporaines. « Un extrémisme violent guette aujourd’hui le Sénégal », prévient-il, tout en saluant l’engagement constant de l’Église. Selon lui, « l’Église n’a jamais cessé de prêcher la réconciliation, la paix des cœurs et le pardon ». Il invite ainsi à une prière fervente « pour la paix et la réconciliation dans notre pays » et formule un vœu fort : « Que Dieu bénisse la Casamance afin que cette terre retrouve toute sa splendeur ». La cérémonie s’achève sur un geste hautement symbolique : un lâcher de colombes, effectué par des enfants, entourés de l’évêque de Ziguinchor, du sous-préfet de l’arrondissement de Cabrousse, Aliou Wade, et des membres du clergé diocésain. Dans le ciel de Youtou, ces oiseaux blancs emportent avec eux l’espérance d’un avenir apaisé.
En ce 1er janvier 2026, loin des grandes tribunes internationales, Youtou rappelle avec force que la paix se construit d’abord sur le terrain, dans les cœurs et dans les gestes simples, lorsque les communautés choisissent de prier, de dialoguer et de pardonner ensemble.
Par Gaustin DIATTA (Correspondant)

