KOLDA – Abdoulaye Baldé, c’est l’histoire d’un migrant qui a vécu l’enfer libyen avant de décider de rentrer au bercail. Grâce à l’appui de l’Anida, il se reconstruit tout en construisant l’avenir de sa famille.
Le soleil de l’après-midi cogne dur sur le village de Tianouf Yérondi, dans la commune de Saré Bidji (région de Kolda). Pourtant, le rythme ne faiblit pas. Les pieds nus enfoncés dans la terre nourricière, Abdoulaye Baldé avance avec une précision d’horloger entre les rangées verdoyantes. Vêtu d’un polo à rayures bleues et blanches et d’un simple short, cet homme de 33 ans donne le rythme.
Autour de lui, deux grands gaillards s’activent en silence, coupant méthodiquement les aubergines mûres. Le geste est sûr, le tableau est vivant.
C’est le ballet quotidien d’un homme qui a transformé la sueur de son front en réussite. Mais derrière les traits fins et le phrasé posé d’Abdoulaye se cache une tout autre histoire : celle d’une jeunesse suspendue aux mirages de l’exil. « J’ai passé des années à errer en Libye et en Algérie », confie-t-il, le regard tourné vers un passé douloureux. « Je n’ai pas pu rejoindre l’Europe, malgré plusieurs tentatives infructueuses et une vie de misère », se remémore-t-il. En 2017, brisé par l’enfer du voyage mais armé d’une résilience hors du commun, il fait le choix du retour. Revenir pour mieux renaître.
Pour lui, la patience est devenue la boussole de sa vie. Face aux obstacles, il a opposé le pragmatisme et le travail de la terre. Le tournant s’opère en 2020. Grâce aux aménagements de l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida), Abdoulaye prend les commandes d’une ferme familiale moderne d’un hectare. Ce domaine, il le pilote aujourd’hui comme un véritable chef d’entreprise. Gombo, oseille, piment, chou blanc et aubergines s’y côtoient dans une parfaite complémentarité agricole.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Je rends grâce à Dieu et je remercie l’Anida pour tout son soutien », glisse-t-il avec un sourire empreint d’humilité. L’ancien migrant ne court plus après l’eldorado : il l’a cultivé chez lui. Aujourd’hui, Abdoulaye Baldé n’est plus seulement un agripreneur prospère ; il est devenu un symbole d’espoir pour toute la région de Kolda. Son exploitation fait vivre plusieurs familles de la communauté. Son message aux jeunes générations sonne comme un cri du cœur : « J’invite les jeunes de Kolda à rester et à travailler la terre. Mon exemple en est la preuve. On peut réussir ici. » À Tianouf Yérondi, les pieds dans la boue et la tête haute, Abdoulaye a enfin trouvé sa place au soleil.
Ibrahima Kandé (Correspondant)


