L’image de Nioroky, un village de la commune de Diacounda situé dans le département de Bounkiling, a longtemps été associée à celle d’Alphousseynou Diémé, un marabout décédé en 2017, à l’âge de 82 ans. Ce défenseur de l’Islam dans le Fogny Diragone a largement œuvré au désenclavement de cette localité. Il a aussi encouragé les enseignements du Coran, du français et de la pratique de l’agriculture.
SÉDHIOU – Bordé par Mampalago (région de Ziguinchor), dont il est séparé par le Soungrougrou – un bras de fleuve faisant office de frontière naturelle –, le village de Nioroky, dans la commune de Diacounda (département de Bounkiling), a connu une période de gloire grâce au marabout Alphousseynou Diémé. Ce dernier avait très tôt compris que pour impulser le développement de la localité, il fallait faciliter la mobilité et investir dans l’agriculture.
C’est ainsi qu’il avait rencontré quelques notables du village pour leur exprimer son vœu de créer une digue de protection. Cette structure permettra d’assurer la traversée de ce bras de mer qui, d’après certaines sources, provoque des cas de noyades de populations voulant rallier la Transgambienne. Elle jouait aussi une fonction importante dans la lutte contre la salinisation des terres.
« Avec d’autres jeunes du village, nous avions été engagés par le marabout pour bâtir la digue. Elle faisait environ deux kilomètres. Nous avions des outils rudimentaires comme le « kadiandou » (instrument utilisé en Casamance pour le labour des champs) », se rappelle Sadibou Sonko, originaire du village de Djignaky, dans le département Bignona.
Initiateur du pont et barrage
Il fut un disciple du marabout. Cette construction artisanale n’aura duré que trois années, car les troupeaux qui en avaient fait leur parcours en saison sèche l’ont finalement détruite.
Plus tard, Alphousseynou Diémé revient avec un autre projet, cette fois-ci plus structurant : la construction d’une infrastructure composée d’un barrage pour la baisse de la salinisation et d’un pont pour le passage.
« Les travaux démarrent en 1987. Le marabout qui avait, au préalable, demandé le soutien des autorités de l’époque est obligé d’engager le chantier avec ses propres moyens. Il commence ainsi à installer des sacs de sable avec les communautés. Plus tard, une Organisation non gouvernementale décide d’apporter son appui », raconte Ismaïla Sagna, professeur d’histoire et de géographie, auteur d’un récit sur la vie et l’œuvre de l’homme de foi.
Les travaux vont durer presque deux années. Cette infrastructure va contribuer à l’essor de Nioroky. Avec ce pont, les rizières avaient reverdi et les rendements s’étaient nettement améliorés. « Nous récoltions du riz deux fois par année », informe Fatou Sonko, témoin de cette époque.
Dans le marigot, le poisson était aussi abondant. Un passé radieux. Mais ce barrage, qui jouait un rôle important, car constituant une voie de passage entre les régions de Sédhiou et Ziguinchor, est, de nos jours, dans un état de délabrement inquiétant.
Artisan de l’éducation
La structure est rongée par le sel et la piste en latérite qui permet d’y accéder s’est détériorée. « Pas plus tard que le mardi 21 avril dernier, un conducteur de moto-taxi a dérapé et s’est gravement blessé », témoigne Karfa Diémé, préposé à la sécurité au poste de santé de Nioroky. D’après lui, la situation du pont est plus effrayante pendant l’hivernage. Les ambulances qui doivent transférer les malades hésitent à répondre aux sollicitations de peur de finir leur course dans les eaux.
En plus du barrage doublé d’un pont, Alphousseynou Diémé a impacté positivement l’éducation dans le village. Le religieux a, en effet, créé des établissements d’enseignement franco-arabe, se conformant ainsi à la politique de l’État entreprise en 2008 et visant à implanter plus d’écoles en zone rurale.
Conscient qu’il fallait moderniser l’enseignement, il coopère avec des établissements franco-arabes expérimentés du département de Bignona pour créer un collège d’enseignement. L’objectif était, d’après Ismaïla Sagna, « d’offrir une connaissance approfondie du Coran aux enfants du Fogny Diragone où la tradition garde encore un poids important ».
Dans ses établissements, Alphousseynou Diémé a mis l’accent sur l’enseignant de la jurisprudence malikite, la théologie islamique et la biographie du Prophète Mohamed (Psl). Mais, aux pensionnaires, il est aussi dispensé un programme gouvernemental afin de faciliter leur insertion.
Des infrastructures comme la mosquée ou encore le poste de santé sont construites par le marabout. Depuis sa disparition, en 2017, le village a connu une régression dans le domaine agricole. Une situation qui touche beaucoup les femmes qui furent les principales actrices du secteur.
Jonas Souloubany BASSÈNE

