Dans le Kassa, une île étonne par sa beauté et également son avenir prometteur. C’est Cachouane dans la commune de Diembéring. Elle offre plage, mangrove, une accessibilité par la route et par voie fluviale. Le tout enrobé dans une certaine hospitalité qui caractérise les populations du Kassa.
Cachouane, le nom chantonnant d’une presqu’île de la Basse Casamance à la beauté à couper le souffle, est située dans la commune de Diembéring. Sur le chemin de Kafar pour voir les femmes pêcheuses, une bande de terre attire l’attention de tout navigateur, avec son chapelet de campements délicatement posé sur les berges du fleuve. Cachouane et sa plage de sable fin, ses cocotiers, ses fleurs sont simplement attirants. On est arrivé à Cachouane en début d’après-midi. Après la rigueur du soleil de la traversée, on profite de la délicatesse du climat doux, avec un vent d’hivernage très marqué, et des arbres témoins certes du drame qui se joue dans cette partie du pays avec l’érosion côtière et la remontée de la langue salée. À ces revers dans ces endroits, véritables cartes postales, on peut y ajouter l’enclavement, les problèmes d’évacuation sanitaire, la disponibilité de l’électricité, etc. Tout n’est pas lisse, mais beaucoup de choses apaisent ici. Ndongo Diaw, chef de village et avenante personne, est trouvé pas loin de la plage en compagnie d’un de ses amis. Le privilégié. Il est entouré d’arbres et contemple le fleuve peuplé de végétations amphibies.
Derrière la carte postale…
Lui qui « administre » 310 personnes, souligne que Cachouane a une bonne fréquentation durant la saison touristique. En ces lieux, outre ce secteur précité, la pêche et l’agriculture sont les mamelles importantes, même si « le sel a pris nos rizières et à réduit considérablement les surfaces arables, et nous sommes obligés d’aller vers Diembéring à la recherche de terre », confie-t-il. Dans les sociétés Diolas, on mesure la force des ménages à l’aune du nombre de bottes de riz récoltées chaque année. Cette ressource occupe une place de choix du point de vue du culte et de la culture. La résistance de la prêtresse de Cabrousse, Aline Sitoé Diatta, qui a refusé de substituer l’arachide, à cette culture ancestrale, en est une parfaite illustration. C’est pourquoi à Cachouane, les populations ont construit de leur poche deux barrages anti sel pour lutter contre la langue salée. « Mais cela ne suffit pas », confesse le chef de village. Les cimetières étaient même sous les eaux, poursuit-il, mais depuis deux ans, les digues ont fait des effets. Les inondations sont contenues. Aujourd’hui, la pêche reste néanmoins un atout pour la contrée. La case de santé n’est pas bien fournie, et parfois, des évacuations vers l’île de Wendaye sont nécessaires. Mais souligne Ndongo Diaw, « avec l’absence d’ambulance, on se rabat sur les péniches des campements ». Le désenclavement reste une priorité dans cette riche localité accessible par le fleuve et par la route jusqu’à Diembérieng. Mais, pour parcourir ces 9 km, confie le chef de quartier, dont l’ancêtre est originaire de Mbéllecadio, dans le Sine, « il faut du courage, car c’est une piste dégradée et seules les voitures tout-terrain ou les tricycles peuvent s’y aventurer pour acheminer les touristes ». Les échanges sont agrémentés par le gazouillis des oiseaux. Ou encore cette radio qui crache une rétro du chanteur Alioune Mbaye Nder (le morceau rendant hommage au défunt fan originaire de Tambacounda). Dans la cour du chef de village, la marmaille profite des vacances et joue au football. Les cuisines résonnent de coups de pilon, et les moteurs des bateaux ronronnent pour débarquer ou ramener des gens. Se lever le matin et voir cette belle étendue d’eau est bénéfique. À l’ombre, les tâches ménagères sont exécutées et le plus cocasse, « nous avons de l’eau du robinet convoyée depuis Diembéring, mais elle n’est pas potable », assure Ndongo Diaw. Un paradoxe. Dans ses confidences, il évoque les dépôts notés sur le fond des bassines quand on utilise l’eau du robinet et les analyses diligentées par les autorités administratives ayant conduit à la prohibition de la consommation de cette eau. Aujourd’hui, « les puits font l’affaire, mais les femmes font de longues marches pour s’approvisionner », glisse le patriarche. Dans beaucoup de maisons, des fûts, enveloppés d’un tissu pour filtrer l’eau, qui doit y entrer, sont posés au bas des gouttières, en attendant que le ciel ouvre ses vannes. Outre les puits, « l’eau de pluie est recueillie pour servir de boisson », dit le vieux Diaw.
À Cachouane, le temps semble être suspendu. On se délecte d’y avoir posé pied. La localité complète un chapelet d’îles composées de Kafar (qui fait partie de Carabane), Nikine (le futur port industriel dont les études sont en cours a annoncé le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, le 8 septembre 2026, devant l’Assemblée nationale, lors de sa Déclaration de politique générale) ou encore Diogué, la commerciale et dynamique bande de terre à l’embouchure du fleuve Casamance. Face à l’étendue salée, Ibrahima Diop, enseignant à la retraite, tenancier d’un campement, évoque les aspects positifs de Cachouane : « Accessibilité par terre et mer, du foncier disponible pour les campements touristiques, des visites à couper le souffle entre les bolongs à portée de main », énonce l’acteur touristique. Mais le seul hic, l’enclavement, car des gens peuvent rester plus de deux jours sans sortir de l’île. Le commerce s’effectue avec Diembéring. En cas d’urgence, l’essence maritime coûte 7.000 FCfa pour les 10 litres, si le responsable de la péniche est un ami, ou encore 25.000 FCfa pour la location en direction de Elinkine. Le tourisme reste une opportunité, car durant la saison, les 6 campements, sans compter les logis des Européens affichent le plein, même si, le manque d’électricité freine le développement de cette activité. « Les poteaux devant fournir le courant, en provenance de Diembéring, ont déjà été matérialisés, mais on attend toujours », dit-il. Quand le Cap Skiring et Diembéring sont saturés, les touristes se rabattent sur la vierge Cachouane pour profiter de la quiétude des lieux. Et tout d’un coup, l’animateur de circonstance nous replonge dans des souvenirs d’enfance avec un tube du chanteur Boy Marone de Pikine. Une mélodie d’un autre siècle.
Site d’avenir
Les yeux pleins d’étoiles, nous décidions de quitter ce havre de paix. Notre pirogue est amarrée au campement Sounka, un des premiers de la zone, qui a commencé à fonctionner en 2008. On y remarque une grande case à impluvium traditionnelle typique de ces contrées de la Basse Casamance. Le gérant Papis est en Europe, en cette saison creuse. Il doit faire le tour des salons et autres rencontres pour faire la promotion de la destination Sénégal en général et Cachouane en particulier.
Les choses bougent ici, depuis 2020, avec un rush noté. D’autres réceptifs, proposent des services aux touristes, souligne Ibrahima Diop. Cachouane attire. Dans cette même logique, le département d’Oussouye a décidé d’y jouer les phases navétanes. Ici, les communautés chrétiennes, musulmanes et animistes cohabitent en parfaite harmonie. La diversité multiculturelle et ethnique est une réalité. Une véritable richesse. En attendant d’accoster à Wendaye, une autre merveille de la Basse Casamance, nous naviguons dans un ciel lourd qui menace d’ouvrir ses vannes. Qu’importe, ici, en cette période d’hivernage, la pluie est un compagnon au quotidien et les merveilles du Kassa valent tous les sacrifices.
Amadou Maguette NDAW et Ndiol Maka SECK (Textes) et Abdou Khadir SECK (Photos)

