C’est une règle : les pensionnaires du Centre de Premier Accueil (Cpa) ne doivent pas dépasser un délai de séjour de trois mois. Lors de notre passage, ils étaient 14 pensionnaires âgés de 5 à 17 ans, dont 6 garçons et 8 filles. En 2024 et 2025, le centre a accueilli respectivement 124 et 70 mineurs.
La discrétion est de mise au Centre de Premier Accueil (Cpa) de Dakar. Ici, aucun panneau n’indique la nature des lieux. On se croirait à l’entrée d’une maison quelconque. Il est 12 h 22. Devant l’établissement, situé à Liberté 6 Extension, deux beaux béliers sont attachés sous un arbre. Ce sont des cadeaux d’une bonne volonté, destinés aux enfants pour la fête de fin d’année.
À l’intérieur, sur la droite, un Agent de sécurité de proximité (Asp) veille au grain. Les deux blocs de dortoirs, réservés aux filles et aux garçons, se font face et donnent sur un grand patio où une technicienne de surface ramasse, à l’aide d’une pelle, des copeaux de bois laissés sous une table.
Dans la salle d’exposition, des œuvres d’arts plastiques et de perlage, réalisées par les enfants, sont disposées sur des étagères. « Le dortoir des filles sent toujours bon », se réjouit Mme Mariama Diallo Ndiaye, directrice du centre. « Elles ne me lâchent pas. Je ne peux même plus avoir de stock de parfums d’intérieur à cause d’elles », lance-t-elle sur un ton faussement choqué.
Dans une salle, un garçon de 9 ans, entouré d’autres pensionnaires, s’amuse à maintenir une petite balle dans le creux d’une cuillère qu’il tient dans sa bouche. À le voir si joyeux, on ne dirait pas qu’il sort de dix jours d’hospitalisation à la suite de tortures infligées par son oncle et tuteur, un gendarme.
Pendant que Mme Mariama Diallo Ndiaye, éducatrice spécialisée, nous ouvre la porte de son bureau, on entend les enfants chanter « Arva », le tube de Jahman X-Press qui cartonne. L’ambiance est festive.
Site de transit
Créé en 2014 et fonctionnant sous le régime de l’internat, le Cpa accueille, sur décision judiciaire, des enfants victimes, en danger, témoins ou en conflit avec la loi, âgés de 6 à 18 ans, filles et garçons. Il s’agit généralement d’enfants victimes d’abus sexuels, de maltraitance ou de négligence, en danger ou égarés, dont l’éducation, la santé ou la moralité sont insuffisamment protégées ou compromises.
Le centre accueille également des enfants ayant commis des délits ou des crimes – tels que des meurtres ou des viols – mais dont l’âge ne permet pas l’incarcération et dont les dossiers sont encore en instruction. Étant un centre fermé, certains garçons ont tendance à fuguer à leur arrivée, par non-adhésion à la mesure de placement. En revanche, explique la directrice, d’autres acceptent la main tendue, adhèrent à la mesure et restent pour bénéficier de l’accompagnement.
En principe, les enfants en conflit avec la loi, en danger ou victimes séjournent au centre pendant trois mois. Ce délai peut être prorogé en fonction de la situation et des perspectives de réorientation. Si les conditions favorables à un retour en famille ne sont pas réunies, la durée de séjour est prolongée.
Au-delà de trois mois, les enfants retournent dans leurs familles lorsque le lien familial est consolidé. Dans le cas contraire, ils sont orientés vers d’autres structures de la Direction générale de la Protection judiciaire et sociale (Dgpjs), notamment les centres polyvalents ou de sauvegarde, en internat ou en demi-pensionnat.
Au moment de notre passage, le centre comptait 14 pensionnaires âgés entre 5 et 17 ans, dont 6 garçons et 8 filles. En 2025, la capacité d’accueil n’a pas été dépassée, car il n’y pas eu de retraits massifs d’enfants de la rue. Ces opérations, souvent imprévisibles, obligent parfois le centre à accueillir un grand nombre d’enfants sur une courte période.
Des dénouements heureux
En 2024 et 2025, le Cpa a pris en charge respectivement 124 et 70 mineurs. Cette situation s’explique par la gestion de cas complexes pour lesquels le retour en famille n’était pas envisageable, entraînant le dépassement du délai de séjour pour plusieurs enfants. Certains pensionnaires admis en janvier et mars 2025 sont toujours présents au centre.
Parmi les cas qui ont le plus marqué Mme Diallo figure celui d’une fillette de trois ans dont la tante, sœur cadette de sa mère, avait brisé les deux bras. Elle est restée au centre pendant trois mois avant de retourner en famille, en Guinée.
Un autre cas concerne une fillette de moins de cinq ans, victime de violences extrêmes de la part de sa mère, qui l’avait contrainte à ingurgiter de l’acide avant de lui briser une jambe pour un prétendu vol de pièce de monnaie. La victime a pu rejoindre son père en Italie.
Les principales difficultés du centre sont liées à la faible capacité d’accueil et à l’insuffisance des moyens. Toutefois, des partenaires tels que Pencum Ndakarou apportent un appui précieux. L’éducatrice spécialisée plaide pour une meilleure valorisation des centres à travers une communication plus soutenue.
Elle lance également un appel aux autorités concernant la prise en charge des enfants autistes. Bien que le centre dispose d’éducatrices spécialisées, l’accompagnement de ces enfants nécessite l’intervention de spécialistes dont il ne dispose pas.
Le départ des enfants est souvent marqué par des séparations douloureuses, tant pour les pensionnaires que pour le personnel qui finit par tisser avec eux de forts liens d’affection.
Par Hadja Diaw GAYE

