Serigne Abdoul Aziz Sy « Dabakh » (1904-1997) a marqué son époque par sa sagesse, son rôle de médiateur dans les crises politiques et sociales, et son engagement en faveur de l’unité et de la paix. Troisième khalife de Seydi El Hadj Malick Sy, il demeure une référence spirituelle et morale dont l’héritage traverse le temps.
« Si vous aimez le Sénégal, si vous êtes guidés par l’intérêt national et si vous craignez Dieu, le Sénégal avancera et sera en paix. » Cette recommandation, à valeur de viatique, adressée aux acteurs de la vie politique lors d’un rassemblement à la zawiya d’El Hadji Malick Sy de Dakar, traduit à elle seule tout l’engagement de Dabakh et le rôle de sentinelle qu’il a toujours incarné.
Un médiateur au service de la paix et de l’unité nationale
Chaque fois que le climat politique était tendu, qu’un différend opposait l’État à l’opposition ou que le dialogue politique était rompu, il s’interposait pour apaiser la situation. On se souvient notamment de la période qui suivit le fameux « plan Sakho-Loum » adopté par le gouvernement d’Abdou Diouf mais catégoriquement rejeté par l’opposition et les syndicats. Ces derniers menaçaient de paralyser tous les secteurs socioprofessionnels et éducatifs. Mame Abdou intervint alors en convoquant ces acteurs à Tivaouane afin de les ramener à de meilleurs sentiments.
Catalyseur incontesté de la société sénégalaise, Serigne Abdoul Aziz Sy n’hésitait pas à user de son influence à l’occasion des grands événements de la vie nationale. Ses prêches demeurent d’actualité. Lors des événements du 23 juin 2011, sa voix résonnait encore sur presque toutes les chaînes de télévision et de radio, rappelant à l’ordre l’ensemble des composantes de la société.
Fils d’El Hadj Malick Sy et de Sokhna Safiétou Niang, Serigne Abdou Aziz Sy naquit en 1904 et fut le troisième khalife général des tidjanes.
Il eut la particularité d’être éduqué par son père, ses grands frères et les moukhadams de ce dernier. Pour parfaire son savoir, il se rendit chez Serigne Hady Touré, compagnon d’El Hadj Malick Sy. Il fréquenta également plusieurs centres d’enseignement réputés, notamment l’université de Tivaouane et celle de Mbacoumé, dans le Cayor, avant de partir à Saint-Louis à l’âge de 26 ans. Il y demeura jusqu’en 1937 auprès de Serigne Birahim Diop. À l’image de son père, Serigne Abdou Aziz Sy accomplit le pèlerinage à La Mecque en 1947, accompagné de son ami Lamine Guèye. Sa réputation tenait autant à sa générosité qu’à son engagement pour l’unité entre confréries et le dialogue islamo-chrétien.
Un héritage spirituel et moral toujours vivant
« Dabakh » possédait aussi plusieurs concessions agricoles, notamment dans la région de Saint-Louis, exploitées par ses talibés. Il s’illustra par son érudition, ses prêches, ses nombreux écrits en arabe et une importante biographie consacrée à son père. En dirigeant les chœurs des talibés d’El Hadj Malick, il acquit une popularité sans faille. Affectueusement surnommé « Moulaye Dabakh » par ses disciples, il imposait le respect par sa sagesse et sa vaste culture. Républicain convaincu, il ne se taisait jamais quand la société était en danger. Il exhortait les chefs religieux à tenir un langage de vérité envers leurs disciples et rappelait aux détenteurs du pouvoir temporel que les malheurs du pays provenaient d’hommes faux, corrompus et malhonnêtes exploitant honteusement les populations.
Durant son khalifat (1957-1997), il effectua de nombreux voyages, notamment au Maroc, en Arabie saoudite, aux États-Unis, en France et en Mauritanie, à la demande de ses pairs, en raison de sa haute maîtrise du savoir islamique. Pacifique, humble, courtois et discret, Serigne Abdou sut tisser des liens solides dans le monde arabe, en particulier au Maroc et en Arabie saoudite, avec un seul objectif : consolider la Umma islamique.
Après avoir veillé quarante ans sur l’héritage et le temple d’El Hadj Malick Sy, il fut rappelé à Dieu le 14 septembre 1997, un jour marqué par un brouillard persistant en pleine période estivale, perçu par beaucoup comme un signe de la dimension extraordinaire de ce saint homme. Son neveu, Serigne Mansour Sy « Borom Daraa Yi », lui succéda alors dans les fonctions de khalife général des tidjanes.
Salla GUEYE