Ancienne journaliste, Houreye Thiam a troqué le micro et les plateaux TV contre l’organisation du Hajj et de l’Umrah. À la tête de Machallah Pèlerinage depuis 2017, elle accompagne aujourd’hui des centaines de fidèles sénégalais vers les lieux saints de l’Islam. Une reconversion née d’une expérience personnelle et d’un besoin croissant d’accompagnement spirituel et logistique.
« Je suis journaliste de formation reconvertie en cheffe d’entreprise. Je dirige également Machallah Pèlerinage », confie-t-elle avec une fierté perceptible dans le ton de sa voix. Une fierté née avant tout du désir d’informer, en sa qualité de journaliste, avec les réflexes du métier chevillés au corps. Pour Houreye, tout commence en 2013, lors de son premier pèlerinage à La Mecque. Ce voyage marque profondément l’entrepreneure, au point de transformer sa trajectoire professionnelle. « C’est comme si j’avais eu une révélation », raconte-t-elle, un sourire à peine dissimulé. Passionnée de voyage et habituée à aider les autres, le pèlerinage lui permet de découvrir sa véritable vocation. Elle commence ainsi à partager ses expériences avec les futurs pèlerins.
Au fil des années, ses conseils pratiques séduisent de plus en plus de personnes. « Je faisais des lives pour partager mon vécu, les bons plans… C’était vraiment dans une démarche d’information », explique-t-elle. Entre traductions, accompagnement et astuces pratiques, beaucoup finissent par croire qu’elle faisait déjà partie des encadreurs officiels. Face à la demande grandissante, elle commence à organiser les voyages de proches et d’amis. Une activité qui prend rapidement de l’ampleur. « Les gens ont commencé à m’approcher et je me suis mis à organiser le Hajj avec des amis, des proches. C’est comme cela que je me suis retrouvée encadreuse », renseigne-t-elle.
Encadrement spirituel et soutien psychologique
L’engouement autour de ses services devient tel qu’il lui devient difficile de poursuivre une autre activité professionnelle. « J’avais beaucoup de contraintes et j’ai finalement décidé de me consacrer entièrement au pèlerinage », explique Houreye Thiam. C’est ainsi qu’est créée Machallah Pèlerinage en 2017, avant l’ajout de l’Umrah dès 2018. Depuis sa création, l’agence affirme avoir accompagné plus de 5 000 pèlerins vers les lieux saints de l’Islam. Pour cette édition du Hajj, entre 400 et 500 voyageurs sont attendus.
Pour rendre ce voyage accessible, l’entreprise a mis en place plusieurs mécanismes d’accompagnement financier. « Nous avons instauré des tontines pour faciliter le pèlerinage à travers un système d’épargne, car c’est un projet de vie payable en plusieurs tranches », souligne-t-elle.
Au-delà de l’aspect logistique, Machallah Pèlerinage mise sur une prise en charge globale des pèlerins. Une équipe religieuse assure ainsi la formation spirituelle des voyageurs avant leur départ. « Nous avons des formations en groupe, des formations privées, en présentiel. Nous avons des formules adaptées à tous nos voyageurs », détaille Houreye Thiam. Audios, vidéos et livrets explicatifs sont également mis à disposition pour permettre aux pèlerins de mieux comprendre les rites et comportements à adopter sur les lieux saints.
Une vingtaine de personnes travaillent exclusivement à préparer les voyageurs, étape par étape, avant le départ. « Il y a également une équipe qui aide à répéter pour faciliter le voyage avant même le départ », précise-t-elle.
L’entreprise met aussi l’accent sur le suivi humain et psychologique. « Nous veillons à l’accompagnement psychologique des pèlerins. Nous faisons en sorte que le client soit en contact direct avec le staff », ajoute-t-elle. Chaque groupe dispose ainsi de membres dédiés à son suivi.
Contraintes financières et réglementations strictes
Malgré son développement, le secteur reste confronté à plusieurs difficultés. « L’opération mobilise beaucoup de moyens financiers », reconnaît Houreye Thiam. Elle pointe également les exigences imposées par les autorités saoudiennes. « Le fait que l’Arabie saoudite exige que tout soit bouclé quatre mois à l’avance est problématique, car les Sénégalais attendent souvent la dernière minute », regrette-t-elle.
À cela s’ajoutent des réglementations strictes et la hausse constante des coûts. Billets d’avion, hôtels, taxes : les dépenses augmentent chaque année. « La hausse des coûts impacte aussi notre travail et cela justifie le package », explique-t-elle. Malgré ces contraintes, Houreye Thiam affirme poursuivre sa mission avec la même ambition : permettre aux pèlerins sénégalais de vivre leur voyage spirituel dans les meilleures conditions possibles.
Arame NDIAYE (texte) – Jamil THIAM (vidéo)


