Kédougou a abrité, hier, un dialogue communautaire visant à lutter contre les violences numériques faites aux femmes et aux filles. Un dialogue qui s’inscrit dans le cadre de la campagne nationale des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles.
Cette campagne est placée cette année sous le thème « ensemble, pour mettre fin à la violence numérique ». La mobilisation a réuni des élus locaux, des autorités administratives, des leaders communautaires et organisations de jeunesse pour alerter sur le phénomène des agressions en ligne qui prend de l’ampleur. En ouvrant la cérémonie, Mouhamadoul Moustapha Gaye, l’adjoint au gouverneur de Kédougou chargé du développement, a d’emblée réaffirmé l’engagement « total » de l’État à renforcer les mécanismes de prévention et d’intervention.
Il a aussi rappelé que protéger les femmes et les filles revient à protéger la cellule familiale et l’équilibre collectif. « La violence numérique est désormais une réalité incontournable, un espace où circulent humiliations, diffusion d’images intimes, chantage en ligne, propos sexistes ou menaces anonymes. Lorsqu’une femme ou une fille est touchée, ce sont nos sœurs, nos mères, nos épouses et nos filles qui sont exposées », a-t-il ainsi fait comprendre. Evoquant dans ce sens des conséquences graves et souvent irréversibles sur la réputation, la santé mentale, la scolarité et l’intégration sociale des victimes.
Bintou Diawara, 4ᵉ adjointe au maire de Kédougou, a partagé que les violences numériques, cyber harcèlement, menaces, usurpation d’identité, diffusion non consentie d’images… constituent aujourd’hui l’une des formes les plus insidieuses et les plus destructrices de violences basées sur le genre. *Elles touchent particulièrement les jeunes filles, souvent exposées aux réseaux sociaux sans outils suffisants de protection ou d’accompagnement » a-t-elle alerté.
Eduquer les jeunes au numérique
Pour Moustapha Gaye, il est essentiel d’intégrer les valeurs religieuses, sociales et citoyennes dans la sensibilisation. Il a insisté sur la nécessité d’éduquer les jeunes au numérique, de renforcer les mécanismes de prévention dans les écoles, d’offrir des cadres de prise en charge psychologique, mais aussi de soutenir les victimes à travers des dispositifs économiques durables. Pour lui, la lutte doit être permanente, car les violences en ligne n’ont ni frontières, ni pauses, ni saisons.
Au nom du projet « Kaarangue », Aliou Bakhoum a souligné l’urgence d’une prise de conscience nationale. « Plus de 10 000 vidéos à caractère problématique ont été recensées au Sénégal en 2024. La violence numérique reste largement méconnue malgré ses conséquences sociales et psychologiques dévastatrices. Pour y répondre, le projet déploie des actions, notamment des campagnes de sensibilisation dans les écoles et un programme d’autonomisation financière destiné aux femmes victimes de violences » a-t-il indiqué.
La représentante des jeunes filles, Fatoumata Dicko, présidente du club des jeunes filles, a elle plaidé, pour une société plus « juste, plus humaine ». Elle a confié en outre que les violences de toutes formes freinent le développement communautaire et détruisent le tissu familial. Non sans inviter chaque parent, chaque éducateur, ou autorité, à assumer pleinement son rôle de protecteur.
En marge du dialogue, une table ronde a réuni leaders religieux, experts juridiques et représentants communautaires afin d’approfondir les pistes de solutions.
Amadou DIOP (Correspondant )


