Une étude du Global Media Monitoring Project (GMMP), ou Projet mondial de suivi des médias, publiée en décembre 2025, fait état de la faible présence des femmes dans les médias sénégalais. Dans ce cadre, Alice Djiba, experte en genre, analyse l’impact de ce déséquilibre sur la représentativité et la représentation des femmes dans les médias du pays.

Le Projet de suivi mondial des médias (Gmmp), une enquête internationale qui mesure tous les cinq ans la représentation des femmes dans les médias (radio, télévision, presse écrite, web), a dressé en décembre 2025 un bilan global. Il en ressort que, selon le Gmmp, les femmes restent sous-représentées dans les médias, ne représentant que 26 % des experts. De plus, elles sont souvent cantonnées aux sujets de société, de mode ou de culture, avec une progression très lente, estimée à 1 % tous les cinq ans.$
Par ailleurs, au Sénégal, la représentation politique féminine demeure faible, à hauteur de 14 % en 2020. Dans ce contexte, en analysant ces données, Alice Djiba, spécialiste en communication et en genre, constate que « les femmes ne sont pas très présentes dans les contenus ». En effet, selon elle, cela apparaît dès lors que l’on aborde les grands sujets tels que la politique, l’économie ou la diplomatie.
Dans ces domaines, elles sont reléguées au second plan, presque invisibles. « On ne les sollicite pas en tant qu’expertes », regrette-t-elle. Ce déséquilibre, poursuit-elle, entretient un manque d’exposition. « On ne peut pas faire du journalisme et oublier 52 %, la moitié de la population. Les femmes constituent environ 52 % de la population. Leur place doit être prise en compte dans le traitement médiatique », estime-t-elle.
Par ailleurs, Alice Djiba souligne que lorsque les médias leur donnent de la visibilité, celle-ci reste souvent biaisée et réductrice. Selon elle, les femmes sont fréquemment renvoyées à des rôles de victimes ou de survivantes. De son avis, le regard sur leur apparence est plus mis en exergue. « A la place, elles sont étiquetées avec des termes: « Elle est belle, elle est bien habillée », souligne-t-elle.
Toutefois, elle note que « des voix émergent pour une meilleure représentativité ». De plus, selon elle, « une meilleure visibilité commence aussi à être accordée aux actions et initiatives des femmes dans les médias, les milieux professionnels et sur les réseaux sociaux ». Dans le prolongement de ce constat sur la faible visibilité des femmes dans les médias, d’autres données éclairent les inégalités auxquelles elles sont confrontées au-delà de cette sphère.

Un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) présente une synthèse de recherches menées entre 2022 et 2024 sur la violence et le harcèlement au travail au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Il révèle que ces phénomènes touchent une large proportion de travailleurs, hommes et femmes y compris dans les trois pays.
D’après l’étude, les hommes déclarent davantage de violences physiques et psychologiques, tandis que les femmes sont plus exposées à la violence sexuelle. Par ailleurs, les jeunes de 18 à 34 ans ainsi que les personnes âgées figurent parmi les groupes les plus vulnérables. Selon Alice Djiba, ces réalités influencent également la place des femmes dans l’écosystème médiatique. De quoi nourrir d’après l’experte en genre la réflexion autour de la dynamique genre au Sénégal.
Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).


