Un « chaos » règne à la gare routière de Bignona avec le mouvement incessant des véhicules et les va-et-vient des commerçants et autres usagers. Le méli-mélo est quotidien en ce lieu qui, plus que jamais, souhaite la digitalisation de ses services
BIGNONA – Matinée habituelle et bourdonnante à la gare routière de Bignona. Des klaxons de voitures au bruit des mécaniciens à l’oeuvre en passant par les cris et éclats de rire ou encore les baffles des commerçants qui crachent des décibels, tout y est. Un désordre total règne dans ces lieux. L’infrastructure, implantée en pleine agglomération, grouille de monde. Dans le bureau d’inscription des véhicules, installé à gauche, juste à l’entrée de la gare routière, on crie pour se faire entendre ou convaincre ses camarades.
Ce « tapage » règne presque partout. La gare est composée de neuf guichets, chacun dédié à une localité précise. Fonctionnelle en 2004, elle a connu des mutations depuis sa création en 1966. « Avant de se retrouver en son lieu actuel, sous le magistère de l’ancien maire Youba Sambou, elle se trouvait d’abord au niveau de l’actuel rond-point Émilie Badiane, puis à la Place publique de Bignona », a expliqué Ablaye Ndiaye Diémé, porte-parole de la gare. Selon lui, l’infrastructure obéit à toutes les normes, en comparaison aux autres gares routières du pays. À part celle des Beaux Maraîchers, à Dakar, s’enorgueillit-il, « on peut dire que c’est la plus belle gare routière du Sénégal ». En effet, le site a un joli design et offre certaines commodités aux usagers. Toutefois, il reste caractérisé par le désordre, rendant difficile le travail des occupants.
Ici, la majorité des usagers sont dans l’informel. Dans le bureau d’inscription des voitures, une vieille table sert de bureau à l’agent. On y trouve également un vieux registre, des bouts de papier et un stylo. Le recensement et l’enregistrement se font à main levée. La digitalisation n’est pas encore d’actualité. Il n’y a même pas d’enseigne à l’entrée principale pour indiquer qu’il s’agit de la gare routière de Bignona, la capitale du Fogny.
Une cohabitation difficile
« Nous voulons moderniser l’infrastructure, mais nous avons besoin de l’appui de l’État », plaide le chef de garage. Entre autres besoins, il énumère la numérisation des tickets et plus de modernisation pour se conformer aux standards en vigueur dans le domaine du transport. Pour ce faire, les responsables souhaitent une collaboration étroite avec la municipalité de Bignona et l’État, de manière générale. « Parfois, ces derniers prennent des décisions nous concernant sans nous en informer. Cela amène des couacs dans la mise en oeuvre », rouspète Ablaye Ndiaye Diémé. Comme exemple, il cite la décision de l’État qui demande à certains types de véhicules d’aller faire des visites techniques à Dakar. Aussi, M. Diémé réclame l’accompagnement de l’État pour la formation du personnel sur les nouvelles technologies.
La gare routière de Bignona cohabite avec deux importantes infrastructures : le Collège d’enseignement moyen (Cem) Arfang Bessire Sonko et le marché. Une proximité qui pose problème, surtout pour le Cem. Le bruit provenant de la gare n’épargne pas ce lieu d’apprentissage, qui a besoin de quiétude. Conscients de cette cohabitation difficile, mais surtout inadéquate, les responsables essaient, dans la mesure du possible, de réduire le tapage sonore. « Nous refusons les animations. D’ailleurs, nous préférons donner les cantines aux boutiquiers parce qu’ils font moins de bruit. Nous avons aussi mis les restaurants de l’autre côté pour réduire le bruit et déranger moins les apprenants », précise le chef de garage.
Dans la même logique, Ibrahima Diédhiou, habitué des lieux, se désole de cette cohabitation avec l’école. « Le bruit déconcentre les élèves et les enseignants », regrette-t-il. M. Diédhiou rappelle également que durant les préparatifs des grands événements, comme la Korité et la Tabaski, la mobilité est sérieusement éprouvée à cause de cette proximité. « Il est difficile pour les véhicules de sortir ou d’entrer dans le garage du fait des mouvements des clients et commerçants. C’est pire à la veille des grandes fêtes religieuses », confie, pour sa part, Aziz Badji, chargé des inscriptions des véhicules entrant dans la gare. Pour l’heure, les responsables de la gare routière de Bignona attendent l’appui de l’État, notamment en matière de digitalisation, pour espérer améliorer la qualité du service.
Par Kadidiatou SONKO (Correspondante)

