Depuis plus de vingt ans, la Fayda Ibrahimiya Tidjaniya s’impose comme un espace de communion spirituelle et un creuset de dialogue entre les peuples du Sénégal et de la Guinée-Bissau. À Ziguinchor, la 22e édition de ce grand rassemblement religieux a une nouvelle fois mis en exergue le rôle du soufisme dans la construction d’une paix durable et d’une coexistence harmonieuse au-delà des frontières.
ZIGUINCHOR- La capitale régionale du Sud a vibré, ce samedi 27 décembre, au rythme de la 22e édition du rassemblement annuel de la Fayda Ibrahimiya Tidjaniya, initié par Abdallah Bâ, khalife de Thierno Abdou Rahman Bâ. Fidèles, familles religieuses et disciples venus de plusieurs régions du Sénégal et de la Guinée-Bissau ont convergé vers la capitale sud pour célébrer un héritage spirituel profondément enraciné dans la paix et l’ouverture. Placée sous le thème : « La Fayda Ibrahimiya Tidjaniya, pont spirituel entre le Sénégal et la Guinée-Bissau », cette rencontre a été ponctuée de conférences, de prières et de moments de recueillement consacrés au Prophète Mouhammad (PSL), aux figures saintes de l’islam et à la purification intérieure. Autant de temps forts qui rappellent la vocation première du soufisme : élever l’homme par le cœur et la connaissance de soi. Dans son intervention, Abdallah Ba a insisté sur la capacité du soufisme à ancrer l’islam dans les sociétés africaines de manière pacifique et durable. Selon lui, « là où certaines idéologies violentes ont échoué à convaincre, la voie soufie a su transformer en profondeur les consciences, en s’adressant aux cœurs plutôt qu’en cherchant à soumettre les corps ». S’inscrivant dans l’héritage de Cheikh Ibrahim Niasse, la Fayda Ibrahimiya illustre, de l’avis du khalife, une spiritualité sans frontières. « Il n’est pas rare de voir des maîtres spirituels sénégalais entourés de disciples bissau-guinéens, tout comme des guides de Guinée-Bissau suivis par des fidèles établis au Sénégal », a-t-il souligné, évoquant les importants déplacements observés lors des Gamou et des ziarra, notamment vers Kaolack.
Ces mobilités religieuses, a-t-il ajouté, participent largement au renforcement des liens sociaux, culturels et religieux entre les deux pays, en tissant une fraternité qui transcende les découpages administratifs. Une dynamique saluée par la présence remarquée de plusieurs personnalités bissau-guinéennes, dont des élus et des membres des forces de défense et de sécurité, venus partager la ziyara dédiée à Thierno Abdou Rahman Bâ. Présent à la cérémonie, l’adjoint au gouverneur de Ziguinchor chargé du Développement, Alsény Bangoura, a également pris part à ce moment de communion, symbole d’une spiritualité qui dialogue avec les institutions et contribue à la stabilité régionale.
Rappelant l’essence du message islamique, Abdallah Bâ a déclaré que « la valeur d’une pratique religieuse se mesure à sa capacité à guider l’homme vers la droiture ». Pour lui, « les guides spirituels portent une responsabilité particulière dans la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble ». À travers cette 22e édition, la Fayda Ibrahimiya Tidjaniya réaffirme ainsi sa place comme un acteur spirituel majeur de la paix et de l’intégration dans l’espace sénégalo-guinéen, tout en rappelant que la foi, lorsqu’elle est vécue dans la sagesse et l’ouverture, demeure l’un des plus puissants leviers de stabilité en Afrique de l’Ouest.
Gaustin DIATTA (Correspondant)


