L’État du Sénégal engage une nouvelle offensive pour mieux encadrer l’exploitation artisanale de l’or dans les régions de Kédougou et de Tambacounda. Les ministères des Mines et de la Géologie et des Forces armées ont signé, mardi, un protocole de partenariat confiant au Génie militaire la réalisation des travaux de délimitation et de sécurisation de sept couloirs d’orpaillage pilotes, pour un montant estimé à 488,4 millions de francs CFA.
La convention, signée au siège du ministère des Forces armées par les ministres Cheikhou Oumar Seck et Yankhoba Diémé, prévoit, sur une durée de deux ans, l’aménagement de sept sites aurifères, chacun couvrant une superficie indicative d’un kilomètre carré. Chaque périmètre sera ceint d’une clôture en grillage rigide galvanisé de quatre kilomètres environ, haute de deux mètres, surmontée de concertina et équipée d’un portail.
Au-delà de la sécurisation physique des sites, le projet ambitionne de transformer les conditions d’exercice de l’orpaillage artisanal. Les couloirs seront notamment dotés de forages, d’installations solaires, de toilettes, de lieux de prière, de réfectoires et de crèches. Ces dernières visent particulièrement à protéger les enfants et à soulager les femmes orpailleuses, souvent contraintes de travailler avec leurs bébés sur le dos.
Une première phase concernera trois sites de la région de Kédougou, à savoir Ngary, Kaviar et Sekhoto. Les quatre autres sites seront pris en charge après les validations techniques, géologiques, cadastrales, foncières et environnementales nécessaires.
Pour le ministre des Mines et de la Géologie, cette initiative répond à un impératif de souveraineté économique et de sécurité. Cheikhou Oumar Seck a rappelé que l’exploitation minière artisanale fait vivre plus de 31 000 personnes au Sénégal, selon des estimations anciennes, tout en soulignant les dérives de l’activité clandestine : conditions de travail dangereuses, dégradation des écosystèmes, pollution des cours d’eau, notamment la Falémé, et développement de circuits informels de commercialisation de l’or échappant au contrôle de l’État.
L’ambition affichée par son département est de formaliser au moins 50 % des acteurs du secteur d’ici à 2029 et d’assurer la traçabilité de la production artisanale. À cette échéance, le gouvernement prévoit l’ouverture de 38 couloirs d’orpaillage, dont dix pilotes, dans le cadre de la Feuille de route stratégique du secteur minier 2026-2029.
Son collègue des Forces armées, Yankhoba Diémé, a, pour sa part, insisté sur la dimension sécuritaire du projet. Dans ces zones frontalières sensibles, a-t-il relevé, l’orpaillage clandestin favorise des activités illicites et complique le contrôle des espaces. Les saisies et démantèlements de sites clandestins opérés par les unités déployées sur le terrain témoignent, selon lui, de l’ampleur des défis.
Dans un contexte sous-régional marqué par l’instabilité, le ministre estime que la régulation de l’exploitation aurifère contribuera à une meilleure maîtrise des territoires et à la prévention des risques sécuritaires.
Le recours au Génie militaire s’inscrit ainsi dans une logique de mutualisation des compétences de l’État et de renforcement du concept « Armée-Nation ».
Les deux ministres ont toutefois souligné que la réussite du partenariat dépendra de la disponibilité des ressources financières, de la coordination entre les services, du respect des délais et de l’implication des autorités territoriales et des communautés locales.


