C’est la ruée vers les Bureaux d’accueil, d’orientation et de suivi (Baos) installés à l’Agence régional de développement (Ard) de Saint-Louis. Malgré la note du Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’Extérieur, ces jeunes venus des quatre coins de la région de Saint-Louis sont déterminés. Certains ont passé la nuit sur place bravant le vent glacial pour déposer leurs dossiers.
Une ambiance inhabituelle règne en cette matinée du mardi 28 janvier à l’Agence régional de Développement de Saint-Louis. Bien loin des jours calmes que connaissaient ces lieux. L’endroit grouille de monde. Ça entre et sort. Du monde, des hommes et femmes, âgés entre 18 et 50 ans. Depuis deux jours, des milliers de jeunes saint-louisiens ont pris d’assaut la structure pour déposer les documents demandés dans le cadre du programme de migration circulaire entre le Sénégal et l’Espagne.
Dès la descente du taxi, un jeune, la trentaine, nous aborde. Il propose de nous fournir la fiche de candidature à remplir. Devant l’agence, adossé à un véhicule pick-up gris, un groupe de six jeunes est occupé à remplir les fiches. Comme la majorité de ceux qui sont sur place, ils portent par devers eux des enveloppes kaki A3. A la question de savoir pourquoi voulez-vous partir en Espagne ? Ils répondent : « Rew mi nekhoul ! Le pays va mal ! ». La trentaine, taille moyenne et teint clair, un jeune nous explique qu’il est là depuis 3h du matin. « On est venus ici avant l’aube et on n’a toujours pas pu déposer, c’est désorganisé à l’intérieur », nous confie-t-il. A l’intérieur de la structure, les choses sont plus corsées. Plusieurs jeunes tentent de remettre en même temps leurs enveloppes aux deux agents préposés à l’accueil.
Une troisième personne tente difficilement d’empêcher les candidats d’aller à l’étage. Il ne cesse de répéter.« Ceux qui ont déjà déposé peuvent partir ! ». Amadou Baila Sall a enfin déposé les documents demandés. Originaire de Dagana, il est arrivé à Saint-Louis la veille et a passé la nuit à l’entrée de l’agence. « J’ai passé la nuit ici puisque je n’ai pas pu déposer hier, je voulais être parmi les premiers aujourd’hui », a expliqué Amadou avant de poursuivre : « je viens tenter ma chance ici parce que je veux un travail ». Il dit être âgé de 27 ans pourtant on lui en donnerait plus de 35. Plus loin, nous rencontrons Alimatou. La vingtaine, teint clair, elle est habillée en jean et chemisier blanc. La jeune commerçante dit être titulaire du baccalauréat.
Elle veut partir tenter sa chance en Espagne parce que son activité n’est pas florissante. Le casse-tête du casier judiciaire Contrairement à Alimatou, cet homme que nous avons rencontré au sortir de l’Ard est un agriculteur dans la vallée. Il dispose de lopins de terre qu’il cultive mais il est décidé à partir. Malgré tout, il veut faire ce voyage pour avoir un fond de roulement et acheter le matériel adéquat pour faire l’agriculture. « Mon activité marche bien mais j’ai besoin d’investir plus », a-t-il expliqué.
Après l’Ard nous faisons cape sur le tribunal de grande instance de Saint-Louis, autre lieu de dépôt de dossiers. C’est ici que se font les demandes pour l’obtention de la copie du casier judiciaire, un des documents demandés pour le programme. Une foule immense est regroupée autour d’un homme qui tient une pile de documents de couleur verte et appelant à gorge déployé les noms des personnes dont il tient les casiers judiciaires. Récupérer une copie de son casier judiciaire est devenu un casse-tête ces derniers jours. Certains disent avoir déposé depuis vendredi et n’arrivent toujours pas obtenir leur document.
Jeanne SAGNA (Correspondante)

