Depuis plus de 40 ans, les populations de Niandane, dans le département de Podor, attendent le bitumage de la route reliant Boubé à Guia. Face à la dégradation avancée de cette piste, des femmes commerçantes ont engagé leurs propres moyens pour en améliorer l’état, tout en appelant l’État à intervenir durablement.
À Niandane, dans l’arrondissement de Thillé Boubacar, la dégradation de la route reliant Boubé à Guia continue de peser sur les déplacements et les activités économiques. Longue de 22 kilomètres, cette piste latéritique, creusée d’ornières et difficilement praticable, constitue un obstacle majeur à l’écoulement des productions agricoles et à l’approvisionnement des marchés, particulièrement pendant l’hivernage.
Pourtant, la localité occupe une place importante dans l’économie du département de Podor, notamment grâce à ses activités agricoles, maraîchères et commerciales. Mais l’absence d’une route bitumée renchérit les coûts de transport, complique les déplacements et fragilise les revenus des producteurs et des commerçants.
Face à cette situation, des femmes, principalement des commerçantes, ont décidé de prendre l’initiative. Réunies au sein du collectif des femmes pour le bitumage de la route de Niandane, elles mobilisent leurs propres ressources pour effectuer des travaux sommaires destinés à rendre certains passages plus accessibles.
« Nous nous sommes levées pour nous aider nous-mêmes. La route est dans un très mauvais état et constitue également un outil de travail pour nous. Nous nous sommes concertées entre femmes et avons décidé de prendre les choses en main », explique Sokhna Ba, membre du collectif.

Cette mobilisation repose sur des contributions financières et matérielles, avec l’appui de certains hommes. Toutefois, l’achat du sable nécessaire aux travaux représente une charge supplémentaire pour ces femmes, dont les revenus dépendent essentiellement du commerce.
Des déplacements à risque
L’état de la piste expose régulièrement les usagers à des situations dangereuses. Les véhicules peinent à circuler sur certains tronçons, notamment lorsque les pluies aggravent les déformations de la chaussée.
« Nous rencontrons beaucoup de difficultés, surtout les jours de marché. Je me souviens d’un jour où notre voiture a failli se renverser. Nous avons même dû sauter du véhicule. Un autre jour, un car horaire s’est renversé sur cette route », témoigne Aïssatou Ly, membre du collectif.
Au-delà des risques d’accident, l’enclavement affecte directement les activités économiques. Les producteurs rencontrent des difficultés pour transporter leurs récoltes vers les marchés, tandis que les commerçantes subissent des retards et des pertes financières.
« Nous sommes des femmes. Parfois, nous prenons des marchandises à crédit, mais dès que la pluie tombe, nous n’avons plus de voies praticables pour passer. Certains paysans n’ont pas pu vendre leurs oignons parce que la route n’était pas praticable. Nous produisons différentes cultures, mais il est difficile de les écouler », déplore Awa Mall.
Cette situation pénalise ainsi toute la chaîne de production et de commercialisation, dans une zone où l’agriculture et le maraîchage constituent des sources importantes de revenus.
Quarante ans d’attente
Selon les témoignages des habitants, le bitumage de cet axe est attendu depuis plus de quatre décennies. Malgré les engagements évoqués au fil des années, la route demeure une piste latéritique, au grand désarroi des populations qui réclament son inscription parmi les priorités des pouvoirs publics.
Les habitants placent désormais leurs espoirs dans le Plan stratégique de désenclavement (PSD). Ils appellent les autorités à prendre en compte les besoins de Niandane afin de mettre fin aux difficultés de circulation et de soutenir le développement économique de la localité.

« Nous appelons l’État à nous venir en aide. Cette route est notre priorité. Nous lançons un appel au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, ainsi qu’au ministre des Infrastructures, Déthié Fall, afin que Niandane soit également inscrite parmi les priorités du plan de désenclavement. Nous en avons vraiment besoin », plaide Cheikh Diop, un habitant.
Il évoque notamment la récente visite du chef de l’État dans les périmètres agricoles de la zone, estimant que le mauvais état de la route a compliqué l’accès aux champs de Niandane. En attendant une réponse des autorités, les femmes poursuivent leurs efforts pour maintenir la piste dans un état minimal de praticabilité. Mais leur mobilisation, malgré sa portée, ne peut remplacer un aménagement durable.
Pour les populations de Niandane, le bitumage de cette route de 22 kilomètres constitue un enjeu à la fois économique et social. Il permettrait de faciliter l’écoulement des productions agricoles, de sécuriser les déplacements et de renforcer les échanges commerciaux. Après plus de 40 ans d’attente, les habitants espèrent que leur appel débouchera enfin sur des travaux concrets.
C.T.N


