Au Sénégal, le suicide est un phénomène préoccupant et encore largement tabou. Les données du rapport provisoire de mortalité de l’Ansd (2024) et des enquêtes Steps (Surveillance des facteurs de risque des maladies non transmissibles, 2024) montrent que les jeunes adultes sont les plus touchés, et que les méthodes les plus fréquentes sont la pendaison et l’ingestion de produits toxiques. Les disparités entre zones urbaines et rurales soulignent l’urgence de programmes de prévention et de suivi psychologique adaptés.
Le 10 septembre 2025, journée mondiale de la prévention du suicide, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a fait savoir sur sa page officielle que plus de 720 000 personnes se suicident chaque année dans le monde et que le suicide est la troisième cause de mortalité chez les 15-29 ans. Également, 73 % des suicides surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les tentatives de suicide sont bien plus nombreuses encore que les suicides. Dans les pays plus riches, trois fois plus d’hommes que de femmes décèdent par suicide, contre 1,5 fois dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Toujours selon l’Oms, dans le monde, le suicide représente 50 % des morts violentes chez les hommes et 71% chez les femmes. En ce qui concerne l’âge, les taux de suicide les plus élevés sont enregistrés chez les personnes de 70 ans ou plus, tous sexes confondus, dans quasiment toutes les régions du monde, à quelques exceptions près, où les taux de suicide les plus élevés sont enregistrés chez les jeunes. L’ingestion de pesticides, la pendaison et les armes à feu figurent parmi les méthodes les plus utilisées. Toutefois, il en existe beaucoup d’autres et le choix de la méthode varie souvent selon le groupe de population concerné. Le fait d’avoir déjà tenté de se suicider est un facteur de risque de suicide important dans la population générale. Au Sénégal, systématiquement, il n’y a pas de données spécifiques et continues sur le suicide. Les premiers chiffres publiés remontent à 1938, lorsque la chercheuse Germaine Le Goff avait recensé 76 cas de suicide en Afrique occidentale française entre 1930 et 1935. Des décennies plus tard entre 1992 et 1996, le service de réanimation de l’hôpital Principal de Dakar avait enregistré 439 tentatives de suicide. De manière générale, sur les 143 cas répertoriés entre janvier 1996 et décembre 2005 dans les registres du service d’anatomie pathologique de l’Hôpital Aristide Le Dantec, le suicide reste l’apanage de l’adulte jeune dont l’âge se situe entre 21 et 30 ans. Aussi 97.2% des suicidés ont utilisé un seul moyen, qui est la pendaison. Une donnée qui en elle-même est une évolution. Les cas de tentative de suicide recensés au service de réanimation de Fann entre 92 et 96, parlaient de méthodes comme l’overdose médicamenteuse ou l’ingestion de « khémé » (soude caustique).
Cependant, certaines études épidémiologiques sur le suicide en proposent quelques chiffres. Si on remonte un peu le temps, il y a une vingtaine d’années, le Sénégal occupait la 22e place mondiale des morts par suicide, selon une étude du Pan african médical journal (Pamj).
Morts par suicide
L’étude démontrait qu’à Dakar, les morts par suicide restent peu fréquentes au regard de la mortalité en général et les hommes se suicident deux fois plus que les femmes. L’étude renseigne également que les individus qui se suicident sont pour la plupart des adultes jeunes dont l’âge est compris entre 21 et 30 ans. « Les suicidés résident le plus souvent en zone périurbaine et ils commettent cet acte dans la majorité des cas en période de froid (pendant les mois de janvier, février et mars), plus avant midi et en soirée qu’en après-midi », soulignait l’étude. Aussi 97.2% des suicidés ont utilisé un seul moyen pour se suicider, et le suicide complexe (utilisation de plusieurs moyens) a concerné seulement un cas dans l’étude », stipule l’étude.
La pendaison reste le mode le plus utilisé, renseigne l’étude en question. La situation a évolué au fil des années et les cas de suicides deviennent de plus en plus fréquents au Sénégal. Selon le professeure Aida Sylla du Service psychiatrique de l’hôpital de Fann, le taux de suicide au Sénégal s’élève actuellement à 9 pour 100 000 habitants. « Le suicide est une réalité en Afrique et au Sénégal. Le taux le plus important de suicide est enregistré au Lesotho avec 72 cas de suicides pour 100 00 habitants, alors que le taux mondial est de 9 cas pour 100 000 habitants », renseigne la psychiatre. Pour elle, les causes sont essentiellement liées au sentiment d’honneur bafoué, la passion, le sentiment de culpabilité entre autres. Il s’agit aussi de l’overdose de médicaments, l’ingurgitation d’acide ou soude caustique (« Khemé » en wolof).
Si l’on en croit le rapport provisoire de mortalité de 2024, collecté en 2023 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd,) le taux national s’élève à 5,9%. Au niveau urbain, l’Ansd décompte 3,4% alors qu’au niveau rural on décompte 9,3%. Ce qui signifie qu’il existe beaucoup plus de cas de suicide au niveau rural qu’au niveau urbain. Le rapport des enquêtes Steps (méthode d’enquête sur les facteurs de risque) 2024 du ministère sénégalais de la Santé et de l’Action sociale publié en 2025 estime le taux de mortalité lié au suicide à 13%.
Les enquêtes Steps menées dans les districts sanitaires de tous les départements du Sénégal donnent la situation des cas de suicide dans chaque région du pays. Ainsi, nous retrouvons 6,3% à Dakar, 5,95 à Thiès, 17,1 à Louga, 15,3% à Saint-Louis, 20,8% à Matam, 11,8 à Kaolack, 26,9% à Fatick 17,5% à Kaffrine, 14,6% à Diourbel, 6,5% à Kédougou, 20,2% à Tamba,16,8% à Ziguinchor, 19,7% à Sédhiou et 16,7% à Kolda. Au regard de ces chiffres qui se sont déclinés avec le temps, le taux de mortalité lié au suicide va crescendo.


