Dakar étouffe. Tout le monde le dit, mais personne n’a encore trouvé la meilleure solution pour désengorger et suppléer la capitale sénégalaise. Une agglomération qui représente, selon l’ouvrage « Dakar, métamorphoses d’une capitale » des architectes Carole Diop et Xavier Ricou, 0,28 % de la superficie du pays, et concentre quatre millions d’habitants. Soit 22 % de la population nationale et 80 % de l’activité économique du pays. Et en 2030, l’agglomération dakaroise dont les activités économiques génèrent 60 % du Pib sénégalais, d’après des estimations, comptera près de 7 millions d’habitants. Comment ou qui pour arrêter cette hypercentralisation à Dakar ?
Du Président Léopold Sédar Senghor avec son projet jamais réalisé de ville industrielle « Keur Farah Pahlavi » dans les années 70, au Pôle urbain de Diamniadio entamé par le président Macky Sall, en passant par Me Abdoulaye Wade avec ses deux projets de capitale à Mékhé-Pékesse et de Pôle urbain au Lac Rose agités au début des années 2000, aucun gouvernement n’a encore résolu cet épineux problème de désengorger Dakar avec un projet d’envergure réussi. En 2003, sous le régime de Me Wade, le ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire d’alors, Seydou Sy Sall, résumait si bien la situation : « Si nous voulons désengorger la capitale, le site à retenir ne doit pas être très loin de Dakar, pour éviter de créer d’autres dysfonctionnements. Le site de la future capitale du Sénégal doit aussi être proche du futur aéroport de Diass et dans une zone qui polarise le maximum de populations… ».
Une description qui sied bien pourtant à la ville de Thiès ! Oui, la capitale du Rail à qui en 2007, les différents candidats à l’élection présidentielle promettaient le rôle de capitale administrative et industrielle du Sénégal.
« En cas de victoire, je ferais de Thiès la capitale administrative du Sénégal », avait promis devant son auditoire Cheikh Bamba Dièye du Fsdb/J, évoquant la nécessité d’une « politique de décentralisation imminente avec des priorités accentuées sur l’emploi, l’éducation et la santé ». Le leader de l’Afp Moustapha Niasse également souhaitait faire de Thiès, « une ville industrielle, de tourisme culturelle ; une ville universitaire, une ville carrefour ». Devant une foule de militants et sympathisants, M. Niasse était certain que « c’est faisable. Parce que Thiès le mérite. Parce que Thiès doit l’avoir… ». Landing Savané alors candidat d’AJ/Pads, argumentait lui que la politique de redéploiement économique qu’il envisageait trouve en Thiès un modèle naturel : « Un modèle de soi pour relancer la région de Thiès ; lui donner la puissance qui fera d’elle une région pilote dans le développement de notre pays ».
Idrissa Seck alors maire de la Ville et Abdoulaye Wade président sortant, étaient les seuls à ne pas faire de grandes promesses aux Thièssois durant cette campagne électorale 2007. Deux ans auparavant, les deux hommes s’étaient brouillés à propos des « Chantiers de Thiès » exécutés dans le cadre des préparatifs de la Fête de l’Indépendance célébrée le 4 avril 2004. Bref, après douze ans de Wadisme donc, ce projet de nouvelle capitale s’est dégonflé et c’est… Macky Sall, héritier de la pensée libérale, qui a lancé le nouveau de Pôle urbain à Diamniadio en 2014.
Centre international de conférences, Stade national olympique, Arena multisports, sphères ministérielles, université publique, centre d’expositions sont, entre autres, les réalisations phares du projet de ce Pôle urbain, si cher à l’ancien président sénégalais parti après deux mandats à la tête du pays. Mais comme souvent, les grands projets d’envergure nationale déclinent avec leurs initiateurs, une fois ces derniers quittent le pouvoir, à défaut d’être portés et achevés par leurs successeurs. Pour le cas de Diamniadio, nous lisons dans une interview de l’architecte Carole Diop accordée la semaine dernière au magazine Jeune Afrique, que ce projet est une erreur.
« Diamniadio est une erreur. C’est une ville trop proche de Dakar, installée sur un terrain qui est plus propice à l’agriculture qu’à la construction », a martelé Carole Diop. L’architecte rappelle la nature du sol de Diamniadio qui comporte « beaucoup d’argiles gonflantes », et déplore le manque de « loisirs, commerces, écoles » pour en faire une ville. Avec le temps, l’histoire lui donnera peut-être raison. Peut-être non… omar.diouf@lesoleil.sn