La situation de la banque de sang de l’hôpital régional de Saint-Louis a suscité une vive inquiétude ces derniers jours, après l’annonce de deux décès maternels survenus à l’hôpital régional en l’espace de 48 heures. Si des alertes ont fait état d’une pénurie totale de sang, les autorités sanitaires apportent des clarifications et appellent à une mobilisation citoyenne durable autour du don de sang.
SAINT-LOUIS – La maternité de l’hôpital régional de Saint-Louis traverse une période de forte tension, selon des informations largement relayées sur les réseaux sociaux. En l’espace de quarante-huit heures, deux décès maternels ont été enregistrés, dans un contexte marqué par une recrudescence des hémorragies du post-partum, l’une des principales causes de mortalité maternelle au Sénégal.
Ces pertes ont rapidement ravivé les inquiétudes autour de l’approvisionnement en produits sanguins. Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique, l’hypothèse d’une pénurie totale de sang a été largement relayée, provoquant émoi et indignation. Interpellée sur la question, la Directrice régionale de la Santé (Drs), Dr Seynabou Ndiaye, se veut catégorique : « il n’y a pas actuellement de pénurie de sang au niveau de la banque de sang de Saint-Louis. Les informations qui circulent ne sont pas confirmées et n’ont pas été recoupées ».
Selon elle, des collectes de sang sont régulièrement organisées pour renforcer les stocks. « Ce matin encore, une collecte a été effectuée à l’université pour permettre d’avoir une dotation au niveau de la banque de sang », précise Dr Ndiaye. Concernant les décès évoqués sur les réseaux sociaux, la responsable régionale de la santé réfute tout lien avec une pénurie. « Pour le premier cas, les enquêtes que nous avons menées montrent qu’il ne s’agissait pas d’un décès lié à une indisponibilité de sang. Pour le second, les investigations sont en cours, mais ce qui est sûr, c’est que la banque de sang confirme qu’il n’y a pas eu de pénurie durant le week-end concerné », souligne-t-elle.
Si la situation est jugée sous contrôle, la Drs rappelle néanmoins la fragilité permanente des stocks de sang. La communauté universitaire en renfort « Le sang est un produit vital, mais périssable. Même lorsqu’on dispose d’un stock, aujourd’hui, il doit être renouvelé régulièrement », insiste-t-elle. Dr Seynabou Ndiaye a tenu à saluer l’engagement de l’Association des donneurs de sang de Saint-Louis, qu’elle considère comme « très active », ainsi que l’appui constant de l’armée lors des périodes de tension. Elle appelle par ailleurs les populations, les associations communautaires, les étudiants et les accompagnants des patients à s’impliquer davantage.
« Nous demandons souvent aux accompagnants des patients transfusés de remplacer les poches utilisées afin de maintenir le stock », explique-t-elle. L’objectif, selon les autorités sanitaires, est clair : assurer une disponibilité continue du sang pour répondre aux urgences actuelles et futures, tout en évitant les paniques inutiles nourries par des informations non vérifiées. Sur le terrain, la réaction de la communauté universitaire ne s’est pas fait attendre.
La commission sociale des étudiants de l’Ugb, en collaboration avec le Centre régional des œuvres universitaires de Saint-Louis (Crous) et le personnel médical, a organisé une grande journée de don de sang. « Lorsque nous avons appris que l’hôpital faisait face à une situation difficile, nous avons estimé que c’était aussi notre responsabilité de citoyens », explique Fodé Moussa Diatta, secrétaire général de la commission sociale des étudiants. L’initiative a largement dépassé les attentes. « Nous étions partis sur un objectif de 150, mais plus de 200 étudiants sont venus faire un don de sang », se félicite-t-il.
L’opération a permis de recueillir 97 poches de sang, selon les services régionaux de la santé. Au-delà de la polémique sur la pénurie, ces événements mettent en lumière l’urgence de renforcer durablement la chaîne de transfusion sanguine, particulièrement pour sécuriser les accouchements à risque. À Saint-Louis, comme ailleurs, chaque poche de sang peut faire la différence entre la vie et la mort.
Par Jeanne SAGNA (Correspondante)


