Le fils de l’actuel khalife Serigne Mounirou Ndiéguéne poursuit la mission tracée par ses ancêtres : faire rayonner l’islam à travers l’éducation, la transmission et le mouvement Safiinatoul Foukharaa Ilal Laah. Entre héritage familial et engagement personnel, il incarne une nouvelle génération de guides religieux soucieux d’ancrer la jeunesse dans les valeurs de la Tijaniya.
Serigne Mor Talla Ndiéguéne nous reçoit dans la maison familiale à Kër Mame El Hadj. Ce quartier thiessois a été fondé par son arrière-grand-père, El Hadj Ahmadou Barro Ndiéguéne, fils de Mame Médoune Ndiéguéne. Ce dernier vivait à Kassas, à quelques kilomètres de la ville de Kaffrine. Mame Médoune y rencontra El Hadj Oumar Foutiyou Tall, qui était en périple dans le Sine-Saloum. Le guide religieux lui donna le Wird Tidiane et l’éleva au grade de moukhadam (grand dignitaire) et au titre de khalifa de Cheikhna Tidiane. Un legs qu’il transmit à son fils, El Hadj Ahmadou Barro Ndiéguéne, qui reçut l’instruction d’aller représenter l’islam à Thiès. Une mission perpétuée par son fils, El Hadji Mouhamadou Sakhir Ndiéguéne, qui la transmit à son fils Serigne Mounirou Ndiéguéne, puis à son petit-fils, Serigne Mor Talla Ndiéguéne.
Le fils de l’actuel khalife Serigne Mounirou Ndiéguéne suit les traces de ses aïeux et s’est donné pour mission de faire rayonner l’islam et les enseignements du Prophète (PSL). À quelques jours du Gamou, Serigne Mor Talla Ndiéguéne supervise activement les préparatifs qui vont bon train. Emmitouflé dans un boubou bazin blanc, le bonnet noir apporte un certain contraste à sa mise. Mais son sourire a fini d’illuminer le salon. De commerce facile et d’un air complètement détaché, le guide religieux se permet quelques boutades avec ses frères musulmans venus lui rendre visite pour quelques réglages. Après des détails réglés en interne en prélude à ce grand événement, le guide religieux se livre sans détour sur son parcours spirituel.
Héritage et sacerdoce
Serigne Mor Talla Ndiéguéne a fait une bonne partie de son cursus dans le quartier de ses grands-parents. Après l’obtention de son baccalauréat, il s’envole pour le Maroc. Le choix du royaume chérifien est loin d’être anodin. C’est dans ce pays, riche en symboles pour la Tariqa Tijaniya, qu’il poursuit ses études supérieures. « Nous nous sommes rendus au Maroc pour nos études de droit, mais nous avons également eu la chance de parfaire notre éducation spirituelle par rapport à la Tariqa Tijaniya dans la ville bénie de Fès, où repose son fondateur, Cheikh Ahmed Tidiane », a fait savoir le guide religieux.
« La ca mame, sët mo koy jël » (l’héritage du grand-père se transmet souvent au petit-fils). Cette assertion prend tout son sens chez Serigne Mor Talla Ndiéguéne. Son parchemin en poche, il retourne au bercail, riche de connaissances intellectuelles et spirituelles, afin d’appuyer son père et de poursuivre le chemin tracé par ses grands-parents. Le guide religieux consacre ainsi une bonne partie de son temps à éduquer et former. Des valeurs de transmission qui lui ont été inculquées par son grand-père, El Hadji Mouhamadou Sakhir Ndiéguéne, plus connu sous le nom de Mame Aladji.
« Nous sommes de l’école de notre grand-père, El Hadji Mouhamadou Sakhir Ndiéguéne. Il nous a vus naître, nous a éduqués et nous a enseigné l’islam et ses valeurs. Depuis notre naissance, c’est lui qui nous a vraiment bercés, aidés, assistés et orientés spirituellement et religieusement », a relevé le guide religieux. Des valeurs chères au fondateur de Safiinatoul Foukharaa Ilal Laah.
Safiinatoul Foukharaa Ilal Laah, la transmission en marche
Safiinatoul Foukharaa Ilal Laah n’est pas qu’un simple mouvement. Il est littéralement un bateau (Safiinatoul), en référence à l’arche de Noé, mais aussi spirituel, avec des principes, des valeurs et des enseignements prônés. « C’est aussi l’essence de Foukharaa, qui veut dire “les humbles”. Ce sont les gens qui ne savent rien, qui n’ont rien et qui ne peuvent rien. Et ils se sont posé des questions pour savoir qui peut, qui sait et qui a ? Et on a la réponse : c’était Allah (Ilal Laah) », a expliqué Serigne Mor Talla Ndiéguéne.
Le mouvement repose sur certains principes tels que la discipline, la spiritualité, l’engagement, le sacrifice, la responsabilité et l’excellence, d’après le guide religieux. « Ils ont pour but d’inciter les jeunes à viser l’excellence, mais avec une base spirituelle. Le cœur battant de notre mission est l’éducation, l’enseignement, l’éveil et la formation. C’est ce qui nous a valu au moins 4 000 vidéos qui ne parlent que de l’islam mais aussi de divers thèmes », a fait savoir le fils de l’actuel khalife, qui considère cela comme « sa participation » au legs familial.
Arame NDIAYE