L’armée de l’Air a mené, le 27 novembre 2025, au large de Mboro, un exercice grandeur nature de recherche et de sauvetage dans le cadre du « Daksar 2025 ». Mobilisant avions, hélicoptères, patrouilleurs hauturiers, plongeurs, équipes terrestres, populations locales, etc., l’opération vise à tester la réactivité nationale en cas de catastrophe aérienne. L’armée a joué le scénario redouté d’une collision en vol pour mieux renforcer ses capacités.
Jeudi 27 novembre 2025, le soleil n’est pas encore haut lorsque, dès 8 heures, les premières alarmes ont commencé à clignoter dans les stations de décollage à Saint-Louis et à Dakar. Deux aéronefs ont presque simultanément décollé en ces lieux, volant vers leur destination respective en toute quiétude. Tout semble routinier jusqu’au large de Mboro (dans la région de Thiès), où les contrôleurs ont signalé une anomalie. «Perte de contact avec l’appareil venant de Saint-Louis», lance une voix dans les radios.
Un silence pesant, imagine-t-on, précède le verdict : l’avion en partance vers Saint-Louis a eu, entre temps, des défaillances techniques et a dévié de sa trajectoire pour entrer en collision avec l’appareil venant de Dakar. Selon le scénario parfaitement millimétré dans le cadre du «Daksar 2025», la catastrophe fait suite à un double crash avec «un aéronef tombé en mer et l’autre sur la côte».
L’alerte est donnée. Sur la plage de Mboro, l’exercice prend rapidement forme. Au cœur de la bande de filaos protégeant cet endroit paradisiaque de l’érosion côtière, les épaves des aéronefs se dessinent sur le sol herbeux. Des individus aux «jambes coupées» gisent dans le sang, certains crient à l’aide, tandis que d’autres courent dans tous les sens, feignant d’avoir le bras coupé. Les cris des victimes du crash ajoutent une dimension réaliste à l’exercice, donnant le vertige à toute âme sensible. Les premiers secouristes arrivent, menés par les populations locales, souvent premières sur les lieux du drame.
Les sapeurs-pompiers prennent rapidement le relais, épaulés par des agents de la protection civile. À l’aide de leurs lances à eau, ils tentent de circonscrire les flammes de circonstances allumées et où s’échappent d’épaisses volutes de fumée noire. Pendant ce temps, certains blessés sont évacués à l’aide de brancards par les équipes de secours, tandis que d’autres victimes sont transportées à bout de bras vers une zone sécurisée.
Un décor naturel, un défi logistique
Entrent ainsi dans la danse les volontaires de la Croix-Rouge.
Ces derniers apportent les premiers soins médicalisés au milieu des cris, du chao et des sirènes. Le bruit des radios se mêle aux gémissements des victimes. «Aïe…je vais perdre ma jambe !», s’écrie un acteur, simulant la détresse, le genou couvert de sang. Autour de lui, les secouristes s’activent, posent des garrots, stabilisent les blessés, coordonnent les évacuations vers les ambulances qui arrivent en renfort, gyrophares allumés. La végétation clairsemée et les dunes instables compliquent les déplacements, obligeant les secouristes à adapter leurs techniques. Les filaos, tout en offrant une ombre bienvenue, deviennent des repères pour baliser les zones d’intervention.
Des observateurs en tenues militaire et civile suivent chaque étape. Ils notent les points forts, les hésitations, les erreurs à corriger, etc.
Coordination et réactivité
Selon le superviseur général du «Daksar 2025», le colonel Tombon Corréa, «l’objectif est d’améliorer la coordination interservices en cas de catastrophe réelle». Pendant ce temps, les autorités administratives et militaires, informées, descendent sur les lieux. À leur tête, le gouverneur de la région de Thiès, Saër Ndao, qui descend à bord d’un hélicoptère de l’armée de l’Air accompagné de ses services.
Le préfet de Tivaouane, le sous-préfet de Méouane et le Chef d’état-major de l’armée de l’Air (Cemair), le général de Brigade Elhadji Niang, étaient de la délégation. Après le débriefing de la situation, ces autorités supérieures sillonnent la zone quadrillée pour s’enquérir de l’ampleur de la catastrophe. En mer, l’exercice prend une dimension plus spectaculaire. Tout comme sur terre, les premiers secours ont été apportés par les pêcheurs locaux à bord de leurs pirogues.
Avec réactivité, ils repêchent les victimes qu’ils transportent sur la plage, désormais noire de silhouettes statiques. Dans la foulée, une pirogue transporte des soldats et des observateurs, pour la plupart des journalistes, jusqu’au patrouilleur hauturier dénommé «Kédougou» et engagé au même titre que «Sangomar» dans l’opération «Samar» (Search and rescue maritime). Balloté par une mer un tantinet agitée, le patrouilleur «Kédougou» ne vacille pas, déterminé, tout comme son équipage, à porter secours aux victimes.
Il mène ses rondes jusqu’à trois nautiques (à peu près trois kilomètres au large), à la recherche de survivants. Sur le pont du navire, cinq victimes sont allongées, enveloppées dans des couvertures dorées. Les secouristes vérifient une dernière fois les signes vitaux, puis les étiquettent conformément aux procédures. Suivant une action parfaitement coordonnée entre l’armée de l’Air et la Marine nationale, les victimes repêchées sont acheminées vers la côte par deux hélicoptères.
À deux reprises, ces appareils ont mené des opérations d’hélitreuillage pour hisser des rescapés à bord du navire ou les transporter en urgence vers la côte. L’intensité de l’opération est palpable : les équipes se relaient sans relâche, tandis que les signaux radio crépitent pour synchroniser chaque mouvement. «Opération d’hélitreuillage effectuée, deux personnes gravement blessées évacuées», lance le capitaine d’armes du navire, dans un tourbillon de moteurs et d’hélices fouettant la mer écumeuse. À cet instant précis, les derniers plongeurs, épuisés, regagnent le pont du navire.
De son côté, «Sangomar» se démène au loin dans la mer mouvante, à la recherche d’autres victimes. À l’issue de la simulation, le directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Ancim) s’est félicité de la tenue de l’exercice. Selon lui, le Sénégal ne fait que se conformer aux exigences réglementaires du Règlement aéronautique sénégalais 12 (Ras 12).
Reportage de Souleymane WANE – Photos : Assane SOW

