Les causes du suicide sont multidimensionnelles. Elles résultent de l’interaction de facteurs sociaux, culturels, biologiques, psychologiques et environnementaux, présents tout au long de la vie. S’il n’existe pas de profil unique, il est néanmoins possible, dans une certaine mesure, de repérer une intention suicidaire chez certaines personnes. Selon la psychiatre Aida Sylla, la capacité à détecter ces signaux dépend du type de personne concernée. « Les victimes donnent des alertes, des signaux plus ou moins distinctifs. Certaines vont même jusqu’à évoquer explicitement l’idée de se donner la mort », explique-t-elle.
Elle précise que ces signaux doivent être pris au sérieux. Parmi eux figurent l’isolement progressif, des comportements inhabituels ou jugés bizarres, ainsi qu’une verbalisation directe de la volonté de mourir. « À partir du moment où ces signes apparaissent, il ne faut jamais banaliser », insiste la spécialiste. Les personnes dites sensibles, traversant des moments de rupture ou de basculement dans leur vie, nécessitent une attention particulière. Ces périodes de fragilité, marquées par la perte de repères, l’échec, la solitude ou la détresse émotionnelle, constituent des phases où le risque de passage à l’acte est accru. Le soutien, l’écoute et l’accompagnement deviennent alors déterminants pour éviter des actes irréversibles comme le suicide. Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), les liens entre le suicide et les troubles mentaux, notamment la dépression et les troubles liés à la consommation d’alcool, ainsi qu’entre le suicide et une tentative antérieure, sont bien établis dans les pays à revenu élevé. Toutefois, l’Oms souligne que de nombreux suicides surviennent de manière impulsive, dans des situations de crise aiguë, lorsque la personne se sent incapable de faire face aux stress de la vie.
Ces situations peuvent être liées à des difficultés financières, des conflits relationnels, des douleurs persistantes ou une maladie chronique. Par ailleurs, les conflits armés, les catastrophes, la violence, la maltraitance, le deuil ou encore le sentiment profond d’isolement sont fortement associés aux conduites suicidaires. Les taux de suicide sont également plus élevés au sein de certains groupes vulnérables, exposés à la stigmatisation ou à la discrimination. Il s’agit notamment des réfugiés et migrants, des populations autochtones, des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI), ainsi que des personnes privées de liberté, notamment les prisonniers. Ces éléments montrent que le suicide n’est jamais le fruit d’une cause unique, mais le résultat d’un enchevêtrement de vulnérabilités individuelles et de défaillances sociales, où l’absence d’écoute et de prise en charge peut s’avérer fatale.
Amadou KEBE


