Dans un cas de suicide, les familles et les proches sont tout au plus affectés. Cette affection nécessite une prise en charge et une surveillance accrue pour ne pas créer ce qu’on appelle l’effet Werther, c’est-à-dire un suicide mimétique.
Selon le psychologue conseiller Mamadou Fall du Centre académique de l’orientation scolaire et professionnel de Tambacounda, le suicide étant un évènement qui survient par surprise, il est plus qu’essentiel d’accompagner les proches pour faire le deuil. « L’accompagnement se traduit d’abord par une présence et une écoute attentive qu’on appelle une écoute active, qui permet aux victimes de verbaliser leurs maux », renseigne le psychologue. Il s’agit d’emblée d’offrir ce cadre d’écoute et de donner des techniques permettant de développer une capacité de résilience. Lesquelles techniques participent à faire accepter à la personne ce qui s’est passé.
L’expertise de la médecine légale
Dans les cas de suicide, la médecine légale joue un rôle essentiel. En effet, c’est elle qui permet, dans une certaine mesure, de déceler les causes d’un décès et de préciser les circonstances. Par l’autopsie et les analyses, le médecin légiste aide à distinguer un véritable suicide d’une mort suspecte.
L’expertise d’un légiste est nécessaire, en ce sens qu’un homicide peut être camouflé en suicide. Selon le Docteur Djibril Tamba, médecin légiste : « il faut d’abord éliminer toutes les causes qui permettent de voir qu’il y a l’implication d’une personne, si l’enquête prouve réellement qu’il n’y a personne qui a tué et que ce n’est non plus une mort naturelle alors on peut parler d’un suicide ». Cependant, déterminer les conditions et dire par quel moyen le suicide s’est-il opéré peut-être fastidieux. Il s’agira de procéder à une autopsie. En examinant le corps d’une personne décédée, des indices physiques peuvent aider à déterminer si la mort est un suicide ou un homicide. Si la mort est due à une pendaison, on peut trouver des fractures au niveau des vertèbres cervicales ou de l’os hyoïde (l’os sous le menton), une sécrétion de sperme, ainsi que des pétéchies (petites taches de sang) sur le visage, signes d’asphyxie. Pour les cas de suicide par arme à feu, il n’est pas rare de trouver des résidus de poudre sur la main de la victime, ce qui suggère qu’elle a elle-même tiré.
Si la personne a été empoisonnée, on peut observer des lésions dans la bouche et des traces de vomissements en cas d’ingestion, ou une marque de piqûre si le poison a été injecté. L’absence de blessures de défense sur les mains ou les bras est un autre indice important, car elles sont souvent présentes lors d’une agression. Ces signes, combinés à une autopsie approfondie, sont cruciaux pour déterminer la cause exacte du décès.
Éviter le suicide : surveiller comme du lait sur le feu
Le suicide est un phénomène mondial complexe, dont les causes immédiates sont difficiles à isoler. Selon le psychologue Abdoulaye Fall, en s’inspirant d’Émile Durkheim, il découle souvent d’un déficit d’intégration sociale et, partiellement, d’une faillite de la famille et de la religion. Le sociologue Bachir Ndiaye souligne que l’environnement familial sénégalais peut être toxique, vecteur de violences verbales, physiques ou morales, et que le désespoir des jeunes y contribue.
Pour les Sénégalais, le suicide reste largement abhorré. Mohamed Ly, jeune homme, affirme : « Pour rien au monde je ne me suiciderais, c’est une véritable abomination ». Moctar Samb, sexagénaire, estime que le suicide résulte d’une éducation spirituelle défaillante. Le psychologue Ngor Dieng ajoute que des facteurs tels que la déception, la trahison, l’échec ou la mauvaise gestion des conflits intérieurs et interpersonnels peuvent précipiter au suicide. Il le considère comme un signe de faiblesse face aux difficultés de la vie et à la foi, et souligne l’importance de la résilience et de l’endurance pour y faire face.
Pour les personnes ayant déjà tenté de se suicider ou présentant des tendances suicidaires, la prise en charge psychologique doit être rapprochée et sérieuse. Il s’agit de « surveiller comme du lait sur le feu », d’instaurer un climat de confiance, de comprendre les causes de la crise et de proposer des sorties de crise adaptées. Les interventions doivent également intégrer les aspects sociaux, économiques, psychologiques et religieux afin de renforcer l’espoir et la résilience.
L’OMS estime que 15 à 20 % des suicides sont liés à l’ingestion intentionnelle de pesticides extrêmement toxiques, représentant jusqu’à 140 000 décès par an. Ces cas concernent majoritairement les pays à revenus faibles ou intermédiaires, où la réglementation et les moyens de contrôle sont insuffisants. Réduire l’accès à ces substances létales pourrait donc sauver de nombreuses vies. L’OMS recommande ainsi leur interdiction pour prévenir les suicides et leurs conséquences dévastatrices.
Le point de vue de l’islam et de l’église
Pour l’Islam et le Christianisme, le suicide est plus qu’un péché véniel. C’est une abomination, car l’homme n’est pas maître et possesseur de sa vie. Seul, son Seigneur a l’ultime pouvoir de vie ou de mort sur lui. Selon oustaz Abdoul Latif Kebe, exégète et interprète du droit musulman.
(Fiqh), le suicide est banni dans tous ses états, et dans n’importe quelle situation où l’individu peut se trouver. Il finit par citer un hadith du prophète, certifié par le savant Bukhari, qui stipule que : « chaque âme qui met volontairement fin à sa vie, sera châtiée de la même manière qu’elle a entrepris son suicide ». C’est le même diagnostic que pose Abbé Alphonse Kital de la paroisse Saint-Paul de Foundiougne. Il réitère que l’Église est contre le suicide et le combat avec la dernière énergie, car seul Dieu a le pouvoir de décider du destin des hommes. Il ajoute que « l’Église ne cautionne jamais la mort, même si la personne est malade, toujours est-il qu’il y a une lueur d’espoir qu’elle guérisse ».
Amadou Kébé

