Orphelin très jeune, confronté à la précarité et révélé dans les arènes sénégalaises, Adama Diop, dit « Blindé », a changé de dimension en passant de la lutte avec frappe au Mma. Le 29 septembre 2026, à Las Vegas, sa victoire au Dana White’s Contender Series lui a ouvert les portes de l’Ufc. Derrière cette consécration se dessine le parcours d’un combattant contraint de réinventer son art pour atteindre l’élite mondiale.
À Las Vegas, aux États-Unis, le 29 septembre 2026, Adama Diop franchit un cap en battant le Russe Zaurbek Sabanov au Dana White’s Contender Series (Dwcs), une compétition où les combattants tentent de convaincre les dirigeants de l’Ultimate Fighting Championship (Ufc). Sa prestation lui vaut des critiques de Dana White, président de l’organisation, mais aussi un contrat. Pour ce poids lourd de 31 ans, pensionnaire du centre Mantis Martial Arts, à Dakar, cette consécration est l’aboutissement d’un itinéraire jalonné de privations, de revers et de paris risqués. Elle couronne une reconversion : passer d’une lutte fondée sur la puissance à un sport qui exige un éventail technique plus large.
L’enfant qui a apprivoisé les épreuves
Adama Diop perd son père alors qu’il est encore nourrisson. À 14 ans, il perd également sa mère. Il connaît la faim, la pauvreté et l’absence de logement. Pour subsister, il travaille dans la menuiserie. À l’unité 17 des Parcelles Assainies, à Dakar, où il grandit, la lutte occupe une place centrale dans son existence. Amath Sarr, dit Coach 4-4, ancien lutteur et chroniqueur, a grandi à ses côtés. « Blindé a toujours aimé la lutte et la bagarre de rue », raconte-t-il. Son frère aîné, Abdoulaye, a lui aussi pratiqué la lutte avant de s’installer en France. Adama se distingue très jeune par son tempérament et sa puissance. Il lui reste à canaliser cette énergie et à en faire un métier. En 2014, il fait ses premiers pas dans l’arène. « C’est lors des combats à l’entraînement que l’un de mes coachs a réalisé que j’étais difficile à manœuvrer et à inquiéter. Il a alors dit que j’étais comme un blindé, ce qui m’a valu ce surnom qui m’est resté à vie », se souvient-il. Après deux victoires significatives, Ndiambour Productions lui offre une nouvelle opportunité, le 19 avril 2015. Il bat Sitapha Thior 2. Il bat ensuite Hiabi Guèdje, Toumany, Wali Bagnena, Alioune Mbaye Nder, Niambane 2, etc. Son style est direct, agressif et peu porté sur les calculs. « C’est à cause de la lutte que j’ai tout arrêté, même mes études. Aucun de mes combats ne dépassait une minute. Au coup d’envoi de l’arbitre, soit je gagne, soit on me bat. Je ne fais jamais dans les calculs », confie-t-il. Au terme de son parcours en lutte avec frappe, il compte 16 combats, pour 14 victoires, toutes obtenues par K.O, et deux défaites.
Ses succès expéditifs lui forgent une réputation de frappeur redoutable, mais finissent aussi par freiner sa progression. « J’ai signé 14 K.O dans l’arène. Voilà pourquoi mes adversaires potentiels me craignaient, au point que j’avais des difficultés à trouver des combats. L’arrivée de la pandémie de Covid-19 est venue compliquer les choses. C’est alors que j’ai décidé de faire mon entrée dans le Mma », explique-t-il. Sa dernière sortie en lutte avec frappe remonte au 10 mars 2024. Ce jour-là, il met K.O. Bour Sine, de l’écurie Baol, à l’Arène nationale. Auparavant, il avait essuyé deux défaites, face à Balla Gaye Jr, le 11 mars 2017, puis à Youssou Ndour, le 26 avril de la même année. L’arène ne suffit plus à ses ambitions : il veut éprouver sa puissance dans une discipline où la force seule ne garantit pas la victoire.
Matar Lô, le coach qui a structuré sa puissance
Pour passer au Mma, Blindé doit élargir son registre. Faire tomber un adversaire ne suffit plus : il faut aussi savoir le contrôler au sol, défendre ses positions et enchaîner les techniques propres aux arts martiaux mixtes. En 2022, il rencontre Matar Lô, entraîneur du centre Mantis Martial Arts, à Sacré-Cœur, à Dakar. Ce dernier l’accompagne et lui enseigne notamment le jiu-jitsu pendant deux ans. Dès leurs premiers échanges, le coach décèle un potentiel hors norme chez cet athlète puissant, mais encore en apprentissage. Blindé, de son côté, observe les équipements et les distinctions de son futur entraîneur avant de lui proposer de combattre avec lui. Le test confirme ses premières impressions. « Il m’a dit : “Je trouve que tu es un vrai champion. Je voudrais que tu deviennes désormais mon coach et qu’on travaille ensemble” », rapporte Matar Lô, qui se dit fier d’avoir cheminé avec un « gagneur ». Leur ambition dépasse bientôt les murs de la salle : permettre à Blindé de faire carrière au-delà des frontières sénégalaises.
En novembre 2022, pour ses débuts professionnels en MMA, le Sénégalais affronte Nico Yamdjie en Afrique du Sud, au sein de l’Extreme Fighting Championship (Efc). Son adversaire compte déjà 22 combats. Blindé accepte le défi et s’impose par K.O en seulement 24 secondes. Cette entrée fracassante attire l’attention et un reportage de Canal+ contribue à le faire connaître. Intitulé « Blindé, le lion », ce reportage a été diffusé le 8 février 2023 dans l’émission Enquête d’Afrique. Il retrace la transition spectaculaire de cet ancien spécialiste de la lutte traditionnelle sénégalaise vers le circuit professionnel des arts martiaux mixtes.
Sira Sylla, la journaliste à l’origine du reportage, elle-même combattante et spécialiste de la couverture des sports de combat, l’encourage à viser des organisations plus cotées et contribue à lui ouvrir une première porte en France.
La progression n’est toutefois pas linéaire. En juillet 2023, Blindé s’incline par K.O au premier round face à Anthony Morel. Arrivé seulement trois jours avant le combat, il doit perdre du poids dans des conditions difficiles : il pèse 127 kg, alors que la limite prévue est de 120 kg. Cette préparation précipitée l’affaiblit et pèse sur son résultat. Il choisit de rentrer au Sénégal plutôt que de renoncer. « J’ai dit à mon staff que cette défaite allait faire de moi un vrai combattant », raconte-t-il. Le revers lui impose davantage de méthode, de préparation et de maîtrise technique.
Les résultats suivent. Blindé enchaîne les succès contre Liam Brugere, Paul Emmanuel Gnaz et Christophe Walvravens. Le 23 janvier 2026, à Montpellier, il détrône le Français Prince Aounallah, champion des poids lourds d’Hexagone Mma, au terme de cinq rounds et par décision unanime. Le 9 avril 2026, il remporte le titre des poids lourds de l’Efc en battant le Congolais Matunga Djikasa par Tko au deuxième round. L’ancien lutteur a changé de dimension. Il vise désormais l’Ufc.
Las Vegas, le pari d’une vie
La possibilité se présente avec le Dana White’s Contender Series. Le 29 septembre 2026, à Las Vegas, Blindé affronte Zaurbek Sabanov, un poids lourd russe invaincu, crédité de cinq victoires en autant de combats. Blindé arrive avec l’expérience de plusieurs organisations et deux titres de poids lourds. Il sait qu’il doit gagner, mais aussi convaincre.
Dans l’octogone, Blindé impose progressivement son rythme. Il multiplie les frappes et les tentatives de lutte, tout en poussant son rival contre la cage. À 2 minutes et 13 secondes du deuxième round, l’arbitre Bryan Miner met fin au combat. Blindé s’impose par Tko. La victoire ne lui épargne pourtant pas les critiques de Dana White, qui juge sa prestation « horrible ». Le président de l’Ufc lui offre néanmoins un contrat, ouvrant une nouvelle page.
Blindé accueille ces remarques sans polémique. « Je prends positivement les critiques de Dana White à mon encontre. Je considère qu’il me veut tout simplement du bien et me pousse à redoubler d’efforts pour montrer un bien meilleur visage », réagit-il. Il assure avoir repris le travail pour répondre aux exigences de l’organisation. Le contrat n’est donc pas un aboutissement, mais le début d’une nouvelle épreuve : prouver qu’il a sa place parmi les meilleurs poids lourds.
Son bilan professionnel en Mma s’établit alors à sept victoires pour une défaite. Avant lui, Demba Seck avait tenté sa chance au Dana White’s Contender Series, en septembre 2025, sans décrocher de contrat. Un an plus tard, Blindé franchit ce cap. Il devient, selon les informations disponibles sur son parcours, le premier combattant sénégalais à obtenir un contrat à l’Ufc à l’issue de cette compétition.
Des Parcelles Assainies à Las Vegas, Adama Diop a transformé les épreuves de l’enfance en moteur, puis la puissance qui faisait sa réputation dans l’arène en un savoir-faire qu’il lui a fallu compléter et discipliner. La signature n’est qu’une étape : à l’Ufc, il lui reste à confirmer sa progression face à l’élite mondiale. Pour Blindé, le prochain combat sera aussi une démonstration : celle de sa capacité à continuer d’apprendre.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ


