Depuis le coup d’envoi de la CAN 2025, le Sénégal ne s’est jamais départi d’une conviction forte : le jeu comme boussole. Sous l’impulsion de Pape Bouna Thiaw, la sélection nationale a opéré un changement de paradigme aussi discret qu’efficace.
Finie l’équipe exclusivement portée par la puissance, l’absence de risque ou la gestion du résultat. Place à une sélection du Sénégaal posée, patiente et sûre de sa force, capable d’imposer son tempo quelles que soient l’adversaire et les circonstances du match dans cette Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025.
Menés face à la RD Congo en phase de groupes, puis bousculés par le Soudan en huitième de finale, les Lions n’ont jamais paniqué. Là où, par le passé, le Sénégal aurait pu se précipiter ou se désunir, cette version 2025 a préféré construire, étirer, user l’adversaire. Une sérénité nouvelle, révélatrice d’un projet de jeu clairement identifié.
La possession comme arme, non comme fin
Le Sénégal de Pape Thiaw affiche, match après match, l’une des plus fortes possessions du tournoi, flirtant régulièrement avec les 60 %. Mais cette domination statistique n’a rien d’ornementale. Elle s’inscrit dans une logique précise : contrôler l’espace et le temps.
Face au Mali en quart de finale, cette philosophie a pris toute sa dimension. Tom Saintfiet avait pourtant anticipé la bataille du milieu en alignant cinq joueurs dans l’entrejeu. Une densité censée étouffer la créativité sénégalaise. En vain. La justesse technique et l’intelligence de jeu du duo Pape Guèye – Idrissa Gana Guèye ont rapidement fait voler ce plan en éclats. Par le jeu court, les déplacements constants et la propreté des sorties de balle, les Lions ont désamorcé le pressing malien.
Privés de ballon, souvent en retard dans les duels, les Aigles ont tenté de compenser par l’impact physique. Sans succès. L’expulsion d’Yves Bissouma, symbole de cette frustration croissante, illustre parfaitement cette domination sénégalaise : un premier avertissement sur un petit pont de Sadio Mané, puis un second après un tacle appuyé sur Gana Guèye.
Sadio Mané, leader d’un collectif avant tout
Si le Sénégal séduit, ce n’est pas uniquement grâce à ses individualités. La force première des Lions réside dans le collectif. Sadio Mané, symbole et modèle, incarne cette philosophie : moins dans la démonstration personnelle, davantage dans le liant, l’effort et le leadership technique.
Autour de lui, les lignes sont compactes, les distances maîtrisées et les circuits de passes répétés avec une étonnante constance. Chaque phase de possession semble pensée pour déséquilibrer l’adversaire progressivement, sans précipitation. Une mécanique huilée qui a déjà fait craquer plusieurs sélections, du Soudan au Mali, en passant par la RD Congo.
Jeu, maîtrise et patience : les clés du Sénégal de Pape Thiaw
Cette CAN met en lumière un entraîneur longtemps sous-estimé : Pape Thiaw, déjà sacré vainqueur du CHAN en Algérie face aux Fennecs, et véritable maître d’œuvre de la transformation en cours. Loin des discours tapageurs, l’ancien international sénégalais a bâti une équipe à son image : rigoureuse, humble et profondément tournée vers le jeu.
Sa capacité à faire évoluer l’équipe sans renier les fondamentaux – solidité défensive, intensité, solidarité – est l’un des grands enseignements depuis le début de son magistère. Le Sénégal reste difficile à manœuvrer dans cette CAN, mais il est désormais agréable à regarder, capable de dicter le rythme face à n’importe quel adversaire.
Égypte ou Côte d’Ivoire : deux défis, une même conviction
En demi-finale, les Lions pourrait croiser mercredi à Tanger soit la Côte d’Ivoire, soit l’Égypte. Deux équipes radicalement opposées dans le style de jeu.
Face aux Éléphants, la promesse serait celle d’un choc électrique, entre deux sélections à la puissance offensive redoutable, où la maîtrise du ballon pourrait faire la différence. Contre l’Égypte, en revanche, les Lions devraient faire face à un bloc bas, discipliné, prêt à jouer le contre. Un défi similaire à celui posé par le Mali, exigeant patience, lucidité et précision dans les derniers mètres.
Quel que soit l’adversaire, le Sénégal avance avec une certitude : son jeu est son meilleur allié. Et c’est peut-être là, sous la houlette de Pape Thiaw, que se joue la plus belle promesse de cette CAN 2025.
Cheikh Gora DIOP, envoyé spécial à Tanger (Maroc)


